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48 : l’ingénieur UTC, humaniste et technologue !

Qu’est-ce qui fait la par­tic­u­lar­ité des ingénieurs diplômés de l’UTC ? Issus d’une école d’ingénieurs général­iste, ils ont tous choisi une spé­cial­i­sa­tion dès leur troisième année d’études. Jusque-là un par­cours assez tra­di­tion­nel. Mais le petit plus de leur for­ma­tion réside sans doute dans la place impor­tante qu’occupent les enseigne­ments de sci­ences humaines et sociales à l’UTC. Avec un départe­ment et un lab­o­ra­toire de recherche dédiés aux sci­ences de l’homme, l’université entend for­mer des ingénieurs différents…

“A l’UTC, nous ne souhaitons pas for­mer des brutes de tech­nolo­gie mais des human­istes tech­no­logues capa­bles de les penser dans leurs con­séquences envi­ron­nemen­tales, sociales et socié­tales, tou­jours en lien étroit avec l’innovation », con­fie Eti­enne Arnoult, directeur à la for­ma­tion et à la péd­a­gogie, dans les colonnes du classe­ment Eduni­ver­sal des grandes écoles. Pour ce faire, l’école met l’accent sur les enseigne­ments de sci­ences humaines et sociales (SHS) très tôt dans le cur­sus de ses étudiants-ingénieurs.

 Pour com­pren­dre la place impor­tante que pren­nent les sci­ences humaines et sociales à l’UTC, il con­vient de revenir en 1972, année de créa­tion de l’école. Guy Deniélou, son prési­dent et fon­da­teur, écrit dans les colonnes de la Revue de l’information de l’Oise une tri­bune qui agit comme une véri­ta­ble pro­fes­sion de foi du pro­jet de l’UTC. « Nous essaierons de met­tre un terme à la coupure absurde qui s’est instau­rée entre les human­ités et la sci­ence. […] Tous ceux qui conçoivent, qui con­stru­isent, qui exploitent, qui répar­ent les appareils, savent com­bi­en leur activ­ité dépend des hommes et des rela­tions humaines, […] et le moment vient où il ne sera plus pos­si­ble de pré­ten­dre con­naître l’homme sans con­naître les objets qu’il con­stru­it. […] Il nous appa­raît […] qu’un abord nou­veau des human­ités est pos­si­ble à par­tir de la tech­nolo­gie et nous souhaitons en ten­ter l’expérience. »

Ain­si, dès ses pre­mières années d’existence, l’UTC pro­pose à ses étu­di­ants des cours de philoso­phie ou encore de mar­ket­ing. En 1986, le départe­ment TSH (tech­nolo­gie et sci­ences de l’homme) voit le jour pour struc­tur­er l’offre d’enseignements en sci­ences humaines. Quelques années plus tard, en 1993, l’UTC fonde le lab­o­ra­toire Costech où exer­cent plusieurs dizaines d’enseignants-chercheurs et doc­tor­ants en sci­ences humaines et sociales.

 Aujourd’hui encore, avec plus d’une cen­taine de cours pro­posés aux étu­di­ants dans des domaines comme l’épistémologie, la philoso­phie des tech­niques, les langues ou encore la com­mu­ni­ca­tion, les sci­ences humaines représen­tent une part impor­tante du cur­sus des futurs ingénieurs UTC. Tous ces enseigne­ments, loin d’être de sim­ples ouver­tures ou cours de cul­ture générale, occu­pent près du quart du vol­ume horaire des étu­di­ants-ingénieurs. « Nous for­mons des ingénieurs qui au quo­ti­di­en pren­nent en compte tous les enjeux sociotech­niques des objets et des sys­tèmes tech­niques sur lesquels ils agis­sent », explique Nathalie Darène, direc­trice du départe­ment TSH de l’UTC.

 Ce pro­jet d’un ingénieur human­iste et tech­no­logue trou­ve son point d’orgue avec la créa­tion, en 2012, du cur­sus Human­ités et tech­nolo­gie (Hutech). Ouvert aux bache­liers S, ES et L ce par­cours en trois ans est une alter­na­tive au tronc com­mun tra­di­tion­nel de l’UTC et pro­pose, la pre­mière année, 50% d’enseignements sci­en­tifiques et tech­niques et 50% d’enseignements en sci­ences humaines et sociales. “Nous souhaitons for­mer des ingénieurs capa­bles de mod­élis­er les enjeux humains en même temps que les enjeux tech­niques et sci­en­tifiques, et ce dès l’amont des pro­jets tech­nologiques : on ne peut plus se per­me­t­tre de penser “con­séquences” (curatif), il faut penser “sens pour l’humain”, “pro­jet de société”», pré­cise Nico­las Salz­mann, respon­s­able de ce cursus.

