De l’aide au diagnostic en partant du ressenti des patients

Professeur des universités en génie informatique, Marc Shawky est rattaché à l’équipe « Soins, Vulnérabilité et Technologies », anciennement CRI, au sein du laboratoire Costech. Il travaille sur le développement d’outils d’aide au diagnostic de la maladie de Lyme et à la prise de décision en partant du ressenti des patients.
« La restructuration de notre équipe de recherche souligne plus clairement les thématiques de travail de l’équipe, en mettant en exergue l’aspect “soin” dans nos approches. Les travaux actuels sur la maladie de Lyme s’inscrivent dans le cadre des projets Num4Lyme et Dialyme, financés respectivement par Sorbonne Center for Artificial Intelligence (SCAI) de l’Alliance Sorbonne Université et par la Région Hauts-de-France », décrit Marc Shawky.
Les recherches portent sur l’analyse de données massives et sur l’apprentissage automatique, ce qui pose le défi non seulement de la collecte des données mais aussi de leur sécurité.
Le défi de la collecte ? « Au départ, nous pensions travailler avec les données de la polyclinique Saint-Côme à Compiègne. Cependant, non seulement la mise en place de la convention a pris du temps mais les données disponibles n’étaient pas entièrement numérisées. Pour gagner du temps, nous avons récupéré les données anonymisées de 450 patients de l’hôpital Mater Misericordiae à Dublin qui cherchait des partenaires pour l’évaluation des traitements antibiotiques. Cette base de données est très spécifique en ce sens qu’elle est constituée de patients Lyme avant et post-traitement. D’autres données issues du réseau américain ILADS, spécialisé dans les patients atteints de pathologies vectorielles, sont également venues compléter nos données », explique-t-il.
Celui de la sécurité des données ? « N’ayant pas la possibilité, à l’UTC, de faire gérer par la DSI des données nominatives, nous nous sommes orientés vers des données complètement anonymisées. Nous avons sollicité également l’avis du comité d’éthique de Sorbonne Université dont nous dépendons en lui fournissant l’intégralité des traitements informatiques réalisés sur ces données ainsi que l’audit de la DSI de l’UTC afin de le rassurer sur les aspects de sécurité. Ce qui a donné lieu à un avis favorable », précise-t-il.
L’originalité de la démarche de l’équipe de Marc Shawky ? « À Costech, l’analyse de ces données s’inscrit dans la synergie entre les approches “faire soin”, c’est-à-dire fournir un soin médical, et “prendre soin”. La question que nous nous sommes posée dans le premier cas de figure est : qu’est-ce que l’IA peut apporter et quel type d’IA souhaitons-nous utiliser ? Nous avons dès le départ privilégié le développement de modèles centrés sur le ressenti des patients. En somme que le patient puisse exprimer la pathologie telle qu’il la perçoit. Nous tenions à ce que les symptômes ou signes cliniques fassent partie intégrante de l’analyse. Or, ces signes cliniques sont des éléments subjectifs et peuvent atteindre près de 200 paramètres différents auxquels viennent s’ajouter les paramètres biochimiques d’analyses sanguines et d’autres bilans sérologiques », souligne Marc Shawky.
Des analyses qui peuvent intégrer près de 400 paramètres spécifiques par patient. « Nous aurons par exemple 10 signes cliniques concernant les douleurs articulaires ou les céphalées. Ils peuvent être aussi d’ordre cognitif comme les troubles de la mémoire, particulièrement la mémoire courte. D’autres symptômes comme les arythmies cardiaques ou la grande fatigue sont souvent invoqués, auxquels peuvent venir s’ajouter d’autres signes en cas de co-infection. En effet, lors de la piqûre de tique, elle peut transmettre la borréliose de Lyme mais également d’autres bactéries, virus ou parasites », détaille-t-il.
L’analyse de données fait donc appel à l’IA et plus particulièrement à l’apprentissage automatique, avec des approches capables de combiner des paramètres subjectifs et d’autres clairement numériques. « Au début, l’idée était de développer un outil de diagnostic, puis très vite nous nous sommes rendu compte que fournir un diagnostic positif ou négatif n’était pas efficace. Nous nous sommes orientés vers le développement d’un outil d’aide à la prise de décision pour le médecin hospitalier. Un outil doté d’une fonctionnalité de calcul de proximité entre les profils des patients. Des optimisations informatiques ont été développées pour traiter localement les données sur l’ordinateur du médecin clinicien, en transférant uniquement le code logiciel du serveur vers l’ordinateur et non les données patients vers le serveur », assure-t-il.
Concrètement ? « En milieu hospitalier, le médecin va, grâce à cet outil, sélectionner dans la base de données les patients qu’il a décidé de traiter car il considère qu’il dispose d’assez d’éléments probants prouvant que c’est bien la maladie de Lyme. Mais ce même outil va lui permettre également de calculer les proximités des profils de patients traités avec les autres patients de la base de données, afin de déterminer les profils les plus proches et de faire des recommandations suivies ou non par le praticien », conclut Marc Shawky.
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