Une thèse multi-primée

Nathalie Molines est enseignante-chercheuse au laboratoire Avenues dans le département Génie urbain. Elle a co-encadré avec Katia Chancibault du laboratoire Eaux et Environnement (LEE) de l’université Gustave-Eiffel et Bernard de Gouvello, du CEREMA, la thèse de Saray Chavez (2020–2024).
Portant sur l’impact des documents d’urbanisme sur la gestion des eaux pluviales à la source, la thèse de Saray Chavez a été distinguée lors du Grand Prix de thèse sur la ville 2025. Elle a également été récompensée par le prix Science ouverte de la thèse 2025, catégorie « pluridisciplinaire et transversale ». Pendant longtemps, les eaux pluviales, souvent considérées comme un déchet, ont été évacuées (via des réseaux unitaires ou séparatifs) vers les stations d’épuration. En cas de fortes précipitations, ces systèmes peuvent être saturés, entraînant le rejet direct d’eaux non traitées dans les milieux naturels. Par ailleurs, le ruissellement sur les surfaces imperméabilisées contribue à la pollution des eaux avant leur arrivée dans les réseaux.
La gestion des eaux pluviales à la source propose une approche différente : favoriser l’infiltration de l’eau là où elle tombe, notamment par la végétalisation et la réduction de l’imperméabilisation des sols. Cette stratégie permet de diminuer les volumes rejetés dans les réseaux, tout en contribuant à la lutte contre les îlots de chaleur urbains, au renforcement de la biodiversité et à l’amélioration de la qualité de vie.
Sa mise en œuvre dépend toutefois fortement des plans locaux d’urbanisme (PLU(i)), qui traduisent les ambitions des politiques publiques en règles de constructibilité. À travers ces règles, ils peuvent encourager la végétalisation, limiter l’imperméabilisation ou imposer des dispositifs de gestion des eaux pluviales à la source.
Deux approches complémentaires ont été développées. La première, qualitative, analyse le cycle de vie d’une règle d’urbanisme, depuis sa rédaction jusqu’à son application lors de l’instruction d’un permis de construire ou d’aménager. La seconde, quantitative et spatialisée, croise les caractéristiques des règles d’urbanisme, celles d’un panel de 23 solutions alternatives adaptées aux spécificités du territoire afin de produire un indice de potentiel d’implantation. Cet outil permet d’estimer l’influence des règles sur le déploiement de chaque solution et d’évaluer leur adéquation aux besoins du territoire.
Cette thèse s’inscrit dans une démarche de recherche partenariale, associant étroitement chercheurs et acteurs opérationnels du territoire métropolitain nantais. Des ateliers de co-construction ont été organisés tout au long de la thèse afin de confronter les hypothèses scientifiques aux pratiques opérationnelles, d’affiner les choix méthodologiques et de valider les outils et indicateurs développés. Cette implication directe des services a renforcé à la fois la robustesse scientifique des résultats et leur appropriation par les acteurs du territoire.
Cette recherche mobilise trois disciplines qui dialoguent encore peu entre elles : l’urbanisme réglementaire, l’aide à la décision territoriale et l’hydrologie urbaine. Cette articulation pluridisciplinaire a constitué un levier essentiel pour conduire une recherche originale, à l’interface entre production scientifique et action publique.
« Les collectivités élaborent souvent des règles d’urbanisme sans disposer d’outils leur permettant d’anticiper concrètement leurs effets sur l’adaptation des territoires. Cette thèse contribue à combler ce manque en proposant une méthode d’analyse et d’aide à la décision, expérimentée à partir du cas de Nantes Métropole », souligne Nathalie Molines.
Cette dynamique se poursuit. Le projet ANR Permépolis explore la question de la désimperméabilisation urbaine. Une nouvelle thèse, lancée en octobre dernier (financée par l’université Gustave-Eiffel), est également en cours. Encadrée par la même équipe scientifique, elle porte sur la construction de scénarios d’adaptation et sur leur évaluation hydroclimatique.
MSD




