D‑Brake : améliorer la qualité de l’air

Martin Morgeneyer, enseignant-chercheur à l’UTC au laboratoire TIMR au sein de l’équipe Environmental protection in chemical engineering, est aussi titulaire d’une chaire Jean-Monnet de l’Union européenne visant à sensibiliser public et futurs ingénieurs à la question environnementale. Spécialisé dans les systèmes de particules, il a porté, en partenariat avec le Cetim, l’Ineris et l’entreprise Mann+Hummel, le projet D‑Brake dont l’objectif est de réduire les émissions liées au freinage dans l’air. Un projet auquel s’est joint, plus tard, le fabricant de plaquettes de freins Mat Friction de Noyon.
L’Union européenne a lancé la mise en œuvre du Pacte vert européen, un ensemble de directives dédiées à la protection de l’environnement et, in fine, à l’amélioration du bien-être et de la santé des Européens, dont la directive « Air », entrée en vigueur le 10 décembre 2024, qui porte sur la qualité de l’air. Une directive qui s’appuie très strictement sur les évidences scientifiques.
En effet, la pollution serait, selon l’OMS, responsable de 6,7 millions de décès prématurés ou évitables dans le monde par an, dont près de 40 000 en France. Or, parmi les principales causes de cette pollution, figurent notamment les particules, et plus particulièrement les particules fines émises lors du freinage des véhicules, mais aussi lors du frottement des pneus sur l’asphalte. C’est avec un sens rare de l’anticipation que l’UTC, le Cetim, l’Ineris et le groupe Stellantis se sont emparé de cette problématique. « On a, dès fin 20021, donc bien avant la directive “Air”, lancé la thèse “CleanBrake” consacrée au développement d’un dispositif permettant de caractériser l’émission de particules des systèmes de freins d’une manière rapide, efficace et pertinente grâce à la mise en place de la chaîne de mesurage », assure Martin Morgeneyer.
Avec, à la clef, des résultats concluants qui ont permis, toujours avec les mêmes partenaires académiques auxquels s’est jointe la société de fabrication de filtres Mann+Hummel de Laval, de poursuivre les recherches grâce à un financement de l’Ademe. « Un autre industriel s’est joint à nous en cours de route : le fabricant de plaquettes de freins Mat Friction situé à Noyon. Un industriel qui a pleinement intégré l’enjeu environnemental et technologique du freinage automobile. Ce partenariat nous a permis, en tant que coordinateur du projet Ademe et d’une thèse Cifre avec Mat Friction d’explorer au mieux les besoins mais aussi d’exploiter les capacités des différents acteurs. Pour la thèse Cifre, nous avons exploité la chaîne de mesurage pour mener une étude paramétrique et trouver la composition optimale des plaquettes et des disques de demain », précise-t-il.
Aujourd’hui, l’équipe de Martin Morgeneyer a montré que l’on pouvait réduire les émissions de freinage de 19 %, 84 %, voire 97 %, estimer les facteurs d’émission associés et identifier des traceurs spécifiques des émissions de freinage. « Dans un système de freinage, il y aura toujours de la friction. Cependant, on a testé différents matériaux tant pour les plaquettes que pour les disques afin de définir la composition permettant une réduction optimale des émissions. Nous avons, pour ce faire, réuni les compétences de chaque partenaire. à savoir les tribologues, spécialistes du frottement, du Cetim, les physiciens des aérosols de l’Ineris ainsi que notre propre expertise en procédés », souligne Martin Morgeneyer.
Des résultats d’un indéniable intérêt scientifique puisqu’ils ont fait l’objet de nombreuses publications dans des revues académiques dont Journal of Tribology, Environments ou encore Atmosphere mais aussi technologiques. « En effet, nous avons trouvé des formulations de matériaux tant pour les plaquettes que pour les couples plaquettes-disques qui ont permis de réduire les émissions de particules de plus de 90 %. Un succès pour la recherche mais aussi pour l’industrie puisque Mat Friction prend le relais pour la phase d’industrialisation », estime-t-il. Martin Morgeneyer et ses partenaires ne comptent pas s’arrêter là. Deux projets sont en cours. « Le premier que l’on peut qualifier de “D‑Brake+” est financé par les Hauts-de-France et vise à accélérer l’industrialisation des systèmes de freinage du futur. Le second, MIPLEXMO, s’intéresse à l’autre grande source d’émissions de particules, à savoir le frottement pneus/asphalte des véhicules. Financé par l’Ademe et impliquant, outre l’UTC, l’ENPC, l’Ineris et deux start-up (OBERON et SOPAT), MIPLEXMO a pour objectif de mieux caractériser la dispersion des particules de microplastiques en améliorant la mesure de ces objets dans l’air », conclut Martin Morgeneyer.
MSD




