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57 : La médecine du futur

Le lab­o­ra­toire Bio­mé­canique et bio­ingénierie (BMBI), une unité mixte de recherche CNRS depuis sa créa­tion en 1982, se con­sacre à l’ingénierie pour la san­té, domaine où l’UTC, tou­jours leader en France, a été pio­nnière. Des travaux com­bi­nant bio­mé­canique du vivant, humain ou ani­mal, et bio­ingénierie, portés par trois équipes de recherche. Des champs de recherche qui cou­vrent par exem­ple la thé­ma­tique du vieil­lisse­ment, la répa­ra­tion des valves en cas d’insuffisance mitrale fonc­tion­nelle, la mod­éli­sa­tion de l’écoulement de la lym­phe, les organes sur puce ou encore, plus récem­ment, la prob­lé­ma­tique de la dial­yse verte. Des domaines dessi­nant les con­tours de la médecine du futur.

Direc­trice de recherche au CNRS, Cécile Legal­lais est, depuis jan­vi­er 2018, direc­trice du lab­o­ra­toire Bio­mé­canique et bio­ingénierie (BMBI), une unité mixte de recherche UTC/CNRS depuis sa créa­tion en 1982. 

Fort de près de 70 per­son­nes – enseignants-chercheurs, chercheurs con­tractuels et per­son­nel tech­nique –, BMBI est organ­isé autour de 3 équipes de recherche dédiées à l’ingénierie de la san­té, domaine où l’UTC a été pio­nnière en France. « Ce sont des recherch­es qui por­tent sur la bio­mé­canique du vivant, humain et ani­mal, et sur la bio­ingénierie où l’on va com­bin­er les approches des sci­ences de l’ingénieur et celles des sci­ences biologiques impli­quant l’étude de tis­sus ou de cel­lules », explique-t-elle. 

Par­mi les objec­tifs ? « Il s’agit de con­tribuer, par le biais de dis­posi­tifs ou de méth­odes, à l’amélioration de la san­té des patients. C’est en com­prenant com­ment le corps, un organe ou un tis­su par­ti­c­uli­er fonc­tion­nent que l’on peut pro­pos­er des méth­odes de traite­ment, de diag­nos­tic, voire de répa­ra­tion par le biais d’organes arti­fi­ciels ou de l’ingénierie tis­su­laire », précise-t-elle. 

Les thé­ma­tiques de recherche des dif­férentes équipes ? « Une équipe tra­vaille sur la car­ac­téri­sa­tion et mod­éli­sa­tion per­son­nal­isées du sys­tème mus­cu­lo-squelet­tique. Il s’agit, dans ce cas pré­cis, d’appréhender le fonc­tion­nement du corps entier comme du mus­cle, du ten­don ou de l’os. La deux­ième s’intéresse au sys­tème car­dio-vas­cu­laire et plus générale­ment aux écoule­ments dans le corps – sang, lym­phe – avec une approche mul­ti-échelle. Ces deux équipes cou­plent expéri­men­ta­tion et mod­éli­sa­tion et s’appuient notam­ment sur des tech­niques d’imagerie médi­cale. Enfin, la dernière est spé­cial­isée en ingénierie tis­su­laire dont le but est de recon­stru­ire des tis­sus, voire des organes – peau, foie, nerf, etc. – avec dif­férents out­ils (matéri­aux et cel­lules vivantes) et à dif­férentes échelles », détaille Cécile Legallais. 

Des recherch­es qui intéressent au plus haut point le monde clin­ique. En témoigne la mul­ti­pli­ca­tion des parte­nar­i­ats avec le monde médi­cal. « Nous tra­vail­lons ain­si avec le CHU d’Amiens et notam­ment l’institut “Faire Faces” du pro­fesseur Devauchelle. Nous avons égale­ment des col­lab­o­ra­tions avec la Pitié-Salpêtrière sur le dia­bète et la sar­copénie, autrement dit le vieil­lisse­ment du corps, avec le CHU Hen­ri-Mon­dor sur les valves car­diaques ou encore l’hôpital Paul-Brousse sur les patholo­gies hépa­tiques et le pro­jet de foie bioar­ti­fi­ciel. Plus récem­ment, nous nous sommes intéressés à la dial­yse verte dans dif­férents ser­vices de néphrolo­gie », conclut-elle.

