Maîtrise de la thermique des batteries : un enjeu majeur

Chercheuse à Roberval, Khadija El Kadri Benkara est responsable de toutes les plateformes de recherche en énergie électrique. Un de ses axes de recherche est consacré à l’optimisation des performances et de la durée de vie des batteries. Elle travaille sur plusieurs projets de recherche sur les batteries (CALIX, HIPOBAT…) et encadre actuellement une thèse relative aux aspects thermiques de la batterie.
« Les batteries comme source de stockage d’énergie ont contribué largement au développement de nos objets technologiques tels nos téléphones portables ou nos ordinateurs, des réseaux à énergies renouvelables ou encore de nos moyens de mobilité électrique (véhicules électriques, trains électriques, avions électriques, vélos électriques…) qui contribuent à la transition énergétique mondiale », estime-t-elle.
Cependant, les batteries ne sont pas sans risque. Ainsi, les batteries lithium-ion, les plus répandues, peuvent provoquer des incendies liés à l’échauffement incontrôlé de ces batteries. « Dans nos études, notre objectif est de bien comprendre ces phénomènes de transfert de chaleur ainsi que le comportement thermique de la batterie. Pour cela, nous utilisons la calorimétrie, science qui étudie la mesure de la chaleur échangée lors d’un processus physique », dit-elle.
De nombreuses études montrent que la température est un des principaux facteurs influençant, entre autres, le vieillissement et par là même sa durée de vie. « Une batterie n’aime pas les températures extrêmes. Son fonctionnement est optimal autour de 25 °C un peu comme le corps humain (à 37 °C). Si la température augmente beaucoup, on peut avoir un risque d’emballement et, si la température baisse en dessous de 0 °C, la batterie perd de ses performances. La température a donc un impact direct sur ce qu’on appelle l’état de santé de la batterie SOH (state of health) et son état de charge SOC (state of charge) », explique Khadija El Kadri Benkara.
Étude fine du comportement thermique des batteries
Comment mesurer concrètement la « chaleur » ? « D’abord, nous avons mis en place des mesures de température en surface grâce à des thermocouples ou par caméra infrarouge. Nous avons également mis en œuvre une mesure de température à l’intérieur de la batterie, la mesure de surface n’étant pas toujours représentative de la température réelle de la batterie. Cependant, l’accès à la température interne de la batterie reste une méthode délicate et intrusive. De plus, la distribution de la température au sein de la batterie est loin d’être uniforme. Il s’agira, pour avoir une mesure fidèle de la température, de multiplier les points de mesure et donc le nombre des capteurs. Nous avons pour cela une collaboration avec le Collège de France qui intègre une mesure de température à l’intérieur de la batterie par fibres optiques dans le cadre du projet HIPOBAT. Enfin, nous avons développé des outils pour mesurer directement le flux de chaleur généré par la batterie. En effet, la mesure de la chaleur pendant le fonctionnement de la batterie constitue une étape importante. Nous utilisons des fluxmètres avec des méthodes d’étalonnage afin d’améliorer la précision de nos mesures. Ce travail est réalisé dans le cadre d’une thèse co-financée par la Région Hauts-de-France (projet ETHERION) et le projet de recherche international IRP ADONIS en partenariat avec l’université libanaise », détaille-t-elle.
La température est en effet un paramètre clé pour comprendre le fonctionnement de la batterie, tant en matière de durée de vie que de son état de santé ou encore de ses performances.
Récemment, le laboratoire a fait l’acquisition d’un calorimètre isotherme. Un équipement financé par le CPER EE4.0 (projet CALIX) qui a été développé récemment par THT (Thermal Hazard Technology) pour les batteries en formats poche, prismatique ou cylindrique. « Très peu de laboratoires possèdent ce type de matériel, il sera d’une grande utilité pour le développement de nos plateformes et moyens d’essais. La calorimétrie isotherme nous permettra ainsi d’analyser plus finement les phénomènes électrochimiques en condition isotherme (c’est à dire avec contrôle de la température de la batterie à une valeur constante). Cela permet de maîtriser la température de la batterie et de réaliser des essais en conditions propices à la validation de modèles, en découplant les phénomènes, avec un contrôle réel de sa température », assure-t-elle.
Le calorimètre, équipement à la pointe de la technologie, va permettre à l’équipe d’aller plus loin dans les expérimentations. « Nous allons pouvoir continuer à développer nos connaissances sur les batteries destinées à des applications avec des contraintes fortes comme les batteries haute puissance ou celles à charge rapide. Dans ces deux cas en particulier, le comportement thermique de la batterie a un fort impact sur ses performances mais aussi sur sa durée de vie. Nous pouvons également mettre à profit la mesure calorimétrique pour obtenir une preuve de concept concernant le modèle de formation SEI Solide Electrolyte Interface. Cette formation est en effet très importante dans la phase de production des cellules des batteries dans le cadre du développement des gigafactories », conclut Khadija El Kadri Benkara.
MSD




