CERISEA : produire des molécules bio-sourcées pour l’industrie

Professeur des universités, Erwann Guénin est chercheur au laboratoire TIMR, un laboratoire commun entre l’UTC et l’ESCOM. Il anime une équipe composée d’enseignants-chercheurs de l’UTC et de l’ESCOM dont Gerald Enderlin, enseignant de l’ESCOM et porteur du projet CERISEA pour le laboratoire. Ils sont parties prenantes du consortium CERISEA dont le coordinateur est ResiCare, une filiale de Michelin.
Le consortium CERISEA mobilise pas moins de 15 participants tant académiques qu’industriels, en France mais aussi dans d’autres pays européens, et est financé à hauteur de 20 millions d’euros par l’Europe dans le cadre d’un partenariat CBE JU (Circular Bio-based Europe Joint Undertaking). Les projets financés par un CBE JU doivent répondre à un certain nombre de critères environnementaux et de développement durable. « Du côté académique en France, sont ainsi impliqués, en plus de l’UTC et de l’ESCOM, le CNRS, l’IFP Énergies nouvelles et l’université de Poitiers. En Europe, ce sont, entre autres, l’Instituto Tecnológico del Embalaje, Transporte y Logística (Espagne), l’Energieinstitut an der Johannes Kepler Universität Linz (Autriche) ou encore l’Institut für Energie- und Umweltforschung Heidelberg (Allemagne). Parmi les industriels, on compte, entre autres, Michelin et Arkema (France), Kraton Chemical BV et Avantium Renewable Polymers BV (Pays-Bas) ou encore ADM Hamburg AG (Allemagne) », assure Erwann Guénin.
Une des raisons majeures de cette mobilisation ? « L’Europe vise, dans le cadre du Green Deal européen, un objectif de baisse de 55 % des émissions de CO2 à horizon 2030 et la neutralité carbone à horizon 2050. Or, des pans entiers de l’industrie ont des difficultés avec leurs matières premières qui sont actuellement essentiellement pétro-sourcées. Les industriels utilisent par exemple du formaldéhyde, une molécule cancérigène et toxique, dans nombre d’applications, notamment les résines et les colles. Dorénavant, ils sont tenus de substituer le formaldéhyde dès qu’une alternative existe. C’est ainsi que Michelin a pour objectif de proposer des pneus 100 % décarbonés à l’horizon 2050. C’est un projet qui intéresse d’autres secteurs industriels comme ceux impliqués dans la production de polymères ou des produits phytosanitaires, par exemple », explique Gérald Enderlin.
Aujourd’hui, une molécule de la famille des aldéhydes, le 5‑hydroxyméthylfurfural (5‑HMF), un substitut bio-sourcé représente une réelle alternative non toxique. La pose de la première pierre d’une usine Michelin pour fabriquer du 5‑HMF est ainsi prévue en octobre au Péage-de-Roussillon (38). Une usine unique en Europe d’une capacité de 3 000 tonnes/ an, dont la production débutera en 2027.
« Le coût de la construction est estimé à près de 60 millions d’euros, financé par Michelin, coordinateur du projet, et aidé par l’Ademe et le CBE JU. Tout l’intérêt du projet réside dans le fait que la matière première est issue du D‑fructose, une molécule naturelle que l’on trouve notamment dans le saccharose ou sucre de table. La matière est donc relativement abondante puisque l’on peut produire le fructose à partir du sucre, d’amidon et que d’autres gisements non alimentaires sont en cours de développement. Des échanges commerciaux sont ainsi en cours avec les sociétés de référence que sont Tereos, ADM ou Roquette pour la fourniture de la matière première. Autre avantage du projet ? C’est une molécule innovante qui participe également à la consolidation de la souveraineté de l’Europe », souligne Gérald Enderlin.
Le rôle des chercheurs dans CERISEA ? « Dans ce projet, nous maîtrisons la production du 5‑HMF, son utilisation mais aussi sa transformation en d’autres molécules d’intérêt pour les industriels, essentiellement pour la production de polymères. Il s’agit pour nous d’étendre le champ des applications possibles », précise Erwann Guénin.
Pour mener à bien les objectifs fixés par le consortium, l’UTC et l’ESCOM disposent d’une enveloppe de 500 000 euros sur quatre ans. Ce qui va leur permettre de recruter deux chercheurs contractuels dans une première phase et deux ingénieurs de recherche. « Les deux post-docs seront ainsi mobilisés en amont dans la phase recherche et développement afin de valider nos méthodes de production de molécules d’intérêt tels le diformylfurane (DFF) ou le bisméthylaminofurane (BAMF). Cette phase doit nous permettre de répondre à certaines questions : quelle méthode choisir ? Laquelle est optimale en matière du respect des critères de développement durable mais aussi d’hygiène industrielle, par exemple ? Les ingénieurs, quant à eux, interviendront, une fois les méthodes validées en laboratoire, dans la phase de production », conclut Gérald Enderlin.
MSD