Près de 50 000 per­son­nes souf­frant d’insuffisance rénale en France néces­si­tent un traite­ment par hémodial­yse ou rein arti­fi­ciel. Des per­son­nes qui sont en attente de greffe ou qui ne peu­vent pas être greffées. 

Longtemps, la notion de développe­ment durable en matière de soins ne se posait pas puisque l’on con­sid­érait que l’accès aux soins de l’ensemble de la pop­u­la­tion con­sti­tu­ait en lui-même un objec­tif de développe­ment durable. 

Mais les choses changent et on com­mence à ques­tion­ner l’impact envi­ron­nemen­tal de cer­taines tech­niques. C’est le cas notam­ment de la dial­yse. « D’abord, elle exige des dis­posi­tifs médi­caux très com­plex­es qu’il faut pro­duire, achem­iner, etc. Elle est égale­ment très gour­mande en matières plas­tiques qui sont à usage unique – 1,5 kg de plas­tique est jeté par patient et par séance. On peut citer aus­si le trans­port des patients vers les cen­tres et enfin la con­som­ma­tion d’eau. Il faut savoir que, lors de chaque séance, on utilise 400 litres d’eau pour pro­duire le liq­uide de dial­yse. Au final, chaque patient con­somme 75 m³ par an », explique Cécile Legallais. 

C’est du Maroc où le prob­lème de pénurie d’eau est patent que le ques­tion­nement sur la dial­yse est venu. « Tout a démar­ré qua­tre ans aupar­a­vant lorsque Ahmed Abarkan, étu­di­ant du pro­fesseur Sqal­li Hous­saïni, chef du ser­vice de néphrolo­gie de l’hôpital de Fez tra­vail­lant sur la prob­lé­ma­tique du recy­clage de l’eau des dial­y­ses, me con­tacte afin d’effectuer sa thèse en cotutelle », souligne-t-elle. 

La thé­ma­tique de la thèse ? « Com­ment réduire l’impact envi­ron­nemen­tal de la dial­yse ? Il faut savoir que le proces­sus d’osmose inver­sée util­isé génère le rejet de grandes quan­tités d’eau moyen­nement salée. Com­ment la dessaler pour pou­voir la réu­tilis­er ? Nous avons tra­vail­lé sur cette prob­lé­ma­tique en col­lab­o­ra­tion avec le pro­fesseur Gri­mi du lab­o­ra­toire TIMR et le cen­tre de dial­yse de la poly­clin­ique Saint-Côme à Com­piègne, parte­naire his­torique du labo », conclut-elle.

Core­spon­s­ables de l’équipe (C2MUST) au sein du lab­o­ra­toire BMBI, Karim El Kirat et Sofi­ane Boudaoud sont tous les deux pro­fesseurs à l’UTC.

Une équipe dédiée à la “car­ac­téri­sa­tion et mod­éli­sa­tion per­son­nal­isée du sys­tème mus­cu­lo-squelet­tique”. Leurs domaines de recherche respec­tifs ? « Je tra­vaille essen­tielle­ment sur la car­ac­téri­sa­tion et les pro­priétés bio­mé­caniques de l’os, qu’il soit humain ou ani­mal. J’anime aus­si le pro­gramme trans­ver­sal “bio­mé­canique des sys­tèmes bio­mimé­tiques et bioin­spirés” impli­quant les trois équipes du labo. 

L’idée ? C’est de s’inspirer, pour nos final­ités sou­vent clin­iques, des struc­tures et des pro­priétés que l’on voit chez l’homme et dans la nature afin de fab­ri­quer des dis­posi­tifs médi­caux. Ain­si la forme et les pro­priétés mécaniques d’une pro­thèse de tib­ia par exem­ple doivent se rap­procher au max­i­mum d’un tib­ia naturel », explique Karim El Kirat. 