Un pari gag­nant pour les pre­mières pro­mo­tions diplômées de ce par­cours. « En met­tant en avant les TSH, l’UTC forme déjà des ingénieurs qui réfléchissent aux inter­ac­tions entre l’homme et la tech­nique, analyse France une diplômée Human­ités et tech­nolo­gie. Hutech va plus loin, en abor­dant des con­cepts et des notions qui devi­en­nent par la suite de véri­ta­bles out­ils pour penser le rap­port homme/technique en entre­prise et dans les produits/services que ces dernières proposent ».

Grâce à plus d’une cen­taine de cours pro­posés, le départe­ment tech­nolo­gie et sci­ences de l’homme accueille tous les étu­di­ants de l’UTC : du tronc com­mun au doc­tor­at en pas­sant par les cinq branch­es, les mas­ters – notam­ment à TSH la spé­cial­ité UxD (User Expe­ri­ence Design) et la for­ma­tion con­tin­ue (soit env­i­ron 2450 étu­di­ants par semes­tre). La diver­sité des dis­ci­plines qui y sont enseignées fait toute la spé­ci­ficité de la for­ma­tion des ingénieurs UTC. Expli­ca­tions de Nathalie Darène, direc­trice du départe­ment TSH.

La pre­mière chose qui m’a mar­qué quand j’ai con­sulté le cat­a­logue des cours à l’UTC c’est le nom­bre impor­tant d’enseignements de sci­ences humaines que l’on pou­vait suiv­re », s’étonne encore Alexan­dre, étu­di­ant en branche, trois ans après son arrivé à l’UTC. Il faut dire qu’entre des cours de mar­ket­ing, d’économie, de langues, de prise de parole publique ou encore d’épistémologie, les étu­di­ants ont l’embarras du choix.

« Cer­tains inti­t­ulés de matière peu­vent paraître un peu étranges aux étu­di­ants, con­fie Nathalie Darène, la direc­trice du départe­ment TSH. Il faut dire que notre offre de cours est sin­gulière et elle est ren­due pos­si­ble par le fait que nous sommes adossés à un lab­o­ra­toire de recherche. » Fondé en 1986, le départe­ment Tech­nolo­gie et sci­ences de l’homme réu­nit les dif­férents enseigne­ments de sci­ences humaines et sociales de l’UTC. Les enseignants de ces cours sont pour la plu­part mem­bres du lab­o­ra­toire Costech, qui inter­roge les liens entre les hommes, la société et la technique.

Pour autant, comme le pré­cise Nathalie Darène, les cours de sci­ences humaines ne sont pas en bonus à l’UTC mais font par­tie inté­grante du pro­jet péd­a­gogique. « À tra­vers les cours que nous pro­posons, nous voulons sen­si­bilis­er les étu­di­ants aux enjeux sociotech­niques aux­quels ils doivent faire face, détaille l’enseignante-chercheure. L’ingénieur n’est pas seule­ment là pour con­cevoir des pro­duits ou des ser­vices tech­niques, il doit envis­ager les con­séquences qu’ils auront sur l’homme et la société. » Alors depuis sa créa­tion, le départe­ment TSH fonc­tionne en étroite col­lab­o­ra­tion avec les autres départe­ments de sci­ences pour l’ingénieur de l’UTC et le monde pro­fes­sion­nel. « Avec les enseignants-chercheurs du départe­ment, nous nous ren­dons énor­mé­ment sur le ter­rain et nous adap­tons le con­tenu de nos cours aux enjeux que les ingénieurs ren­con­trent en entre­prise, pour­suit Nathalie Darène. L’objectif c’est que dès le début d’un pro­jet nos étu­di­ants réfléchissent et analy­sent les enjeux sociotech­niques sous-jacents.» Du grand groupe à la PME, de nom­breux acteurs indus­triels par­ticipent au développe­ment de l’offre d’enseignements de sci­ences de l’homme.

Pour affin­er encore davan­tage la for­ma­tion, Nathalie Darène et ses col­lègues ont lancé depuis plusieurs mois une démarche de réflex­ion stratégique autour du posi­tion­nement du départe­ment TSH. « Bien que notre offre d’enseignements de sci­ences humaines soit en phase avec les besoins du marché, nous voulions réfléchir à ce que serait l’enseignement des SHS dans les années à venir. » Des dif­férentes enquêtes de ter­rain et entre­vues réal­isées, les enseignants-chercheurs ont retenu un objec­tif pour leur départe­ment ; Pré­par­er les étu­di­ants à savoir : coopér­er en milieux numérique et inter­cul­turel.

