Regards croisés sur les alliances européennes

Maîtresse de con­férences à l’UTC, Joan­na Daaboul est direc­trice aux rela­tions inter­na­tionales depuis mars 2022.

Coor­di­na­trice de l’alliance pour l’UTC, Joan­na est, au sein de SUNRISE, leader du Work­pack­age 3 dédié à l’enseignement et co-leader du Work­pack­age 1 dédié au man­age­ment de l’alliance elle-même. « Mal­gré un Work­pack­age focal­isé sur la recherche et un autre sur la col­lab­o­ra­tion avec le monde socioé­conomique, les alliances actuelles con­cer­nent essen­tielle­ment le partage de bonnes pra­tiques et l’enseignement et visent à créer de nou­velles for­ma­tions inter­na­tionales, à favoris­er la mise en place de dou­bles diplômes et diplômes joints ou encore à encour­ager la mobil­ité des étu­di­ants, du per­son­nel et des chercheurs », estime-t-elle.

En charge du Work­pack­age 3, l’UTC fut tout naturelle­ment choisie pour ce pre­mier som­met. « Ce som­met a été con­sacré à l’innovation péd­a­gogique et aux col­lab­o­ra­tions péd­a­gogiques inter­na­tionales. Aujourd’hui, cette inno­va­tion néces­site d’intégrer l’ensemble des par­ties prenantes, notam­ment les pre­miers con­cernés, les étu­di­antes et étu­di­ants. C’est pourquoi ce som­met fut focal­isé égale­ment sur la voix des étu­di­ants en présen­tant le résul­tat d’un ques­tion­naire autour de la mobil­ité auquel 2 000 étu­di­ants ont par­ticipé », assure-t-elle.

« Des étu­di­ants se sont exprimés égale­ment via la com­péti­tion LEAP dédiée à dévelop­per des for­ma­tions inter­na­tionales inno­vantes autour des tran­si­tions envi­ron­nemen­tales, sociales et dig­i­tales. Chaque groupe, guidé par un(e) enseignant(e) de l’une des 9 uni­ver­sités, com­prend des étu­di­ants des uni­ver­sités parte­naires. Résul­tat ? Ce sont dix pro­jets de for­ma­tion orig­in­aux axés sur l’international et l’interdisciplinarité tournés vers les enjeux de cette triple tran­si­tion. Après le vote des mem­bres du con­sor­tium, trois pro­jets ont été retenus et nous nous sommes engagés à ce que leurs propo­si­tions soient con­crète­ment étudiées pour les implé­menter », affirme Joan­na Daaboul.

La deux­ième par­tie prenante à inté­gr­er dans le développe­ment des for­ma­tions de demain, ce sont nos régions. En effet, SUNRISE regroupe des uni­ver­sités ancrées dans un ter­ri­toire avec des spé­ci­ficités par­ti­c­ulières. « Nous avons, entre autres, com­paré la stratégie de développe­ment économique et de l’innovation indus­trielle et l’adéquation ou pas de l’offre académique de chaque uni­ver­sité avec les besoins de sa région. Le but étant que, si l’université locale ne peut répon­dre à une prob­lé­ma­tique par­ti­c­ulière de son ter­ri­toire, un autre mem­bre de l’alliance pour­rait le cas échéant la pal­li­er », explique Joan­na Daaboul.

Par­mi les prochains chantiers de l’alliance ? « L’un des pre­miers con­cerne les tran­si­tions écologique et socié­tale. Nous allons analyser notre offre péd­a­gogique afin de déter­min­er si elle répond aux objec­tifs de “Sus­tain­able Devel­op­ment Goals” (SDG) des Nations unies, puis surtout inté­gr­er, comme on s’y est engagés, les pro­jets étu­di­ants retenus lors de la com­péti­tion LEAP », conclut-elle.

Dona­ti­enne Hissard, direc­trice générale de Cam­pus France, Nel­ly Fes­seau, direc­trice générale d’Erasmus+ France « Edu­ca­tion- For­ma­tion », Kai-Uwe Sat­tler, recteur de la Tech­nis­che Uni­ver­sität d’Ilmenau en Alle­magne, et Sum­it Shar­ma, étu­di­ant en mas­ter à Ilme­nau, livrent leurs impres­sions sur les alliances europeennes et notam­ment sur SUNRISE.

Le rôle d’Erasmus+ dans les alliances européennes ? « Les alliances d’universités européennes con­stituent un des objec­tifs du pro­gramme Eras­mus+, mais c’est la Com­mis­sion européenne, par appel à pro­jets, qui valide la créa­tion de telles alliances », assure Nel­ly Fesseau.

Con­crète­ment ? « C’est l’agence exéc­u­tive Eras­mus+ qui gère les pro­grammes con­sid­érés comme inno­vants ou par­ti­c­ulière­ment impor­tants pour être inté­grés au niveau européen. C’est le cas des alliances des uni­ver­sités européennes créées pour accroître les inter­ac­tions entre elles avec deux objec­tifs majeurs : favoris­er la mobil­ité des étu­di­ants et ren­forcer la recherche », pré­cise Nel­ly Fesseau.