Plus con­crète­ment ? « Dans mon domaine qui con­cerne la fab­ri­ca­tion de l’os in vit­ro, c’est extrême­ment impor­tant que l’os, à l’échelle micro­scopique, ait toutes les car­ac­téris­tiques de l’os naturel mais aus­si toutes ses pro­priétés mécaniques. Les raisons ? Il faut que les matéri­aux dévelop­pés puis­sent être inté­grés dans le corps, qu’ils soient recon­nus en tant que matéri­au non tox­ique et enfin qu’ils aient les pro­priétés bio­mé­caniques atten­dues », ajoute-t-il. Un domaine où la mod­éli­sa­tion joue un rôle majeur. « Mes travaux por­tent notam­ment sur le traite­ment des sig­naux et leur mod­éli­sa­tion. Il s’agit là de sig­naux bio­médi­caux et, plus par­ti­c­ulière­ment, élec­tro­phys­i­ologiques obtenus à par­tir de mesures de bio­courant à la sur­face du corps humain. Nous avons, au sein de C2MUST, une grande exper­tise sur l’électromyographie de sur­face (EMG). Une des thé­ma­tiques fortes de l’équipe con­cerne la car­ac­téri­sa­tion du sys­tème neu­ro-mus­cu­losquelet­tique grâce à des mesures mul­ti­ples, var­iées et com­plé­men­taires ; mesures qui peu­vent être mécaniques, élec­triques et non inva­sives », détaille Sofi­ane Boudaoud. 

C’est ain­si que se dessi­nent les con­tours d’une médecine du futur s’appuyant sur des mod­èles de plus en plus per­for­mants. « On pense que, dans le futur, la médecine sera pré­dic­tive, préven­tive et per­son­nal­isée. Il s’agira de pou­voir faire des diag­nos­tics, par­fois aidés par le mod­èle, avant la sur­v­enue des patholo­gies ; des diag­nos­tics robustes, pré­co­ces et pré­cis, effec­tués grâce à des tech­niques les moins inva­sives pos­si­bles, accept­a­bles par le patient. Pour ce faire, on va s’appuyer sur du traite­ment du sig­nal, de l’analyse de don­nées avancée, de la mod­éli­sa­tion bioin­spirée et bio­mimé­tique. Ain­si, les mod­èles du sys­tème mus­cu­losquelet­tique sur lesquels on tra­vaille ont été créés pour mimer le com­porte­ment naturel en con­di­tions saines que pathologiques. L’objectif étant d’apporter des infor­ma­tions sup­plé­men­taires, une aide au diag­nos­tic en somme, au clin­i­cien qui va pren­dre sa déci­sion médi­cale », précise-t-il. 

Des savoir-faire qu’ils appliquent à des prob­lé­ma­tiques var­iées notam­ment la car­ac­téri­sa­tion du vieil­lisse­ment du sys­tème mus­cu­lo-squelet­tique. « On sait qu’en 2050 une per­son­ne sur trois aura plus de 60 ans et une sur dix plus de 80 ans. Il y a aus­si le fait, démon­tré par les sta­tis­tiques, de l’augmentation de la séden­tar­ité notam­ment chez les jeunes. Ain­si, les 15–25 ans marchent moins que les 55–65 ans. La con­comi­tance de ces deux phénomènes va débouch­er sur une accéléra­tion des prob­lé­ma­tiques de vieil­lisse­ment et de perte d’autonomie. Ce qui posera un vrai prob­lème de san­té publique », explique-t-il. 

Par­mi les objec­tifs de l’équipe à moyen terme ? « Notre but est de dévelop­per des dis­posi­tifs portés sur soi et con­nec­tés au télé­phone portable capa­bles d’indiquer par exem­ple à une per­son­ne souf­frant de douleurs artic­u­laires aux genoux ou de faib­lesse mus­cu­laire que sa démarche ren­voie tous les signes d’une chute immi­nente », assure Karim El Kirat. « En parte­nar­i­at avec le pro­fesseur Kin­u­gawa de l’AP-HP et SU, on a égale­ment dévelop­pé un indi­ca­teur inti­t­ulé “âge fonc­tion­nel moteur” qui peut être dif­férent de l’âge chronologique. L’idée est d’alerter les jeunes et moins jeunes sur l’état de vieil­lisse­ment de leur sys­tème mus­cu­lo-squelet­tique », ajoute Sofi­ane Boudaoud. 

Une prob­lé­ma­tique qui a don­né lieu à un parte­nar­i­at indus­triel. « On a obtenu, dans le cadre du plan France relance, un pro­jet avec BioSeren­i­ty, une entre­prise spé­cial­isée dans les dis­posi­tifs con­nec­tés. Le but ? C’est de pou­voir éval­uer le vieil­lisse­ment en util­isant l’électromyographie », conclut-il.