« Cette maxime résume tous les objec­tifs des actions que nous menons ; la coopéra­tion cor­re­spond à la co-con­struc­tion de pro­jets qui peut exis­ter entre les étu­di­ants, analyse Nathalie Darène. Les ingénieurs ne tra­vail­lent jamais seuls dans leur coin. L’idée de milieu ren­voie, quant à elle, à ce qu’il y a autour de nous mais égale­ment en nous, tout le con­texte qui entoure et fait par­tie d’un pro­jet. Le terme numérique représente à la fois de nou­veaux out­ils et de nou­velles façons de faire. Enfin, l’interculturalité est à pren­dre au sens large ; à la fois sur l’international, mais égale­ment les inter­cul­tur­al­ités pou­vant exis­ter entre PME et grands groupes, etc.»

Pour accom­pa­g­n­er cet objec­tif, l’organisation de la for­ma­tion en sci­ences humaines à l’UTC devrait être revue pour per­me­t­tre, l’émergence de par­cours ren­for­cés pour les élèves volon­taires, avec notam­ment des mini-pro­jets de recherche à men­er pen­dant leurs stages. Un chal­lenge de taille pour les étudiants-ingénieurs.

 Mais en bout de course, quel est l’impact de cet accent mis sur les sci­ences humaines ? « Les entre­pris­es nous dis­ent régulière­ment que les ingénieurs de l’UTC ont de forte capac­ité d’adaptation et de prob­lé­ma­ti­sa­tion, con­fie la direc­trice du départe­ment TSH. C’est ce que nous encour­a­geons via nos enseigne­ments et nous sommes fiers que cette spé­ci­ficité soit recon­nue chez nos diplômés. » 

ZOOM SUR LE LABORATOIRE COSTECH

 Au sein de l’UTC le lab­o­ra­toire Costech, adossé au départe­ment Tech­nolo­gie et sci­ences de l’homme, s’intéresse aux rela­tions homme, tech­nique, société. Il est com­posé de trois groupes de recherche. Le groupe CRED (cog­ni­tive research and enac­tive design) s’interroge sur la con­sti­tu­tiv­ité tech­nique de l’expérience humaine. Le groupe CRI (com­plex­ités, réseau et inno­va­tion) tra­vaille, lui, sur le pas­sage d’un régime indus­triel à un régime cog­ni­tif du cap­i­tal­isme con­tem­po­rain. Enfin, le groupe EPIN (écri­t­ures, pra­tiques et inter­ac­tions numériques) s’intéresse aux nou­velles pra­tiques poli­tiques, éduca­tives, cul­turelles ou encore d’écritures liées au numérique.

C’est un OVNI dans l’écosystème des écoles d’ingénieurs en France. Une for­ma­tion en trois ans ouverte aux tit­u­laires d’un bac S, ES ou L et qui pro­pose, la pre­mière année, 50% d’enseignements sci­en­tifiques et tech­niques et 50% d’enseignements de sci­ences humaines et sociales. Son petit nom ? Human­ités et tech­nolo­gie. “Hutech” pour les intimes. À la tête de ce pro­jet atyp­ique, Nico­las Salz­mann, enseignant-chercheur à l’UTC devenu respon­s­able du cur­sus. Zoom sur une for­ma­tion qui ambi­tionne de for­mer des ingénieurs technologues.

En sept ren­trées, le cur­sus Hutech a déjà vu pass­er plus de 170 étu­di­ants. La pre­mière pro­mo­tion, entrée à l’UTC en 2012, est diplômée depuis décem­bre 2017. Pen­dant trois ans, comme tous les étu­di­ants-ingénieurs, les élèves de la fil­ière Hutech sont biberon­nés aux maths, à la physique, à l’informatique, à la chimie, à la biolo­gie ou encore à l’urbanisme.

