39 : Startup — série III

Après la série I et II présentant quelques unes des start up UTC, nous vous offrons la série III qui se poursuivra ensuite sur le web, la webTV UTC et sur les réseaux. Elles sont, s’il en fallait, une preuve que l’UTC, de part sa pédagogie à la carte et son continuum formation/recherche en favorisant l’épanouissement de ses étudiants, encourage l’expression de la créativité et de l’innovation.

Vous avez toujours rêvé d’une présence attentive qui règle votre réveil, prépare votre café ou éteint les appareils électriques au moment de votre départ du domicile ? L’assistant connecté Gladys se charge pour vous de ces tâches quotidiennes rébarbatives en fonction de vos habitudes.
Pour la somme modique d’une cinquantaine d’euros, ce système intelligent est capable de planifier le fonctionnement de tous les appareils électriques de la maison à condition qu’ils soient branchés à des prises connectées. Plus qu’une simple commande à distance, le logiciel libre tournant sur un mini-ordinateur Raspberry Pi applique des scénarios et propose des solutions adaptées en se connectant à l’agenda et à certaines applications de l’utilisateur.
A l’inverse d’autres systèmes existants, Gladys s’adresse lui-même à l’intéressé pour déterminer ses préférences. En fonction des réponses, il organise la réalisation d’un certain nombre de tâches. Selon l’horaire d’arrivée au bureau souhaitée, celui-ci peut par exemple calculer l’heure de réveil en tenant compte de paramètres comme la durée du trajet en fonction du trafic.
Avec une lumière et une musique douce, l’annonce de la météo à l’extérieur, cette solution connectée est un compagnon idéal pour des réveils en douceur. « Un internaute m’a raconté qu’une coupure d’électricité avait coupé tous ses réveils sauf Gladys qui s’était reconnecté et remis à l’heure automatiquement, ce qui lui a permis d’être réveillé normalement » indique Pierre-Gilles Leymarie, l’étudiant en filière génie informatique de l’UTC à l’origine du projet.
Une innovation faite maison
Il y a 3 ans, ce passionné d’informatique a passé 8 mois à élaborer une première version. « C’est en voyant l’assistant Jarvis du film Iron Man que l’idée m’est venue, les technologies connectées existaient, il suffisait de les agréger et d’y ajouter une intelligence artificielle » s’amuse le jeune créateur. Une formation autodidacte en électronique grâce à de nombreuses lectures sur Internet lui a permis de mener le projet seul de bout en bout.
Alors que les installations de domotique classiques sont facturées plusieurs milliers d’euros, ce dispositif à « bricoler soi-même » permet de démocratiser l’habitat intelligent auprès d’un public doté de connaissances basiques en électronique et programmation. Le succès est au rendez-vous puisque 11 000 téléchargements ont déjà été effectués. Réalisé en open source, le programme peut évoluer en fonction des besoins de chacun.
Une importante communauté de 450 développeurs ajoute régulièrement des modules complémentaires à la version de base. Traduction des messages dans différentes langues, adaptation à d’autres types de matériels connectés ou commande des box télé sont quelques-unes des améliorations apportées. L’utilisation d’un logiciel libre est également une garantie de sécurité pour une technologie dédiée à la gestion du domicile et présentant ainsi un risque de surveillance de la vie privée.
Depuis le premier prototype, le second modèle a évolué pour mieux coller avec les besoins exprimés par les internautes. L’élève-ingénieur réfléchit maintenant au développement d’un modèle économique : « Le programme restera open source mais pourquoi pas maintenant commercialiser une box prête à l’emploi pour le grand public ? ».

Nous connaissons tous ce moment où, par manque de temps, on se fait rapidement cuire un plat de pâtes ou on vide un paquet de gâteaux. Rapide, mais pas très bon pour l’organisme si cela se répète trop souvent… Antoine Boillet a bien connu ce souci, notamment avant les examens. C’est pourquoi, il a décidé de développer un repas en poudre, formulé pour contenir tous les nutriments dont le corps humain a besoin, et ce dans les ratios idéaux. La start up Smeal était née.
