EBIOCARB : des carburants durables hybrides

Respectivement Professeur des universités et Maître de conférences, Khashayar Saleh et Mikel Leturia, sont rattachés au département Génie des procédés et au laboratoire TIMR. Le premier est par ailleurs Directeur de l’unité de recherche. Spécialistes des poudres, ils co-pilotent la participation de l’UTC au PEPR EBIOCARB, soutenu par «France 2030» à hauteur de 15 millions d’euros.
Coordonné par le CEA via l’APED¹, EBIOCARB est prévu pour une durée de près de 6 ans et mobilise un consortium formé par 11 partenaires dont l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace, l’Université Paris Cité, le CEA, l’INRAE ou encore l’IFPEN qui en assure le pilotage scientifique. L’idée du PEPR «Carburants durables hybrides : E‑Biocarburants» est de substituer les carburants fossiles par des équivalents biosourcés et renouvelables.
Le rôle de l’UTC dans ce consortium ? « Dans la continuité du projet Phobars financé par l’ANR, nous nous intéressons au transport pneumatique des poudres issues de solides non conventionnels tels que la biomasse, destinées à l’alimentation des réacteurs. Une des difficultés que l’on rencontre est celle de la régularité de l’alimentation des réacteurs », assure Khashayar Saleh.
Difficulté liée à la nature même de la biomasse. « En effet, les particules sont souvent fibreuses, allongées et ont tendance à s’enchevêtrer. Leurs propriétés font que les règles de design classiques, établies pour des particules plus régulières, doivent être adaptées à ces biomasses. Il s’agit, entre autres, de comprendre ces phénomènes afin d’optimiser les écoulements. Pour ce faire, nous combinons approche expérimentale à échelle pilote et approche de simulation numérique », indique Mikel Leturia.
Parmi les applications concrètes de EBIOCARB ? « Il s’agit pour l’essentiel de développer des E‑biocarburants destinés aux secteurs aérien et maritime, des secteurs où l’électrification est difficile. Dans la voie étudiée, la gazéification de la biomasse (résidus agricoles et forestiers) produit un gaz de synthèse contenant notamment du monoxyde de carbone et de l’hydrogène, qui peut ensuite être transformé en carburants. Pourquoi E‑biocarburants ? Le «E» fait référence à l’électricité bas carbone, qui permet de produire de l’hydrogène complémentaire par électrolyse de l’eau. Cet apport d’hydrogène supplémentaire permet de convertir une plus grande part du carbone de la biomasse en carburant. C’est cette association entre biomasse et électricité qui leur vaut le nom de carburants hybrides, ou e‑biocarburants », explique Mikel Leturia.
Une autre voie explorée, toujours dans le domaine de l’énergie, est celle de la co-électrolyse CO₂ et eau permettant de produire un syngas qui viendra compléter le gaz de synthèse produit à partir de la ressource biogénique. « L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux carburants fossiles », précise Khashayar Saleh.
Le processus de production commence par la préparation de la biomasse, suivie de sa gazéification qui aboutit à la production de gaz de synthèse. C’est après la gazéification qu’intervient le procédé connu sous le nom de Fischer-Tropsch. « Ce procédé permet de transformer, par catalyse, le mélange de monoxyde de carbone (CO) et d’hydrogène (H2) en hydrocarbures. L’apport d’hydrogène supplémentaire, issu de l’électrolyse de l’eau par exemple, permettrait d’augmenter le rendement et l’efficacité globale du procédé. Nous faisons face, toutefois, à une double difficulté : la variabilité des intrants selon leur origine et les saisons, et les fluctuations de disponibilité de l’électricité bas carbone, selon les sources mobilisées », assure Mikel Leturia.
Comparé au gaz naturel, la production de syngas passe par des procédés complexes. « Cependant l’intérêt du syngas réside dans son optionnalité puisque l’on peut fabriquer de nombreux produits à partir du gaz de synthèse et sa composition varie selon l’application projetée. Le programme s’intéresse à l’ensemble de la filière depuis la biomasse – comment la transporter ? comment la transformer ? — jusqu’au produit final. A savoir le type de biocarburant souhaité. Si on veut produire du méthanol par exemple, il faut ajuster les proportions d’hydrogène, de monoxyde de carbone et de dioxyde de carbone. Ce qui pose la question de la source de biomasse à privilégier pour produire le syngas permettant une production optimale de divers biocarburants. Cette production se fait dans des bioraffineries, des raffineries comme les autres mais appliquées à la bioressource. Ce qui pose un grand nombre de contraintes : le coût, la sécurité, les impuretés, la variabilité de la ressource …», souligne Khashayar Saleh. Pour preuve de l’importance du rôle de l’UTC et de son implication dans la formation par la recherche ? Le financement, dans le cadre d’EBIOCARB, d’une thèse sur les 23 que compte le PEPR, en collaboration étroite avec deux postdoctorats à l’IFPEN.
¹ https://www.agence-aped.fr/pepr/pepr-ebiocarb/
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