L’ERM ou l’avenir de l’imagerie médicale

Une nou­velle tech­nique d’imagerie non inva­sive per­me­t­tra bien­tôt un diag­nos­tic tou­jours plus pré­coce de cer­tains can­cers. Ren­con­tre avec Sabine Ben­samoun, chercheuse CNRS au sein du lab­o­ra­toire de bio­mé­canique et bio­ingénierie (BMBI — UMR6600) de l’UTC.

En quoi consiste la technique d’Elastographie par Résonance Magnétique (ERM) ?

“De nom­breuses méth­odes d’imagerie diag­nos­tique con­ven­tion­nelles telles que le scan­ner, l’échographie, et l’Imagerie par Réso­nance Mag­né­tique (IRM) four­nissent des infor­ma­tions utiles sur l’anatomie des tis­sus mous mais ne per­me­t­tent pas de mesur­er leur raideur. Seule la pal­pa­tion, pour le moment, est un out­il clin­ique effi­cace pour estimer la dureté du tis­su et ain­si détecter des can­cers local­isés dans des régions acces­si­bles du corps. En vue de dévelop­per une méth­ode pour imager quan­ti­ta­tive­ment la raideur de tis­sus mous (foie, rein, sein, cerveau) au-delà de la portée de la main du médecin ou encore les pro­priétés mécaniques des mus­cles, une nou­velle tech­nique d’imagerie, non inva­sive, a été dévelop­pée sous le nom d’Elastographie par réso­nance mag­né­tique (ERM). La tech­nique ERM utilise la tech­nolo­gie de l’Imagerie par Réso­nance Mag­né­tique (IRM) et pour­ra ain­si être un exa­m­en com­plé­men­taire ou alter­natif, notam­ment lorsqu’une IRM est prescrite.” 

Quels sont vos axes de recherches ?

“Je mène actuelle­ment en par­al­lèle dif­férentes thé­ma­tiques de recherch­es avec la tech­nique ERM. Une pre­mière étude a con­sisté à mesur­er la raideur hépa­tique chez des sujets sains et des patients alcoo­lo-dépen­dants, en col­lab­o­ra­tion avec la Mayo Clin­ic (Rochester, USA), le Cen­tre Hos­pi­tal­ier de Com­piègne et son unité d’alcoologie. Des pro­to­coles sont actuelle­ment en cours de développe­ment, avec le sou­tien de la région Picardie, au sein du ser­vice de radi­olo­gie de la Poly­clin­ique Saint Côme afin de définir simul­tané­ment la raideur de l’ensemble des tis­sus de l’abdomen (rein, rate, foie,…). Le deux­ième axe de recherche con­cerne la car­ac­téri­sa­tion des pro­priétés mécaniques des mus­cles de la cuisse qui ont été déter­minées en fonc­tion de l’âge (de 8 à 60ans) et pour des enfants atteints de la myopathie de Duchenne en col­lab­o­ra­tion avec l’Institut de Myologie.”

Comment se déroule un examen ERM ?

“Le sujet est allongé sur la table d’une machine IRM et des vibra­teurs acous­tiques (tube ou de forme cir­cu­laire) sont util­isés afin de génér­er une petite vibra­tion qui va se propager à l’intérieur des tis­sus mous (mus­cle ou organe). La prop­a­ga­tion de ces ondes, à l’intérieur des tis­sus biologique, est visu­al­isée sur la con­sole de l’IRM qui en plus de l’image anatomique du tis­su va en acquérir une deux­ième appelée image “phase”, reflé­tant le déplace­ment des ondes à l’intérieur du mus­cle ou de l’organe. Sachant que la vitesse de déplace­ment d’une onde (ou sa longueur d’onde : λ) aug­mente avec le niveau de dureté du milieu, l’analyse de la vitesse de prop­a­ga­tion des ondes au sein des tis­sus per­me­t­tra de quan­ti­fi­er la raideur du foie ou encore les pro­priétés mécaniques du mus­cle dans un état relâché et contracté.”

Une meilleure compréhension des changements d’élasticité des muscles pourrait-elle déboucher sur la mise en place de traitements personnalisés ?

“Il est impor­tant pour les clin­i­ciens d’avoir des moyens objec­tifs d’évaluation de la raideur des tis­sus, et la tech­nique ERM va per­me­t­tre de car­ac­téris­er les pro­priétés mécaniques des mus­cles ou la raideur du foie et donc d’aboutir à :

  • des mesures quan­ti­ta­tives fournies aux clin­i­ciens et qui seront directe­ment cor­rélées à l’anatomie des tis­sus mous via les images IRM.
  • un suivi de l’effet des traite­ments et des thérapies.
  • une éval­u­a­tion des thérapeu­tiques mis­es en œuvre.
  • une amélio­ra­tion de notre com­préhen­sion des change­ments de raideur ou pro­priétés mécaniques afin de met­tre en place des traite­ments personnalisés.
  • une amélio­ra­tion de notre con­nais­sance sur la pathogénie de cer­taines maladies.”

Plus globalement, quels sont les enjeux de l’imagerie d’élasticité ?

“Le tis­su mus­cu­laire est un axe majeur de recherche et de préven­tion et notre con­nais­sance sur des change­ments mus­cu­laires au cours de mal­adies et traite­ments reste encore incom­plète. Ain­si, le développe­ment d’une nou­velle tech­nique non inva­sive in vivo qui pour­rait fournir des infor­ma­tions sur un mus­cle en con­trac­tion sera essen­tiel pour l’avancée de notre com­préhen­sion du tis­su mus­cu­laire. Actuelle­ment il existe des dis­posi­tifs ergométriques per­me­t­tant de car­ac­téris­er la force mus­cu­laire dévelop­pée par un ensem­ble de mus­cles tels que ceux du quadri­ceps, mais aucune tech­nique ne per­met de car­ac­téris­er indi­vidu­elle­ment un mus­cle en cor­rélant son archi­tec­ture mus­cu­laire à ses pro­priétés mécaniques.”

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