Maladie de Lyme : une méthode directe pour un diagnostic fiable et rapide

Professeure des universités, Séverine Padiolleau est enseignante-chercheuse au sein du laboratoire Génie enzymatique et cellulaire dans l’unité mixte UTC/CNRS dédiée aux biotechnologies. Elle coordonne un projet interdisciplinaire sur la maladie de Lyme impliquant, en plus du GEC, le LMAC, Costech ainsi que la polyclinique Saint-Côme, un des centres de compétences sur la maladie en France.
Maladie infectieuse la plus fréquente en France – 40 000 nouvelles infections et environ 700 hospitalisations sont comptabilisées par an, la maladie de Lyme ou borréliose de Lyme se transmet par les piqûres de tiques et sévit principalement dans les régions forestières. Ce qui est le cas par exemple du bassin compiégnois. Une maladie dont les signes cliniques – perte de mémoire courte, douleurs articulaires, maux de tête, fatigue persistante, etc. – désarçonnent souvent les médecins généralistes qui ont du mal à établir le bon diagnostic, faisant entrer les patients dans une forme d’errance diagnostique et thérapeutique.
C’est en lisant une interview du docteur Ahed Zedan de la polyclinique Saint-Côme dans Le Courrier picard que Séverine Padiolleau a pris la décision de le contacter. Parallèlement, le docteur Zedan avait aussi pris l’initiative de contacter Marc Shawky, professeur des universités et chercheur à Costech.
L’idée de mettre en place ce projet interdisciplinaire a ainsi germé. Un projet qui mobilise, outre Séverine Padiolleau, Irene Maffucci, maîtresse de conférences, et Stéphane Octave, respectivement chercheuse en bioinformatique et ingénieur de recherche en biologie au sein du GEC, Marc Shawky, Miraine Felipe et Ghislaine Gayraud, respectivement maître de conférences et professeures des universités, toutes les deux chercheuses au LMAC ainsi que le docteur Ahed Zedan. Un projet financé en partie par l’UTC, par l’Alliance Sorbonne Université, par la Région Hauts-de- France et par des associations de malades. « Les premiers financements sont en effet venus des permis de lancer les travaux », précise Stéphane Octave, ingénieur de recherche au GEC.
« L’idée du volet biotechnologique de ce projet est d’identifier des sondes moléculaires capables de reconnaître les bactéries qui sont à l’origine d’une infection conduisant à la maladie de Lyme. Ces sondes moléculaires pourraient être d’origine protéique, peptidique ou autre. Actuellement, nous focalisons nos travaux sur des sondes d’origine oligonucléotidique, appelées aptamères. Il s’agit de brins d’acide nucléique ADN ou ARN qui, au regard de la complémentarité des bases, vont adopter une configuration tridimensionnelle très particulière, configuration leur permettant d’interagir de manière spécifique avec une cible préalablement identifiée. À l’image des anticorps capables de détecter un antigène en particulier, les aptamères peuvent donc reconnaître spécifiquement une protéine cible. En outre, la maladie de Lyme étant due non pas à la présence d’une unique bactérie, mais à une contamination impliquant un ensemble de bactéries, le projet vise la conception de plusieurs sondes moléculaires afin de détecter simultanément un panel de bactéries. On parle ainsi de test multiplexé », explique Séverine Padiolleau.
L’approche sérologique : une détection indirecte
Actuellement, la détection de la maladie de Lyme repose sur une approche dite « sérologique ». Autrement dit, en cas de doute pour certains patients, le médecin prescrit une prise de sang afin de vérifier la présence d’anticorps sériques consécutifs à une infection. « C’est une méthode de détection indirecte puisque l’on ne recherche pas la présence d’une ou des bactéries responsables de l’infection mais seulement celle d’anticorps prouvant que le système immunitaire du patient a réagi. Or, ce genre de test est actuellement sujet à caution. D’où la volonté de développer des tests de diagnostic direct, c’est-à-dire capables de confirmer la présence d’une bactérie ou d’un complexe de bactéries, et d’identifier également les bactéries par lesquelles le patient a été infecté. Un des premiers symptômes externes est ce que l’on appelle un érythème migrant se présentant sous la forme de cercles rouges concentriques à l’endroit de la piqûre. Dans ce cas de figure, le médecin va établir avec précision le diagnostic. Cependant, cette manifestation externe n’apparaît pas systématiquement chez tous les patients. Certains vont donc développer d’autres symptômes, beaucoup plus difficiles à identifier pour le médecin, car similaires à ceux générés par d’autres maladies », souligne Séverine Padiolleau.
En effet, en l’absence d’érythème migrant, marqueur visible de l’infection, certains malades vont présenter des symptômes assimilables à des symptômes grippaux – fièvre, fatigue, manque de concentration, etc. –, d’autres présenteront des problèmes articulaires, neurologiques et/ ou dermatologiques et même quelquefois cardiaques. La diversité des symptômes est sans doute liée à la nature du terrain de chaque individu. Des cas de figure face auxquels les médecins se trouvent démunis et pour lesquels l’approche sérologique reste peu fiable.
Privilégier une approche directe et multiplexée
L’intérêt de cette approche directe ? « Il s’agit de s’affranchir de toutes les critiques liées à l’approche sérologique. L’idée est de développer un ou plusieurs aptamères, chacun spécifique à la détection d’une protéine présente à la surface de telle ou telle bactérie. Les aptamères pourraient être couplés à des biosenseurs numériques ou électroniques et assurer une détection fiable, sensible et rapide. De fait, l’originalité de notre démarche est double puisque l’on vise une détection directe mais aussi une approche multiplexée. Le multiplexage permet de confirmer en un seul test que le malade a été contaminé par telle et telle bactérie en particulier. En somme, identifier en une seule fois la nature du panel bactérien incriminé. Cette méthode, en plus de permettre un diagnostic plus sûr et plus fiable, a également une valeur épidémiologique certaine. Cela nous permettra de dire que, dans l’Oise par exemple, on est davantage confrontés à tel type de pathogène par rapport aux pathogènes sévissant dans les massifs de l’est de la France. Elle permet, en outre, d’éviter de “passer à côté” d’un pathogène et de décréter que le patient n’a pas la maladie de Lyme en l’absence de telle bactérie puisque l’on s’appuie sur un complexe de bactéries. Pour le moment, on en est à établir la preuve de concept en ciblant une protéine relativement universelle que l’on retrouve à la surface de plusieurs spirochètes communément impliqués dans la maladie de Lyme. À terme, nous souhaitons arriver à identifier les protéines spécifiques à chaque bactérie afin de passer au multiplexage », assure Séverine Padiolleau.
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