L’ingénierie soutenable passe par l’innovation pédagogique

Faire évoluer l’enseignement à l’UTC en reprenant ses UV sous un angle par­ti­c­uli­er, en inter­ro­geant les pra­tiques, en lançant une nou­velle approche des con­tenus, en renou­ve­lant le sens de la tech­nolo­gie… Depuis 2025, l’UV « Explor­er les poten­tiels en ingénierie souten­able d’une UV » (IS21/22/23) est offert à tous les élèves ingénieurs à par­tir de leur sec­ond semes­tre (TC02).

Alors que l’UTC pré­pare ses étu­di­ants à devenir des acteurs de l’innovation socio-tech­nique pour la tran­si­tion écologique, l’université pousse à jouer pleine­ment son rôle dans la tran­si­tion écologique et le développe­ment souten­able. « On ne par­le plus aujourd’hui d’ingénierie durable, mais d’ingénierie souten­able », dis­tingue Hugues Choplin, enseignant-chercheur au lab­o­ra­toire Costech et coor­di­na­teur de l’UV « Explor­er les poten­tiels en ingénierie souten­able d’une UV » qui vise à dévelop­per une démarche col­lec­tive dédiée à l’intégration dans l’ensemble de la for­ma­tion de l’UTC, des enjeux envi­ron­nemen­taux et soci­aux. Cet out­il trans­ver­sal ini­tié à l’UTC auprès des élèves ingénieurs depuis 2025 « vise à s’approprier les enjeux socio-écologiques d’un ingénieur via une approche par­tic­i­pa­tive et d’animation de temps col­lec­tifs ». Les cinq branch­es de l’UTC (génie biologique, génie urbain, ingénierie mécanique, génie infor­ma­tique et génie des procédés), le tronc com­mun et les UV TSH (tech­nolo­gie, sociétés, human­ités) sont tous concernés.

« Ce travail collectif a peu d’équivalent en France »

Sept des neuf lim­ites plané­taires en effet dépassées met­tent en péril la sta­bil­ité des écosys­tèmes et des con­di­tions de vie favor­ables. Afin de défendre l’ingénierie souten­able, d’atteindre les objec­tifs européens fixés à l’horizon 2050 [principe qui vise une économie neu­tre en matière d’environnement, de cli­mat et d’énergie, ndlr], il est néces­saire d’outiller les étu­di­ants sur les enjeux envi­ron­nemen­taux et soci­aux. « Une quar­an­taine d’étudiants et d’enseignants intéressés et volon­taires se sont inscrits lors du pre­mier semes­tre de l’UV (print­emps 2025) dans cette démarche col­lab­o­ra­tive, pré­cise Hugues Choplin. Pour les étu­di­ants, il s’agit de tra­vailler le con­tenu d’une UV en fonc­tion de la notion d’ingénierie souten­able. Les enseignants y décè­lent l’utilité de repren­dre leurs UV sous un angle orig­i­nal, nova­teur, par­ti­c­uli­er, bien­veil­lant, ouvert et constructif. 

L’objectif est de faire évoluer l’ensemble de l’enseignement de l’UTC et que cela entre dans les pra­tiques. Ça per­met égale­ment d’appréhender le point de vue étu­di­ant sur les UV et la péd­a­gogie employée. Ce tra­vail col­lec­tif a peu d’équivalent en France. » Lors du semes­tre de lance­ment de l’UV, les étu­di­ants et les pro­fesseurs ont ain­si pu échang­er lors de cinq séances inté­grant la prise en compte de 11 UV. « Les étu­di­ants appré­cient cette nou­velle approche qui leur con­fère une cer­taine lib­erté », remar­que Hugues Choplin.

« Ça questionne nos pratiques, nos contenus, nos convictions… »

Presque tous les enseigne­ments peu­vent être con­cernés. En chimie par exem­ple, dévelop­per ce con­cept con­siste à tra­vailler sur l’acidification des océans (diminu­tion de son PH, ndlr) qui affecte la survie de cer­taines espèces telles que le planc­ton et le corail. En math­é­ma­tique, il s’agit de tra­vailler autour de la mod­éli­sa­tion math­é­ma­tique et de l’interaction avec les éco-sys­tèmes. Impliquée dans cette démarche, Del­phine Brancherie, enseignante-chercheuse au départe­ment d’ingénierie mécanique et au lab­o­ra­toire Rober­val, a accom­pa­g­né Mai­wenn Dor­ange et Maëlys Luc qui ont déployé l’IS21 sur une UV de mécanique de branche. « Elles ont analysé le con­tenu, le for­mat péd­a­gogique et les modal­ités de l’UV, indique Del­phine Brancherie. Par exem­ple, afin de suiv­re le cours MQ01 (Résis­tance des matéri­aux) qui se déroule au cen­tre de recherche, 200 étu­di­ants s’y dépla­cent. Les deux étu­di­antes ont poussé leurs réflex­ions sur l’ingénierie souten­able jusqu’à inter­roger cet aspect. Mai­wenn Dor­ange et Maëlys Luc ont pro­posé de tra­vailler sur la répara­bil­ité d’un assem­blage de pièces struc­turelles alors que je n’aborde pas cet aspect. » De l’avis de l’enseignante-chercheuse, les deux étu­di­antes ont large­ment ques­tion­né les aspects d’ingénierie souten­able et son impact.

« Elles ont pro­posé de repenser des exer­ci­ces afin, par exem­ple, d’introduire la ques­tion de la répara­bil­ité des solu­tions d’assemblage, ain­si que des élé­ments à ajouter dans mon cours. Elles ont aus­si pro­posé des exer­ci­ces qui per­me­t­tent de com­par­er dif­férentes solu­tions rel­a­tives à la con­som­ma­tion de matière. Elles ont réal­isé des analy­ses du cycle de vie afin d’introduire une dimen­sion nou­velle asso­ciée à l’impact envi­ron­nemen­tal. Jusqu’alors, seuls les aspects relat­ifs au dimen­sion­nement (objet de l’enseignement) étaient abor­dés et com­men­tés lors de Travaux Dirigés. Leurs analy­ses se sont révélées per­ti­nentes, détail­lées et avancées. Dans leurs propo­si­tions, elles ont tenu compte des objec­tifs péd­a­gogiques de l’UV. » Del­phine Brancherie avoue que cette approche inno­vante a fait pro­gress­er sa pro­pre vision de la souten­abil­ité : « Ça ques­tionne nos pra­tiques, nos con­tenus, nos con­vic­tions… » Ce print­emps, dans le cadre de l’UV NF04 (Mod­éli­sa­tion numérique des prob­lèmes de l’ingénieur), la pro­fesseure devrait accom­pa­g­n­er deux étu­di­ants qui ont fait appel à elle afin de men­er des réflex­ions liées à l’ingénierie soutenable.

IL

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