«J’ai d’abord soumis mon idée à l’appel de projet innovant du Centre d’Innovation de l’UTC en septembre 2015, et j’ai été retenu, explique Antoine Boillet, diplômé en 2015 de la filière GSM, productivité et logistique. Cela nous a permis d’être incubé au sein du Centre d’Innovation, et de bénéficier de locaux et d’un partenariat avec la filière industrie agro-alimentaire et agro-ressource. Nous nous sommes notamment rapprochés du laboratoire culinaire de l’UTC pour travailler sur le projet. Ils nous apportent un support technologique très important.»
Afin de concevoir un repas qui soit parfaitement équilibré, Antoine Boillet s’est appuyé sur les recommandations de l’EFSA (European Food Safety Authority). «Nous avons la même approche que les nutritionnistes des sportifs de haut niveau; nous partons des tables nutritionnelles pour élaborer notre produit», affirme Antoine Boillet. La nutrition, un domaine qui lui était totalement inconnu avant qu’il se lance dans son projet. Mais cela n’était pas un problème, car selon lui : « à l’UTC, on apprend à acquérir de nouvelles compétences !»
Concrètement, Smeal se présente sous la forme d’un sachet de poudre contenant l’équivalent de trois repas environ. Lorsqu’il a faim, l’utilisateur n’a qu’à verser dans un shaker la quantité de poudre nécessaire, compléter avec de l’eau fraîche, agiter et c’est prêt ! Le format poudre, sans conservateur, permet au produit de se conserver un an sans aucun problème. «L’idée est d’avoir toujours un sachet dans un placard, pour se préparer un repas en 30 secondes en cas de besoin», s’enthousiasme Antoine. Smeal peut se consommer à n’importe quel moment de la journée, et se dose en fonction de la faim de l’utilisateur. Ce dernier pourra acheter un shaker gradué pour verser la juste quantité de poudre.
Smeal est déjà végétarien et sans OGM, et Antoine compte dans un second temps pouvoir proposer des versions sans lactose et sans gluten. L’ingrédient présent en plus grande quantité dans Smeal est de l’avoine. Mais la poudre est composée d’une trentaine d’ingrédients, afin d’avoir un profil nutritionnel complet. Par ailleurs, «nous utilisons du sucre innovant, qui a la particularité d’être digéré très lentement, afin d’avoir un indice glycémique bas”, ajoute Antoine. “Bientôt, notre produit sera labellisé compatible pour les diabétiques».
Smeal apporte au consommateur la juste quantité journalière de protéines, vitamines, etc. Il serait donc parfaitement possible de ne se nourrir que de Smeal, mais ce n’est pas l’objectif d’Antoine : «Nous voulons remplacer les repas fonctionnels, où l’on cherche l’efficacité en termes de temps et d’équilibre nutritionnel, pas les repas plaisir !» Après une étude de marché, pour ajouter la touche plaisir, la start-up proposera trois parfums classiques sur son site : vanille, fruits des bois et légumes du potager. «Nous souhaiterions lancer d’autre parfums, voire lancer des parfums spécialisés selon la période l’année, citrouille pour halloween, cannelle pour Noël…», ajoute Antoine.
Les produits seront commandés en ligne sur le site de la start-up cet été, pour une distribution en France, puis dans toute l’Europe plus tard. «Mais nous avons déjà des idées de développement, de nouveaux formats et d’outils associés ! » conclut Antoine. Bon appétit !

En 1928, Maurice Martenot développe un instrument disposant d’une touche d’expression, très appréciée des musiciens permettant de moduler le volume du son. Malheureusement, il décède sans livrer le secret de sa fabrication. Eric Simon, diplômé de l’UTC en design industriel, a trouvé une solution pour reproduire ce fameux toucher Martenot, Touché, un boîtier de contrôle tactile.
«Nous sommes tous musiciens et compositeurs à la base», explique Roméo Verlet, responsable commercial d’Expressive E. «Eric est compositeur de musique de film, Victor Grimaldi, diplômé de l’UTC, est musicien dans un groupe de trip-hop, et moi, je suis compositeur de rap. Cela nous permet d’avoir une complémentarité de vision». C’est le principe de cette équipe fondatrice. Cela leur a permis de prendre conscience des différentes façons de travailler, chaque musicien abordant sa musique différemment.
