Des MIP pour le traitement de la maladie de Crohn

Enseignante-chercheuse contractuelle depuis 2025, Claudia Herrera León est spécialisée en impression moléculaire et, plus particulièrement, dans les polymères à empreintes moléculaires (MIP) au sein du laboratoire Génie enzymatique et cellulaire (GEC). Actuellement, ses recherches portent sur le développement de MIP anti-TNF‑α pour le traitement de la maladie de Crohn par voie orale.
C’est après sa thèse à l’UPJV à Amiens qu’elle rejoint, en 2022, l’UTC en tant que post-doc. C’est sur un projet, financé par Sanofi, qu’elle a développé des MIP dédiés à la neutralisation du facteur de nécrose tumorale alpha (TNF‑α).
« L’impression moléculaire est une technique de moulage à l’échelle moléculaire permettant de créer des sites de reconnaissance spécifiques à une molécule cible dans un polymère, donnant lieu à ce qu’on appelle des polymères à empreintes moléculaires (MIP pour molecularly imprinted polymer). Ces matériaux possèdent une affinité comparable à celle des anticorps ; c’est pourquoi ils sont également appelés “anticorps synthétiques”. Pour ma part, mes travaux se concentrent essentiellement sur des applications thérapeutiques et de diagnostic », explique-t-elle.
Depuis 2026 et grâce au soutien « Jeunes chercheurs » de la direction à la recherche, elle s’attaque à la maladie de Crohn, une MICI pouvant toucher un ou plusieurs segments du tube digestif. Cette affection, favorisée par des facteurs génétiques, environnementaux et un dysfonctionnement du système immunitaire, touche majoritairement de jeunes sujets âgés de 20 à 30 ans. Sa prévalence est en hausse régulière ; ainsi, entre 2015 et 2023, le taux de croissance annuel moyen des personnes prises en charge par la sécurité sociale a été de 3,37 %.
« Le TNF‑α est naturellement sécrété par l’organisme en cas d’inflammation. Il s’agira pour nous, grâce aux MIP, de bloquer la surproduction de TNF‑α, cause de l’inflammation. D’autant que cette molécule est impliquée dans un grand nombre de maladies inflammatoires. Actuellement, les traitements existants pour la maladie de Crohn, fondés sur des anticorps monoclonaux, sont non seulement chers, mais ils ne peuvent être administrés que par voie intraveineuse. En effet, les anticorps monoclonaux, trop fragiles, peuvent être dénaturés par le pH acide et dégradés par les enzymes digestives. Pour nous, il s’agit de trouver, grâce aux MIP, plus stables physiquement et chimiquement, un traitement alternatif administrable par voie orale.
La première étape consistera à étudier le comportement des MIP dans des milieux gastriques artificiels, c’est-à-dire reproduits en laboratoire, afin de vérifier s’ils résistent à ce milieu au pH très acide. À terme, l’objectif sera d’évaluer si l’administration orale des MIP permettra de capter le TNF‑α dans les intestins », conclut Claudia Herrera León, qui espère établir une preuve de concept assez solide afin de pouvoir développer des partenariats industriels.
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