Pro­fesseur de biolo­gie cel­lu­laire et d’ingénierie tis­su­laire, Muriel Vayssade est respon­s­able de l’équipe Cel­lules Bio­matéri­aux Bioréac­teurs (CBB) au sein du lab­o­ra­toire BMBI. Ingénieur de recherche, Rachid Jel­lali a un rôle trans­ver­sal puisqu’il tra­vaille avec les équipes CBB et IFSB.

Qu’entend-on par ingénierie tis­su­laire ? « C’est tout d’abord un champ inter­dis­ci­plinaire qui fait appel à la biolo­gie, à la chimie, à la physi­co-chimie, à la bio­mé­canique. L’idée sous-jacente est d’arriver à recon­stru­ire in vit­ro des tis­sus et même des organes dans leur com­plex­ité », explique Muriel Vayssade. 

Par­mi les tech­niques util­isées ? « Il s’agit de cul­tiv­er ensem­ble plusieurs pop­u­la­tions cel­lu­laires, car un tis­su natif est con­sti­tué de dif­férents types de cel­lules. L’idée ? C’est d’utiliser des bio­matéri­aux, naturels ou syn­thé­tiques, qui vont apporter un envi­ron­nement tridi­men­sion­nel aux cel­lules, puis de trou­ver les con­di­tions expéri­men­tales opti­males afin qu’elles se dif­féren­cient (se spé­cialisent) et qu’elles con­stituent un tis­su fonc­tion­nel, comme un tis­su natif », pré­cise t- elle. 

Des tech­niques dont les champs d’application sont divers. « On utilise ain­si des hydro­gels de col­lagène et des fibrob­lastes pour la recon­sti­tu­tion des der­mes (tis­sus de la peau) », ajoute-t-elle. 

Des savoir-faire qui ont abouti à divers pro­jets avec nom­bre de parte­naires. L’un, noué avec le ser­vice de der­ma­tolo­gie du CHU d’Amiens, con­cerne le traite­ment des mélanomes métas­ta­tiques. « Les clin­i­ciens étaient con­fron­tés à des suc­cès comme à des échecs et voulaient com­pren­dre pourquoi cer­taines molécules sont effi­caces sur tel patient et pas sur tel autre. On a donc mis en place un mod­èle de derme recréant un micro-envi­ron­nement tumoral, dans lequel on peut cul­tiv­er les cel­lules tumorales des patients (isolées à par­tir de biop­sies), tester la réponse des cel­lules aux traite­ments et ain­si iden­ti­fi­er in vit­ro la sen­si­bil­ité du patient à tel ou tel type de molécules », assure Muriel Vayssade. 

Des travaux en parte­nar­i­at avec l’université d’Hanovre et financés par l’ANR sont menés égale­ment sur la recon­sti­tu­tion d’os, de ten­don et de mus­cle, dans une même con­ti­nu­ité, selon une approche bio­mimé­tique. « On va utilis­er des matéri­aux façon­nés en fonc­tion du tis­su souhaité : par exem­ple asso­ciés à des minéraux comme l’hydroxyapatite (com­posant naturel de l’os), ou organ­isés sous forme de fibres (comme les mus­cles) et appli­quer des sol­lic­i­ta­tions mécaniques (étire­ments) afin de favoris­er la dif­féren­ci­a­tion des cel­lules en os, en mus­cle… » souligne-t-elle. 

Autre axe de recherche ? « On a mis en place une tech­nolo­gie d’organe sur puce (Organ on Chip). L’idée ? C’est de cul­tiv­er des cel­lules dans des dis­posi­tifs micro-flu­idiques (une tech­nolo­gie inspirée de la microélec­tron­ique) ou mini-bioréac­teurs. Par­mi les avan­tages de cette tech­nolo­gie ? On est dans un micro-envi­ron­nement en 3 dimen­sions, bien con­trôlé, qui peut être per­fusé et dont on peut adapter la forme à l’organe que l’on veut étudi­er. Mon but prin­ci­pal étant de les utilis­er en tox­i­colo­gie pour rem­plac­er les tests sur les ani­maux notam­ment. Ain­si, pour le criblage des médica­ments, nom­breux sont ceux qui passent la phase des tests sur l’animal et échouent car la dif­férence entre la phys­i­olo­gie ani­male et humaine est énorme », explique Rachid Jellali. 

Les organes con­cernés ? « On a com­mencé à tra­vailler sur le foie, l’organe “métabolisant” par excel­lence, puis, peu à peu, on s’est intéressés à tous les organes en inter­ac­tion avec le foie tels les reins et le pan­créas, le but est de repro­duire les inter­ac­tions entre plusieurs organes », précise-t-il. 