Victor et Eric ont commencé à développer le projet ensemble, à la suite du stage d’Eric à l’UPMC, ajoute Roméo Verlet, et ils sont venus frapper à la porte de la SATT Lutech. Moi, j’y étais chargé d’affaires, et lorsque nous avons décidé d’investir dans le dossier, nous nous sommes très bien entendus. L’idée consistait à créer une société pour reproduire la touche Martenot. Nous avons lancé la start-up Expressive E, avec Alexandre Bellot, le quatrième membre fondateur (ingénieur ICAM spécialisé en sciences industrielles).»
“Touché”, le contrôleur tactile inspiré des Ondes Martenot, se branche sur un synthétiseur et permet au musicien d’avoir le contrôle sur une multitude de paramètres. Le boîtier se présente sous la forme d’une surface tactile en bois. Il permet au musicien d’obtenir le même genre de nuances et de modulations qu’avec un instrument acoustique. «Le contrôleur se connecte à tous les synthétiseurs, et le musicien peut ensuite réajuster ses sons et les remodeler», explique Roméo.
« Nous prenons un peu tous les autres constructeurs à contre-pied avec “Touché”. Nous proposons un produit très simple, qui revient un peu à ce qu’on peut ressentir avec un vrai instrument, dans une logique de lutherie. C’est d’ailleurs la grande force de ce produit : il y a une véritable dimension mécanique, c’est de la lutherie moderne.»Le design du contrôleur a été confié à un cabinet français. «Le bois est finalement le matériau le plus adapté pour toutes les configurations de jeu qu’on attend de ce produit». Bien sûr, “Touché” sera accompagné d’un logiciel permettant une multitude de réglages.
Plusieurs équipes techniques travaillent ainsi au sein de la start-up pour rendre le produit compatible avec tous les synthétiseurs du marché.«Nous avons rencontré plus d’une centaine de musiciens dont ceux de Portishead, Massive Attack, Björk…”, s’exclame Roméo. Ils ont participé au développement du produit. Leurs retours et leurs ressentis sur le produit ont influencé la direction que nous avons donnée à la conception du produit.» La prise en main du contrôleur est assez facile, même si elle dépend évidemment de chaque musicien. «Il n’y a pas vraiment de formation, il faut apprendre à s’exprimer avec ses gestes. C’est à la portée de tous», complète Roméo.
“Touché” sortira avant la fin de l’année 2016, pour moins de 500 euros. «Nous travaillons pour qu’il soit distribué dans tous les magasins de musique, et à l’international”, annonce Roméo. Nous voulons vraiment nous imposer comme un acteur durable au sein d’une industrie très exigeante, et qui demande beaucoup de développements.
www.expressivee.com

Pour conquérir le marché américain, il faut un produit qui suit les nouvelles tendances évidemment, mais aussi un produit dont le nom stimule l’imagination. Grégoire Gérard l’a bien compris, en présentant au Consumer Electronics Show de Las Vegas en janvier son réveil connecté au nom typiquement français, Bonjour.
Les objets connectés, ne sont pas une nouveauté pour Grégoire Gérard, diplômé de l’UTC en 2003, puisqu’ils sont la spécialité de sa start up Holî. Il a notamment développé Smartlamp, une lampe décorative contrôlée par iPhone, distribuée dans tous les Apple Store.
Et ce sont les retours de ses clients qui ont poussé Grégoire Gérard à spécialiser sa start up : «Une part non négligeable de nos clients utilisaient Smartlamp dans leur chambre à coucher. A partir de 2015, nous avons décidé de recentrer les activités de la start up autour de la chambre à coucher et du sommeil.» «Pour développer les nouveaux produits, nous avons travaillé avec des centres du sommeil et des médecins spécialisés.» Un aspect beaucoup plus scientifique qui n’est pas pour déplaire à Grégoire : «Si j’ai fait l’UTC, c’est justement parce que je voulais cette compétence technologique, même si j’ai toujours souhaité développer des produits.» Holî sort alors Sleep Companion, une ampoule de luminothérapie associée à une appli d’analyse du sommeil.
