Œuvrer à dépasser les frontières

Diplômé de l’UTC en génie informatique en 2001, Steny Solitude est spécialisé dans le traitement du signal et industries culturelles. Il est le fondateur de Perfect Memory, une start-up dédiée à l’ingénierie des connaissances. Portrait d’un homme qui a toujours œuvré à dépasser les frontières.
C’est dès le collège qu’il fréquentait aux Minguettes, un quartier populaire près de Lyon, que Steny Solitude a dessiné sa voie : être chercheur pour, dit-il, repousser les frontières en matière d’innovation. Après deux années de fac et quelques années de travail pour financer ses études, il intègre l’UTC par le biais de la formation continue avec un projet précis : analyser la problématique de la transmission du savoir. Cela tombait à pic puisque l’université venait de créer, sous la houlette de Bernard Stiegler, la filière d’ingénierie des industries culturelles. « C’est une filière qui forme des ingénieurs un peu atypiques puisqu’ils maîtrisent l’ingénierie logicielle mais connaissent aussi ce qu’est un objet culturel et en quoi il peut devenir un objet d’industrie », dit-il.
La rencontre avec Bernard Stiegler fut décisive pour le jeune Steny Solitude, puisqu’il lui propose, dès son arrivée à l’UTC, de travailler avec lui sur le projet « Territoires numériques ». « J’ai cependant attendu d’avoir mon diplôme pour le rejoindre. C’est un projet qui soulevait déjà la problématique de production industrielle de contenus. Bernard m’a proposé de travailler sur l’écriture audiovisuelle, puisque ce sont les objets qui circulent le plus. On a ainsi développé une caméra sémantique connectée dotée d’un dispositif qui guide la personne en train de filmer. Le résultat est ce que l’on a baptisé “vidéo utilitaire” ou “objet culturel utilitaire”. Des objets qui peuvent être utilisés dans les guides touristiques avec des vidéos de lieux d’hébergement mis en scène par leurs propriétaires, par exemple », explique-t-il.
Après un passage par Skema, une start-up spécialisée dans les caméras connectées, en tant que directeur des technologies, il décide de monter un projet collaboratif en 2008 : le Perfect Lab dédié à la recherche. « L’idée était de développer un espace de partage et de dépôt de contenus et de permettre ainsi, à différents métiers et différents utilisateurs du même écosystème, d’avoir accès à ces ressources numériques à haute valeur ajoutée. Rendre accessibles et intelligibles les contenus constitue un enjeu majeur d’autant que l’ensemble de l’économie est en train de basculer sur les réseaux IP et que le nombre de base de données a explosé », estime Steny Solitude.
La preuve de concept étant faite dans le Perfect Lab, il lance, en 2019, Perfect Memory qui s’est, récemment, doté d’un comité scientifique présidé par Bruno Bachimont, enseignant-chercheur à l’UTC. Une entreprise qui a mis au point le « Knowledge Operating System » (KOS), un outil permettant l’organisation et la collecte des savoirs et des expertises d’une organisation donnée ainsi que leur transformation pour en garantir l’accès direct tout en assurant une mise en forme contextualisée selon les besoins de chaque utilisateur. « Pour y arriver, on a mobilisé diverses technologies avancées telles que l’IA formelle, l’IA statistique, l’ingénierie des datas ou encore l’ingénierie des connaissances. Aujourd’hui, le KOS est déployé, entre autres, chez Nascar pour stocker les milliards de données collectées lors des courses automobiles et les rendre accessibles d’une manière intelligible aux utilisateurs, fans ou sponsors, par exemple, mais aussi à la Commission européenne pour les données produites en son sein », précise-t-il.
Son expérience à l’UTC ? « Ce qui m’a plu, c’est la grande liberté intellectuelle et le niveau d’ambition que l’on pouvait donner à un projet personnel. Dans cette université, on peut penser en dehors du cadre. Les frontières ne sont-elles pas faites pour être franchies ? » conclut-il.
BIO EXPRESS
- 2001 : diplômé de l’UTC
- 2008 : fondation de Perfect Lab pour poser les bases technologiques d’une plate-forme industrielle d’ingénierie des connaissances
- 2019 : fondation de Perfect Memory
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