Des com­pé­tences qui ont abouti à divers pro­jets avec nom­bre de parte­naires. L’un, mené con­join­te­ment avec deux lab­o­ra­toires lil­lois, SMMIL‑E et l’IEMN, avec pour parte­naires HCS Phar­ma et Fluigent, est financé par l’ANR. Ce pro­jet Mim­Liv­erOnChip a pour objec­tif de dévelop­per un foie sur puce bio­mimé­tique. L’équipe tra­vaille égale­ment sur des pro­jets financés par l’ANSES (IMITOMICS, LuLi) et la Fon­da­tion UTC, et utilise ces organes sur puces pour étudi­er la tox­i­c­ité des pes­ti­cides sur le foie et les poumons.

Chargé de recherche CNRS, Badr Kaoui est mem­bre de l’équipe IFSB au sein du lab­o­ra­toire BMBI. Ses thé­ma­tiques de recherche por­tent sur la mod­éli­sa­tion numérique des inter­ac­tions flu­ide-struc­ture cou­plées aux phénomènes de trans­port dans des sys­tèmes biologiques et bio­médi­caux. Expert de la méth­ode de Boltz­mann sur réseau, il est pio­nnier en France dans la mod­éli­sa­tion du pom­page de la lymphe. 

Par­mi les domaines d’application ? « Mes recherch­es relèvent du champ bio­médi­cal – le cal­cul de l’écoulement et du trans­fert de masse dans les sys­tèmes bio­médi­caux comme les organes arti­fi­ciels sur puces micro-flu­idiques, par exem­ple – mais aus­si biologiques, en par­ti­c­uli­er l’étude du sys­tème lym­pha­tique. C’est grâce à des sim­u­la­tions mul­ti­physiques que l’on peut cal­culer par exem­ple l’écoulement d’un flu­ide don­né et la dif­fu­sion-advec­tion-réac­tion des entités chim­iques », explique-t-il. 

Une des tech­niques util­isées pour la mod­éli­sa­tion ? « D’abord, la méth­ode de Boltz­mann. Son intérêt ? Elle est sim­ple à pro­gram­mer et per­met de ren­dre le code de plus en plus com­plexe selon les prob­lé­ma­tiques traitées ; elle est égale­ment aisé­ment “par­al­lélis­able”, c’est-à-dire que l’on peut tourn­er des sim­u­la­tions sur plusieurs processeurs pour réduire le temps de cal­cul ; elle est enfin utile pour le cal­cul tant de l’écoulement d’un flu­ide que du trans­fert de masse. On peut par ailleurs cou­pler les deux dans le cas du trans­port d’un médica­ment par un flu­ide tel le sang, par exem­ple », souligne t- il. 

Une méth­ode numérique qu’il cou­ple, doré­na­vant, avec la méth­ode des fron­tières immergées, plus mod­erne, très avancée et par­ti­c­ulière­ment adap­tée aux struc­tures déformables. « Ain­si, si l’on prend le sys­tème lym­pha­tique, on va pou­voir aller de la bio­mé­canique – l’écoulement d’un flu­ide dans un sys­tème vivant – à la mécanobi­olo­gie où on s’intéresse à des sig­naux biochim­iques induisant des forces qui entraî­nent la dynamique des parois et des valves des vais­seaux lym­pha­tiques », ajoute Badr Kaoui. 

Son intérêt pour le sys­tème lym­pha­tique ? « C’est au Mass­a­chus­setts Gen­er­al Hos­pi­tal (MGH), recon­nu mon­di­ale­ment pour leur exper­tise dans le traite­ment du can­cer, que j’ai enten­du par­ler, pour la pre­mière fois, du sys­tème lym­pha­tique et de son lien avec le can­cer. Un sys­tème com­plexe peu étudié. Loin de reculer devant la dif­fi­culté, j’ai décidé d’en faire un nou­v­el axe de mes recherch­es et d’utiliser tous les cou­plages des out­ils numériques que j’ai dévelop­pés », pré­cise-t-il. Un axe de recherche qui intéresse Dr Lance Munn, pro­fesseur asso­cié à Har­vard Med­ical School, chercheur au MGH, et par ailleurs Vis­it­ing Pro­fes­sor à l’UTC. « On a mis en place un pro­jet, financé par l’ANR et mené en col­lab­o­ra­tion avec le MGH, afin de com­pren­dre le mécan­isme de pom­page de la lym­phe à l’échelle des vais­seaux », indique t- il. 

