PERSEO, un des quatre projets du PEPR « Robotique »

Professeur des universités, Philippe Bonnifait est par ailleurs directeur du laboratoire Heudiasyc, une UMR (UTC/CNRS) spécialisée dans les sciences informatiques mais aussi dans la robotique appliquée aux drones et aux véhicules intelligents. Une expertise reconnue puisque le laboratoire a été sollicité dans le cadre du PEPR « Robotique » programmé sur une durée de 6 ans et demi, sur la thématique PERSEO (3,3 millions d’euros), qui fédère 15 laboratoires dont Heudiasyc.
C’est le dernier PEPR validé, en juin 2025, dans le cadre de France 2030. Pourquoi « Accélération robotique ? « Il y a deux types de PEPR. Il y a ceux qui sont scientifiquement ambitieux mais qui sont plutôt exploratoires dans le sens où on observe, dans certains domaines, que des ruptures pourraient se faire jour mais sans qu’il y ait de filière d’innovation qui leur soit associée à ce stade. C’est le cas par exemple du PEPR “Robotique organique” qui regroupe des roboticiens et des spécialistes en sciences sociales. Et il y a ceux qui sont déjà dotés d’une filière et donc considérés comme stratégiques pour le pays où il s’agit d’“accélérer” le mouvement d’innovation. C’est le cas du PEPR “Robotique”. La robotique est une science pluridisciplinaire mobilisant, entre autres, la mécanique, l’informatique ou encore la mécatronique qui évolue très vite au gré des innovations technologiques. C’est un programme transformant qui va définir ce que sera la nouvelle robotique française dans cinq ans », explique Philippe Bonnifait qui a participé au comité de montage du PEPR « Robotique » et qui, aujourd’hui, est membre de son comité de pilotage.
Un PEPR qui a reçu près de 130 appels à manifestation d’intérêt (AMI). « Aucune AMI n’a été retenue en tant que telle. Nous avons analysé toutes les propositions, puis nous en avons fait la synthèse. Nous avons ensuite choisi les AMI avec les propositions les plus novatrices et leur avons proposé une organisation assez en rupture. Il s’agissait d’éviter que chaque laboratoire travaille en silo sur son projet mais de créer un écosystème fédérant les idées innovantes des uns et des autres afin de préparer la mutation de la robotique française compte tenu des enjeux et des évolutions internationales. Nous avons ainsi défini 5 axes de recherche dont MINIRO sur la robotique miniature, sur la manipulation par les robots en milieu industriel, sur l’incarnation de l’IA en robotique ou encore PERSEO, piloté par Joelle El Hage au sein d’Heudiasyc, qui est dédié à la “perception coopérative sûre dans des environnements ouverts et évolutifs pour l’autonomie robotique” », précise-t-il. En effet, avec l’essor de l’IA, les objectifs du PEPR « Robotique » concernent le développement des capacités des robots dans les domaines de la perception, de la préhension, de la commande et de l’autonomie et enfin celui de la frugalité. Des objectifs qui entrent en résonance avec les travaux de Philippe Bonnifait. « Mes recherches portent essentiellement sur les problématiques de perception, de localisation, de cartographie pour les véhicules autonomes », dit-il.
Parmi les objectifs de PERSEO ? « Il s’agit d’étudier la problématique de la perception pour les robots, une problématique qui, actuellement, est loin d’être résolue. Dans le cadre de PERSEO, nous nous intéressons à des champs de perception en somme assez génériques qui pourraient s’appliquer aux robots autonomes évoluant dans des environnements non contrôlés à l’inverse de ceux utilisés dans les entrepôts ou dans les usines, par exemple. Ce sont essentiellement des robots mobiles, souvent dotés de roues – voitures, camions, bus ou encore des machines agricoles –, mais cela peut également être des robots aériens ou aquatiques, sous-marins ou marins, que l’on peut utiliser dans la maintenance des éoliennes offshore, par exemple », souligne Philippe Bonnifait.
L’autonomie des robots implique qu’ils puissent notamment percevoir et comprendre leur environnement. « PERSEO doit ainsi répondre à deux enjeux principaux : la compréhension de l’environnement et la fusion de données. Pour élaborer des systèmes de perception, il faut en effet combiner plusieurs types de capteurs. On abordera également deux axes plus transversaux. Il s’agit de définir les moyens de tester des algorithmes et des systèmes de perception à partir de données concernant des environnements spécifiques ou, ce qui se fait de plus en plus, à partir des environnements de simulation avec des jumeaux numériques. La perception est un des piliers clefs de l’autonomie puisque le robot doit être capable de se faire une représentation du monde et de comprendre ce qui se passe autour de lui. Et si le robot évolue dans un monde dynamique au sens où d’autres acteurs partagent le même espace que lui, il faut qu’il soit aussi capable de prédire les mouvements des uns et des autres », explique-t-il.
Pas moins de dix sujets de thèse vont être lancés dans le cadre de PERSEO. Les 15 laboratoires vont travailler en binôme sur des sujets communs afin de développer une synergie nationale et susciter un effet transformant. « Ainsi, une thèse sur les algorithmes dédiés à la perception va être co-dirigée par l’École des Mines et l’ENSTA. Une autre co-encadrée par l’UTC et Centrale Nantes doit répondre à la question suivante : les données fournies par la perception permettront-elles au robot de bien se localiser et de se créer une représentation géographique de son environnement ? D’autres sont en discussion avec l’INSA de Rouen, l’université de Lille et l’université de Toulouse », conclut Philippe Bonnifait.
MSD