En 2016, la start up franchit un nouveau cap en s’attaquant à un challenge inédit : conquérir le marché américain. «Pour cela, nous avons décidé de lancer un nouveau produit, que nous avons présenté au CES à Las Vegas en janvier : Bonjour. Cela nous a permis de vérifier que les fonctionnalités proposées étaient les bonnes et que le design et le nom plaisaient aux Américains.
« Bonjour est un réveil connecté qui offre de nombreuses fonctionnalités. «Nous commençons et finissons notre journée dans notre chambre et nous avons tous des automatismes lorsque nous nous réveillons, regarder la météo par exemple, avance Grégoire Gérard. Mais sortir son smartphone en permanence est pénible, et les ondes inquiètent de plus en plus les utilisateurs.
Bonjour permet de régler ce problème, car pour ceux qui craignent les ondes, «Le Wifi s’éteint pendant la nuit» rassure Grégoire.Par ailleurs, il dispose de fonctions intelligentes, il est possible de lui demander de nous réveiller plus tôt s’il fait beau, ou s’il y a des embouteillages sur notre trajet pour le travail. Il va aussi afficher des infos utiles au moment du réveil : météo, trafic routier, agenda perso, …» L’appareil sera également muni d’un haut-parleur, pour diffuser de la musique. Techniquement Bonjour sera compatible iOS (Apple) et Android.
Le réveil sera aussi connectable avec les autres produits de la gamme. «Tous nos produits sont connectés à la même application, explique Grégoire, et l’appli évolue en fonction des produits connectés. C’est plus simple à gérer pour l’utilisateur mais aussi pour nous. Finalement, plus qu’un réveil, Bonjour est, depuis sa chambre, un moyen d’interactions avec sa vie numérique et sa maison connectée. C’est un raccourci vers l’ensemble des objets connectés. Avec lui, vous pouvez par exemple contrôler votre thermostat connecté, vos caméras de sécurité, la lumière, ou tous les autres produits holî, comme le sleep companion.»
Pour lancer son réveil aux USA, Grégoire Gérard a décidé de lancer une campagne de financement participatif Kickstarter, «car c’est un moyen de mettre un pied aux USA en racontant une belle histoire.» La campagne Kickstarter devrait débuter en juin, en proposant le réveil au prix de 129 euros. Ensuite, il sortirait sur le marché international début 2017, avec un prix de 199 euros environ.
Mais Grégoire Gérard pense déjà à la suite : «en septembre, nous allons sortir un tracker de sommeil, à poser sur le matelas, qui permettra de se réveiller au bon moment de son cycle de sommeil. Cet appareil sera connectable avec Bonjour, qui déclenchera alors le réveil au bon moment.» Holî, s’occupe de vous !

De plus en plus de Français font de l’automédication, sans forcément connaître la bonne manière d’utiliser les médicaments ou leurs potentielles interactions. C’est en partant de ce constat que Pascal Huynh, Cédric Tang et Kevin Tan ont développé Medicamentum, une plateforme web et mobile, qu’ils ont présentée au Hackathon de l’Assurance maladie, dont la finale se tiendra le 10 mai à Paris.
Après avoir monté sa première start-up, qui s’appelait déjà Beyowi, à Bangkok, Pascal Huynh, diplômé en génie informatique en 2008, décide d’ouvrir son agence de développement d’applications mobiles et de plateformes web en France en janvier 2015. Il est rapidement rejoint par Cédric Tang, diplômé en génie mécanique en 2008, Kevin Tan, diplômé en génie informatique en 2009 et Chloé Fasquel, graphiste digitale. Et c’est en développant un projet pour un pharmacien de mise à disposition d’informations concernant les médicaments, qu’ils décident de participer au Hackathon* qu’organisait l’Assurance Maladie, en adaptant le projet, qu’ils baptisent Medicamentum.