Mais, grande orig­i­nal­ité du cur­sus, l’accent est aus­si mis sur l’épistémologie, l’histoire des tech­niques ou encore la philoso­phie des sci­ences. Un mélange qui plaît aux étu­di­ants de ce cur­sus. « J’étais aus­si bon dans les matières sci­en­tifiques que dans les matières lit­téraires, con­fie Pablo étu­di­ant en pre­mière année. Je n’avais pas envie d’abandonner l’une ou l’autre des com­posantes dans mes études alors Hutech était le par­fait com­pro­mis. » À l’issue des trois ans de for­ma­tion, les étu­di­ants peu­vent pour­suiv­re en branche à l’UTC  (choix priv­ilégié par la majorité d’entre eux), par­tir étudi­er dans un autre étab­lisse­ment ou tout bon­nement arrêter leurs études et se lancer dans le monde professionnel.

 Nico­las Salz­mann, enseignant-chercheur à l’UTC depuis une ving­taine d’années, est à l’initiative de cette for­ma­tion. « Hutech est un pro­jet qui s’inscrit dans la con­ti­nu­ité de la philoso­phie des uni­ver­sités de tech­nolo­gie qui visent à for­mer des ingénieurs qui pensent les rela­tions de l’homme à la tech­nique, détaille-t-il. L’objectif d’Hutech, c’est que nos diplômés soient capa­bles de porter des enjeux soci­aux et humains en amont de pro­jets tech­nologiques qu’ils ren­con­treront en entreprise. »

Pour attein­dre cet objec­tif ambitieux, la for­ma­tion met en syn­ergie les sci­ences humaines et les sci­ences pour l’ingénieur. « Nous avons mis en place un tronc com­mun en trois ans, au lieu de deux habituelle­ment, pen­dant lequel les étu­di­ants font un peu moins de toutes les sci­ences pour avoir davan­tage de temps pour les sci­ences humaines, détaille Nico­las Salz­mann. De ce fait nos étu­di­ants choi­sis­sent plus tôt la branche qu’ils visent pour tra­vailler en pri­or­ité les cours qui s’inscrivent dans leur pro­jet d’études. » 

Du côté des indus­triels, le pro­fil des étu­di­ants Hutech plaît. « Cer­taines entre­pris­es nous envoient des offres de stages réservées à nos étu­di­ants, ajoute Nico­las Salz­mann avec un brin de fierté. Soit parce qu’elles ont enten­du par­ler de nous, soit parce qu’elles ont eu des sta­giaires issus de notre for­ma­tion. » Un point de vue que partage Eliza­ve­ta Izv­olen­sky, issue de la pre­mière pro­mo­tion Hutech et qui tra­vaille aujourd’hui dans le secteur des trans­ports. Son pro­fil d’études lui per­met d’évoluer à un poste au car­refour d’enjeux tech­niques et humains.

« Je suis à la fois affec­tée à des par­ties de pro­jets très tech­niques, comme le développe­ment de sys­tèmes de régu­la­tion de vitesse dynamique sur les autoroutes, et en même temps à des pro­jets beau­coup plus dans la réflex­ion, des phas­es d’analyse et d’avant-projet », détaille-t-elle. Selon elle Hutech lui a apporté de nom­breuses com­pé­tences qu’elle applique au quo­ti­di­en. « Cette for­ma­tion a véri­ta­ble­ment forgé ma manière de réfléchir, d’abor­der les sujets en essayant d’y voir le sens et d’avoir une vision glob­ale même si je tra­vaille plutôt à l’échelle micro en me pen­chant sur le détail, analyse la jeune ingénieure. Tout ça me per­met de faire face aux réal­ités poli­tiques, écologiques et économiques en plus des con­traintes budgé­taires et tech­niques. Hutech m’y a bien pré­parée dès l’en­trée dans la formation. »

 Pour Nico­las Salz­mann, en plus d’être human­istes, les ingénieurs pas­sant par le cur­sus Hutech sont de véri­ta­bles tech­no­logues. « Les ingénieurs, parce qu’ils conçoivent des pro­duits et des ser­vices qui amé­na­gent les vies humaines se doivent d’être human­istes, de con­stam­ment penser les inter­ac­tions homme, tech­nique et société, analyse-t-il. Au sein du cur­sus Hutech, nous for­mons des tech­no­logues, sorte de médi­a­teurs capa­bles de faire dia­loguer les pro­jets tech­niques avec les enjeux socié­taux ; de com­pren­dre la tech­nique, la penser et en par­ler précisément. »

Pour l’heure, le cur­sus Human­ités et tech­nolo­gie pour­suit son petit bon­homme de chemin. Dans les couloirs de l’UTC, il se mur­mure que les capac­ités d’accueil de la for­ma­tion, pour le moment lim­itées à une ving­taine d’étudiants par pro­mo­tion, pour­raient aug­menter dans les années à venir.

Affaire à suivre…

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