Des objec­tifs qui néces­si­tent des finance­ments sup­plé­men­taires. « Le finance­ment Eras­mus+ est assuré à parts égales par la Com­mis­sion et les États. Ain­si, près de 1,6 mil­lion d’euros sur trois ans sont accordés aux étab­lisse­ments français mem­bres d’une alliance sur le bud­get de l’État », souligne Nel­ly Fesseau.

Ce qui pose la ques­tion du finance­ment durable de ces alliances. Cam­pus France pilote ain­si le pro­jet Future4Alliances, un pro­jet struc­turant com­prenant 32 parte­naires. Quels sont ses objec­tifs ? « Cofi­nancé par l’Europe et les pays parte­naires, il invite à réfléchir ensem­ble, entre min­istères mais aus­si avec les coor­di­na­teurs des alliances, à divers aspects essen­tiels pour le futur de cette ini­tia­tive. Un volet impor­tant con­cerne le finance­ment durable de ces alliances qui, aujourd’hui, dépend prin­ci­pale­ment des fonds Eras­mus+. Le deux­ième a trait à la pour­suite et à l’amplification des pro­grammes con­joints, notam­ment les pro­jets de dou­ble, voire triple diplôme et enfin à la prob­lé­ma­tique de l’internationalisation de ces alliances en y inté­grant des parte­naires extraeu­ropéens », explique Dona­ti­enne Hissard.

Les alliances européennes visent égale­ment à accroître l’attractivité des étab­lisse­ments d’enseignement supérieur de l’Union, notam­ment vis-à-vis des étu­di­ants inter­na­tionaux. « Le fait que la France soit à la fois dans une posi­tion cen­trale en Europe mais que ses étab­lisse­ments soient égale­ment au cen­tre des coopéra­tions européennes et donc des alliances – c’est le deux­ième pays en nom­bre d’établissements par­tic­i­pant à ces pro­jets – con­stitue un fac­teur majeur d’attractivité vis-à-vis des étu­di­ants inter­na­tionaux. Dans ces alliances, les étab­lisse­ments créent de nou­veaux pro­grammes péd­a­gogiques, des cur­ric­u­la dans un con­texte mul­ti­lingue, mul­ti­cul­turel, mul­ti­dis­ci­plinaire qui répon­dent en out­re aux grands défis socié­taux que l’Union européenne ren­con­tre et qui sont sou­vent les mêmes que l’on ren­con­tre ailleurs dans le monde. Ce qui con­stitue une puis­sante force d’attraction avec la pos­si­bil­ité de mobil­ités mul­ti­ples. C’est ain­si le cas avec SUNRISE, une des dernières-nées des alliances », détaille Dona­ti­enne Hissard.

Quels sont les atouts de SUNRISE par rap­port à d’autres alliances ? « En pre­mier lieu, on réalise que les parte­naires du con­sor­tium mon­trent une réelle moti­va­tion à faire avancer des pro­jets d’intérêts com­muns. Nous avons égale­ment l’avantage de la taille. Ce sont de petites uni­ver­sités dotées d’une agilité que n’ont pas les gross­es struc­tures et où la com­mu­ni­ca­tion, d’une grande flu­id­ité, facilite la prise de déci­sion », estime Kai-Uwe Sattler.

Quels sont les béné­fices atten­dus d’une telle alliance ? « Les uni­ver­sités parte­naires sont assez sem­blables en matière de taille et sont situées dans des régions avec des spé­ci­ficités et besoins par­ti­c­uliers. On peut donc appren­dre les uns des autres en partageant les expéri­ences et les bonnes pra­tiques. Comme toutes les alliances, SUNRISE favorise la mobil­ité des étu­di­ants car c’est très impor­tant qu’ils puis­sent se frot­ter à d’autres cul­tures, à d’autres sys­tèmes d’enseignement. Enfin, de telles alliances par­ticipent à l’attractivité des uni­ver­sités mem­bres. Les étu­di­ants inter­na­tionaux peu­vent ain­si être attirés par le fait que, s’ils s’inscrivent dans une uni­ver­sité de SUNRISE, ils peu­vent tout à la fois faire une par­tie de leur cur­sus dans une uni­ver­sité dans un autre pays sans tra­cas de paperasse », souligne Kai-Uwe Sattler.

C’est cette flex­i­bil­ité qui a motivé Sum­it Shar­ma, étu­di­ant indi­en, à effectuer un mas­ter en génie infor­ma­tique à la TU Ilme­nau. « Ce mod­èle d’alliance est très per­ti­nent pour l’Europe puisqu’il per­met de partager les ressources et les bonnes pra­tiques tant en matière de for­ma­tion que de péd­a­gogie, de dynamiser la recherche et d’accroître la mobil­ité des étu­di­ants qui peu­vent ain­si pren­dre le meilleur de chaque pays et surtout de ren­forcer le sen­ti­ment d’être européen chez les jeunes. C’est égale­ment posi­tif pour nous, étu­di­ants inter­na­tionaux, puisque nous béné­fi­cions de la même mobil­ité », estime-t-il.

MSD

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