«Medicamentum est un écosystème, constitué d’une plateforme web et mobile, explique Pascal Luynh qui permet de s’informer et de prévenir les usagers sur le bon usage des médicaments, et sur les interactions médicamenteuses possibles entre les médicaments, les risques d’allergies…» Pour cela, Medicamentum utilise les données mises à disposition par l’assurance maladie et ses filiales. «Il va donc pouvoir dire à l’utilisateur s’il y a un risque à consommer certains médicaments ensemble, ou un risque de surdosage. Il est aussi possible d’avoir l’historique de ses traitements, notamment en cas de changement de médecin.
“Mais on ne se substitue pas aux professionnels de santé”, tient à préciser Pascal, “notre appli sert à apporter un meilleur support de communication, sérieux car les informations y sont vérifiées.» Medicamentum cible donc en particulier les usagers qui souhaitent avoir des informations fiables sur les médicaments, les professionnels de santé et les entreprises pharmaceutiques, les universités et les laboratoires pharmaceutiques. Du point de vue de la vie privée, Pascal Huynh et ses associés ont déjà prévu : «l’anonymisation est fondamentale et nous ne stockons aucune information liée au profil de l’utilisateur sur notre serveur.»
Quant au Business Model, Medicamentum serait gratuit pour les utilisateurs. «Nous voudrions ensuite créer des partenariats avec l’industrie pharmaceutique et les laboratoires, afin qu’ils puissent adapter et améliorer leurs médicaments, affirme Pascal. En effet, plus notre écosystème va être utilisé, plus nous allons pouvoir en tirer des données statistiques, grâce notamment aux patients qui accepteraient de participer à des formulaires de ressenti à la fin d’un traitement par exemple.
Bien sûr, ces questionnaires seraient aussi complètement anonymes, nous récolterions seulement des informations générales : âge, sexe, maladies, allergies… Ces questionnaires permettraient, par exemple, d’avoir des retours sur de possibles interactions médicamenteuses ou des effets secondaires non détectés lors des études cliniques». Un prototype sera disponible en mai, pour la finale du concours.
*Le Hackathon Médicament a pour objectif la création de services ou d’applications au service de la population, des professionnels de la santé et établissements ou des autorités publiques agissant dans le domaine du médicament et mobilisant les données disponibles au sein du système d’information de l’Assurance Maladie ou rendues publiques par d’autres organisations.

Comment visualiser rapidement les relations entre des millions de données qu’il s’agisse de mots-clés, de noms propres ou de transactions bancaires ? La solution développée par la start-up Linkurious propose un outil d’exploration des graphes à partir de bases de données complexes. Investigations financières, fiabilité des réseaux informatiques, travaux scientifiques, les applications sont multiples et ne cessent de se développer.
A l’écran, un ensemble de points de différentes couleurs reliés par des flèches plus ou moins grandes, nous avons en fait devant nous la restitution graphique des flux financiers et des localisations géographiques reliant une multitude d’entreprises entre elles. Un exemple parmi d’autres des étonnantes « cartographies » de données que propose Linkurious.
« Nous proposons une interface intuitive qui permet une prise en main aisée par des professionnels de domaines très différents », souligne Sébastien Heymann, co-fondateur de Linkurious. Diplômé de l’UTC en informatique, filière ingénierie des connaissances et systèmes d’information avec mention en philosophie des technologies cognitives, l’entrepreneur n’en est pas à son premier logiciel de visualisation de graphes. Etudiant, il monte un groupe projet avec l’enseignant-chercheur Franck Ghitalla du laboratoire Costech et d’autres élèves-ingénieurs le projet associatif Gephi, un outil de visualisation des graphes gratuit dédié à la recherche notamment dans les sciences humaines.
« Ce projet nous a permis de faire nos premières armes dans le développement d’un projet à vocation internationale. Ce sont des choses que l’on n’apprend pas au cours de notre scolarité. Par contre, nous avons reçu notre premier prix d’innovation avec le Prix Ingénieur de l’année de L’Usine Nouvelle. En informatique les moyens financiers ne sont pas essentiels pour se lancer, il faut avant tout savoir s’organiser et trouver des partenaires », se souvient l’informaticien. De belles collaborations sont alors tissées avec RTGI, le CNRS et l’Université Pierre et Marie Curie.