Par­tic­u­lar­ité du pro­jet ? « Habituelle­ment, on tra­vaille sur la bio­mé­canique et l’interaction des flu­ides struc­tures à l’équipe IFSB. Dans ce pro­jet, on va ajouter la biochimie, le fonc­tion­nement des valves et aller vers des mod­èles 3D », con­clut Badr Kaoui.

Ingénieur de recherche, Khalil Ben Man­sour assure, depuis 2020, la codi­rec­tion du Cen­tre d’expertise pour la bio­mé­canique du mou­ve­ment. Il a conçu l’ErgoSkel, un dis­posi­tif d’aide à la manu­ten­tion, breveté au niveau nation­al mais aus­si aux États-Unis et au Japon et lancé sur le marché en avril 2022. 

C’est en 2011 qu’il rejoint l’UTC pour un pro­jet européen de trois ans dédié au développe­ment d’un out­il de diag­nos­tic pour les trou­bles mus­cu­losquelet­tiques du dos en tant que post-doc. Il a été, à l’issue du pro­jet, recruté en tant qu’ingénieur de recherche, respon­s­able de la plate­forme « Tech­nolo­gie, sport, san­té » rebap­tisée depuis « Cen­tre d’expertise pour la bio­mé­canique du mouvement ». 

Par­mi les objec­tifs de la plate­forme ? « Il s’agit d’évaluer les mou­ve­ments des êtres humains mais aus­si des ani­maux pour mieux les com­pren­dre, trou­ver des solu­tions d’amélioration de l’environnement dans lequel ils évolu­ent et de réduire les risques de trou­bles mus­cu­lo-squelet­tiques, d’accident, etc. J’ai réal­isé divers pro­jets dans des domaines tels que le sport et la san­té, l’ergonomie au tra­vail ou encore le suivi de la réé­d­u­ca­tion dans le domaine médi­cal », explique-t-il. 

Un savoir-faire recon­nu. Pour preuve ? « Ergoskel », un pro­jet phare lancé en 2017 à l’initiative de FM Logis­tic, une entre­prise de près de 29 000 salariés présente dans 14 pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. « Face au nom­bre d’arrêts de tra­vail dus aux trou­bles mus­cu­lo-squelet­tiques affec­tant ses col­lab­o­ra­teurs, l’entreprise a souhaité que l’on réfléchisse à un dis­posi­tif qui soit léger, peu coû­teux per­me­t­tant de réduire la charge de tra­vail des mem­bres supérieurs afin d’éviter l’apparition de trou­bles des mem­bres et du dos », précise-t-il. 

Pari réus­si avec l’ergosquelette dont la com­mer­cial­i­sa­tion a com­mencé en avril 2022. « Il s’agit d’un dis­posi­tif que l’on porte comme un sac à dos. Il pèse 1,8 kg et per­met de divis­er par trois la fatigue mus­cu­laire », con­clut Khalil Ben Mansour.

Des­tinés au traite­ment de l’insuffisance mitrale fonc­tion­nelle, deux dis­posi­tifs font actuelle­ment l’objet de dépôt de brevets à l’international.

Le pre­mier, l’implant d’un bal­lon­net entre les deux feuil­lets de la valve mitrale afin de combler l’espace résidu­el entre eux, a d’ores et déjà été breveté en France et est en attente d’un brevet à l’international. Toute­fois, Anne-Vir­ginie Sal­sac, direc­trice de recherche au CNRS au sein du lab­o­ra­toire Bio­mé­canique et bio­ingénierie (BMBI), admet que cette tech­nique est d’une grande com­plex­ité et peut ne pas répon­dre à toutes les sit­u­a­tions d’insuffisance mitrale fonctionnelle. 

D’où l’idée d’un deux­ième dis­posi­tif car­ac­térisé par une struc­ture pure­ment métallique, recou­verte d’une mem­brane pour éviter notam­ment les effets abrasifs, led­it dis­posi­tif étant pro­tégé par une demande de brevet international. 

