À la croisée des disciplines

Anne-Vir­ginie Sal­sac est chercheur et avant tout pas­sion­née par son domaine d’expertise : la bio­mé­canique des flu­ides. Portrait…

Enseignante, pilote de ligne, archéo­logue, diplo­mate… Autant de métiers qui s’offrent à Anne-Vir­ginie Sal­sac et qu’elle envis­age briève­ment avant d’intégrer finale­ment l’École Nationale Supérieure d’Hydraulique et Mécanique de Greno­ble à la fin de sa classe pré­para­toire. Pourquoi ? « Les thé­ma­tiques de l’eau et de l’environnement m’attiraient énor­mé­ment » répond-t-elle sans hésiter. Mais c’est véri­ta­ble­ment en dernière année de son école d’ingénieur, qu’elle effectue en pro­gramme d’échange aux États-Unis à UCSD (Uni­ver­si­ty of Cal­i­for­nia, San Diego), qu’Anne-Virginie se prend de pas­sion pour une dis­ci­pline jusqu’alors peu enseignée en France. « La bio­mé­canique des flu­ides n’était jamais men­tion­née dans les pro­grammes en France. Ce fut pour moi une révéla­tion » con­fesse Anne-Vir­ginie. Tout juste arrivée en Cal­i­fornie, l’étudiante a en effet la chance de ren­con­tr­er un pro­fesseur qui s’attache à l’époque à appli­quer des principes de mécanique des flu­ides à la biolo­gie. « À mon grand éton­nement, il m’a tout de suite pro­posé d’intégrer son lab­o­ra­toire, se sou­vient la chercheur. Je fai­sais alors fig­ure d’intrus dans ce départe­ment de génie mécanique, et ce pour deux raisons : la pre­mière, je n’étais qu’en année d’échange mais dis­po­sais déjà de mon pro­pre bureau. La sec­onde, je tra­vail­lais sur un pro­jet en bio­mé­canique des flu­ides, qui ne con­sti­tu­ait pas à pro­pre­ment par­ler un thème de recherche du départe­ment, alors qu’un départe­ment de bio-ingénierie exis­tait déjà à UCSD ».

Cette décou­verte de la vie de lab­o­ra­toire vient con­firmer le choix d’Anne-Virginie de s’investir dans un tra­vail de thèse à la fin de son diplôme d’ingénieur. « Par chance, la France me refu­sait alors l’obtention d’un DEA en par­al­lèle de mon année de mas­ter aux États- Unis, iro­nise Anne-Vir­ginie. Il deve­nait dès lors plus enrichissant pour moi de rester aux États-Unis pour pré­par­er un doc­tor­at », mais quelque chose lui tient néan­moins à cœur : ne pas se décon­necter totale­ment de la France. « Un chal­lenge à dou­ble titre, se rap­pelle Anne-Vir­ginie. Un PhD aux États-Unis coûte cher et les uni­ver­sités améri­caines n’aiment pas plus que ça les dou­bles-diplômes ». La jeune ingénieur parvient néan­moins à ses fins en décrochant une bourse de recherche pour étudi­er les change­ments de l’écoulement san­guin lors d’anévrismes aor­tiques abdom­inaux et réus­si à mon­ter une cotutelle de thèse entre UCSD et l’École Poly­tech­nique. Sa thèse achevée, Anne-Vir­ginie décide de ren­tr­er en France dans le cadre d’un post-doc­tor­at de quelques mois à l’École Poly­tech­nique. Mais rapi­de­ment, la jeune chercheur décroche un poste de maître de con­férence à Uni­ver­si­ty Col­lege Lon­don (UCL). « En par­al­lèle, j’ai égale­ment obtenu un poste de chercheur au CNRS ». Anne-Vir­ginie reste finale­ment près d’un an et demi out­re-Manche avant d’intégrer le CNRS et l’unité mixte de recherche BMBI de l’UTC. Depuis, elle n’en a pas pour autant per­du les liens qui l’unissent à UCL, puisqu’elle con­tin­ue d’y assur­er des cours et monte des coopéra­tions de recherche avec cer­tains de ses laboratoires.

En tant qu’experte en mécanique des flu­ides appliquée aux prob­lèmes clin­iques, le quo­ti­di­en d’Anne-Virginie ressem­ble aujourd’hui à celui d’un chercheur à la croisée des dis­ci­plines : physique, mécanique, biolo­gie, médecine… « J’apprécie cette pluridis­ci­pli­nar­ité inhérente à mon tra­vail de chercheur. Elle per­met d’engranger sans cesse de nou­velles con­nais­sances, de décou­vrir et d’appréhender des dis­ci­plines qui ne sont pas les tiennes à l’origine. Bref, une ouver­ture au monde sans com­mune mesure ! » com­mente Anne-Vir­ginie, qui ne peut égale­ment con­cevoir son méti­er de chercheur sans l’enseignement. « L’idée que je me fais de mon méti­er repose sur la trans­mis­sion des con­nais­sances, à tra­vers les cours que je dis­pense ou les recherch­es que je mène. Mon rôle est de faire en sorte que les gens à mes côtés se con­stru­isent et s’épanouissent ». Hormis la recherche et l’enseignement, la jeune chercheur touche enfin à d’autres corps de méti­er : le recrute­ment, la ges­tion d’un bud­get, la recherche de finance­ments… « Un méti­er véri­ta­ble­ment mul­ti-facettes, auquel il ne faut pas oubli­er les dimen­sions inter­na­tionale et for­cé­ment mul­ti­cul­turelle » con­clut Anne- Virginie.

Bio express

  • 1977 : naît à Stras­bourg (67)
  • 1995 : obtient son bac sci­en­tifique puis intè­gre une classe pré­para­toire (math­é­ma­tiques / physique) au Lycée Kléber de Strasbourg
  • 1997 : intè­gre l’École Nationale d’Hydraulique et Mécanique de Greno­ble (ENSHMG)
  • 1999 : part en pro­gramme d’échange pour UCSD (Uni­ver­si­ty of Cal­i­for­nia, San Diego), où elle obtient un Mas­ter of Science
  • 2005 : obtient son Ph.D de UCSD et de l’École Polytechnique
  • 2005 : pour­suit ses recherch­es à tra­vers un post-doc­tor­at à l’École Polytechnique
  • 2006 : intè­gre le départe­ment de génie mécanique de Uni­ver­si­ty Col­lege Lon­don (UK) en qual­ité de maître de con­férences (lec­tur­er)
  • 2007 : devient chercheur CNRS au lab­o­ra­toire de bio­mé­canique et bio-ingénierie (BMBI) de l’UTC

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