Gephi totalise à ce jour 1,5 millions de téléchargements ! Basée sur un travail bénévole et open source, la structure n’est, cependant, pas adaptée à un développement commercial. En 2013, Sébastien Heymann décide de créer la start-up Linkurious pour proposer une solution de visualisation de graphes adaptée aux entreprises. Le trentenaire repart de zéro : « Les usages en entreprise sont très différents du milieu académique, et les technologies Web sont devenues la norme. » explique-t-il.
Faciliter l’analyse de données
Linkurious fonctionne un peu comme un moteur de recherche visuel. À partir d’un mot-clé, on peut afficher un réseau de points et de traits matérialisant les relations de cette entité avec d’autres données. Le principe est d’explorer les données localement en fonction des connaissances et des pistes de l’analyste. Des outils de navigation et de manipulation facilitent l’accès aux différents niveaux d’information pour gagner en vitesse d’analyse. Autrefois réservées aux services de renseignements ou à la recherche scientifique, ces innovations sont désormais accessibles à un large public professionnel.
Les groupes bancaires, informatiques et les institutions sont les cibles prioritaires en tant que clients. Déterminer les liens éloignés d’une entreprise offshore avec des personnalités, examiner les relations cachées de comptes bancaires avec des réseaux criminels, déterminer les répercussions d’une panne sur un réseau informatique, les besoins sont nombreux. Cette technologie a récemment permis aux 370 journalistes du Consortium international de journalisme (ICIJ) d’établir des liens entre les comptes offshore des « Panama papers » et des personnalités.
Les banques et le ministère des Finances utilisent déjà Linkurious pour détecter d’éventuels blanchiments d’argent et fraudes. Face à ce succès, la jeune entreprise autofinancée souhaite lancer prochainement une levée de fonds pour accélérer son développement.

Rendre le savoir scientifique accessible au plus grand nombre grâce à l’archivage en ligne des publications scientifique et aux réseaux sociaux, c’est l’objectif suivi par la start-up MyScienceWork. Créée en 2010 par Virginie Simon, diplômée de l’UTC dans la filière biotechnologies, et Tristan Davaille, l’entreprise de 15 salariés est désormais implantée en Europe et aux Etats-Unis. L’université de Stanford, l’institut Henri Poincaré ou bien la fondation ARC comptent parmi les clients de cette solution.
C’est au cours d’un stage dans un grand laboratoire pharmaceutique pendant son cursus UTCéen que Virginie Simon a pris conscience de l’importance de s’informer sur les travaux menés ailleurs. « L’hyperspécialisation fait parfois oublier la nécessité de se renseigner sur le contexte scientifique » insiste-t-elle en se souvenant du sujet très pointu sur lequel elle avait alors planché. Son diplôme d’ingénieur en poche, elle poursuit dans la recherche avec une thèse à l’UPMC sur les nanotechnologies pour lutter contre le cancer. C’est au cours de cette expérience que germe l’idée de mutualiser en ligne les ressources scientifiques. « Je passais énormément de temps à faire de la veille scientifique et à identifier les bonnes personnes avec pour seule aide des résumés d’articles scientifiques disponibles gratuitement » se souvient-elle. Lors de cette thèse en convention CIFRE, elle se confronte aussi aux difficultés de la pluridisciplinarité. Elle imagine alors l’idée d’un portail unique où serait disponibles des publications de différentes disciplines. MyScienceWork est né. Diplômé de l’Ecole de commerce de Reims, Tristan Davaille rejoint l’aventure peu après offrant ainsi ses compétences en gestion et finances.« L’essentiel quand l’on veut monter un projet de start up est de trouver les bonnes personnes avec qui s’associer » explique-t-elle. Un fonds d’investissement et le gouvernement luxembourgeois ont également rapidement cru au potentiel du projet.« Cela nous a permis de faire partie des lauréats d’un concours de start up et de partir pendant 3 mois dans la Silicon valley ». Ce séjour enrichissant a conduit à la création de la filiale américaine basée à San Francisco où vit désormais l’entrepreneuse. Un récent partenariat avec Google scholar renforce encore cette présence outre-Atlantique. Au niveau financier, les deux fondateurs ont réussi à lever 4 millions d’euros à ce jour.