Après maintes études de marché, le pro­jet a été jugé suff­isam­ment inno­vant et d’un grand poten­tiel indus­triel. Ce qui lui a valu le sou­tien la SATT Lutech à Paris. Restait à trou­ver un parte­naire spé­cial­isé dans le médi­cal et qui serait prêt à endoss­er le rôle de « comat­u­rant », pré­cise Anne-Vir­ginie Salsac. 

Ce qui fut fait avec 3D Med Lab, société spé­cial­isée dans l’impression de dis­posi­tifs en 3D. « L’idée est de faire de l’impression 3D tant avec des biopolymères pour la solu­tion “bal­lon­net” que de l’impression “métal” tel le Niti­nol, un alliage à mémoire de forme », explique-t-elle.

Pio­nnière dans la for­ma­tion des acteurs du secteur bio­médi­cal, l’UTC en est tou­jours le leader en France. Mais d’autres acteurs ont investi le domaine. 

Un Ren­dez-vous bio­médi­cal lancé par Isabelle Claude et Jean-Matthieu Prot, tous les deux enseignants-chercheurs en génie biologique et dont la qua­trième édi­tion s’est tenue le 21 jan­vi­er 2022. 

La rai­son de cette ini­tia­tive ? « Une des raisons tient à la longue his­toire, 40 ans, de l’UTC avec le bio­médi­cal qui lui vaut une grande renom­mée. Toute­fois, depuis une quin­zaine d’années, de nou­veaux acteurs ont investi ce domaine avec beau­coup de dynamisme et notam­ment en créant des événe­ments récur­rents qui leur don­nent une vis­i­bil­ité impor­tante. Alors on s’est dit qu’il ne fal­lait pas que l’UTC se con­tente de sa bonne répu­ta­tion mais qu’elle devrait mieux com­mu­ni­quer sur ses savoir-faire et accroître ain­si sa par­tic­i­pa­tion au réseau bio­médi­cal français », explique Isabelle Claude. 

« Pour nous, cet événe­ment a pour but de met­tre en avant toutes les activ­ités bio­médi­cales de l’UTC, pro­mou­voir les pro­jets des étu­di­ants, déclin­er les activ­ités de recherche menées au sein de l’université mais aus­si de con­solid­er ses liens avec les parte­naires extérieurs priv­ilégiés. Ain­si, nous faisons tou­jours venir soit un prati­cien hos­pi­tal­ier, soit un indus­triel du bio­médi­cal », ajoute Jean-Matthieu Prot. 

La thé­ma­tique du dernier ren­dez-vous bio­médi­cal ? « On a focal­isé la journée sur la robo­t­ique chirur­gi­cale et la mod­erni­sa­tion du bloc opéra­toire », conclut-il.

Maître de con­férences, Anne Le Goff est mem­bre de l’équipe IFSB au sein du lab­o­ra­toire BMBI. Un pro­jet de recherche pour la bioremé­di­a­tion des sols réu­nit le BMBI et le TIMR. 

Inti­t­ulé « Myco-flu­idique pour la bioremé­di­a­tion des sols », autrement dit l’utilisation de champignons pour la dépol­lu­tion des sols, ce pro­jet trans­ver­sal réu­nit les com­pé­tences de deux labos. 

« Notre objec­tif est de visu­alis­er, à l’intérieur d’un sys­tème micro-flu­idique, la manière dont un champignon accède à un pol­lu­ant de type hydro­car­bu­res, par exem­ple. On sait que cer­tains champignons fil­a­menteux peu­vent être effi­caces. Restait à démon­tr­er com­ment. En “sol­u­bil­isant” le pol­lu­ant ou en s’en nour­ris­sant ? », explique-elle. 

Un pro­jet qui fait l’objet de trois thès­es. « Celle de Claire Baranger, s’appuyant sur le suivi par vidéomi­cro­scopie de champignons et du pol­lu­ant incor­porés dans des cham­bres microflu­idiques, a démon­tré la coex­is­tence des deux pistes ; celle de Jérémy Audierne a pour objec­tif de définir les con­di­tions opti­males dans lesquelles le champignon peut se dévelop­per au niveau micro et si cela peut se véri­fi­er sur le ter­rain ; enfin celle de Salomé Bertone est con­sacrée au ver­sant biologique du pro­jet. Chercher d’autres can­di­dats micro­bi­ens, par exem­ple », précise-t-elle. 

Le finance­ment de ces thès­es ? « Les deux pre­mières ont été soutenues par le Min­istère et la Région et la dernière par l’institut MSTD », con­clut Anne Le Goff.

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