Une plateforme polyvalente
Contrairement à d’autres offres du marché, la force de cet outil est de conjuguer la puissance d’une base de données de 30 millions d’articles avec les possibilités d’échanges offertes par un réseau social. Visibilité accrue et accessibilité mondiale pour les travaux scientifiques sont au rendez-vous avec pour cible la communauté scientifique mais aussi les passionnés de sciences et journalistes. Le modèle économique repose sur la vente de plateformes à des institutions comme des universités, fondations et des écoles d’ingénieurs appelées Polaris.
Chaque structure cliente y possède un espace d’archivage des publications, un système de profil pour chaque auteur et une interface à ses couleurs . Des outils statistiques permettent aux administrateurs de mesurer l’audience des travaux publiés et de déterminer le profil des lecteurs, une aide à la décision intéressante pour affiner les stratégies de recherche. Polaris facilite également les échanges entre auteurs scientifiques en mettant à disposition 500 000 profils de chercheurs représentant 30 disciplines différentes. Des prestations sur-mesure sont également proposées ainsi que des services de communication et de vulgarisation scientifique destinés au grand public et aux médias. « Notre but est avant tout de démocratiser le savoir » conclut l’ancienne chercheuse devenue cheffe d’entreprise. n

Avec le projet Belight, un simple portable suffit aux cyclistes pour être vus. Plus qu’une simple lampe sur un téléphone comme on en trouve déjà beaucoup parmi les applications, ce nouveau compagnon de route permet de signaler ses changements de direction et ses arrêts. Cet outil connecté permet également de se signaler aux automobilistes via la géolocalisation.
Trois UTCéens travaillant au Btwin village de Lille sont à l’origine de ce projet : Lancelot et Colin, étudiants en stage de fin d’études et leur tuteur Yue Hue. « Les feux et clignotants sont obligatoires pour les voitures, pourquoi les cyclistes devrait-ils bénéficier d’une sécurité moindre ? » constate avec pragmatisme Colin Gallois, l’un des trois co-créateurs de Belight.
L’UTCéen en génie mécanique filière ingénierie et design industriel comme son camarade Lancelot insiste sur la polyvalence et le sens de l’adaptation acquis lors de ses études : « L’UTC m’a donné la curiosité, la capacité à résoudre un problème en le simplifiant et ici chez Btwin, nous travaillons à la fois sur l’efficacité et l’esthétique des produits ». C’est lors de la première édition du Hackathon en février dernier, un challenge lancé par Décathlon auprès de ses salariés, que l’idée a pris forme. Également diplômé de l’école Compiégnoise, c’est leur tuteur de stage Yue Hue qui leur a proposé de participer à la compétition. En 2016, le thème était tourné vers les objets connectés, l’équipementier sportif s’intéressant de très près aux idées de ses équipes pour occuper ce futur marché.
« Le sujet de départ était « Si nos objets avaient une âme ». Nous avons donc pensé à une sorte d’ange gardien pour le cycliste qui n’a pas de lampe en sa possession », résume Lancelot Durand. Pendant les 48h laissées aux participants, le trio a réussi à élaborer un concept et à en imaginer les possibles déclinaisons commerciales. Yue s’est chargé du codage, Lancelot et Colin de l’identité graphique, de la communication, de la vidéo ainsi que des prototypes textiles. La simplicité et la pertinence du dispositif ont définitivement séduit le jury qui a attribué le prix de l’innovation à Belight. Gratuit et disponible en permanence, cet outil remplace avantageusement les systèmes d’éclairage encombrants, faciles à oublier, voler ou casser. L’idée est de proposer un système de secours où que l’on se trouve.
Les trois concepteurs travaillent maintenant sur un système d’accroche directement adaptable au vêtement du cycliste. L’autre point fort de Belight est d’être connecté avec les applications de géolocalisation embarquées dans les voitures telle ‘Google Maps’. Cette dimension communautaire permettra aux automobilistes de se voir signaler la présence d’un vélo sur sa route. Les trois ingénieurs travaillent à une éventuelle intégration du concept à la gamme de produits de Décathlon. « Nous sommes bien dans la philosophie de Décathlon qui propose des équipements sportifs accessibles à tous » note avec optimisme Colin.




