« Notre destin : Sorbonne université »

Directeur de l’université de technologie de Compiègne depuis 2017, Philippe Courtier a à cœur de faire avancer l’institution, dans le cadre de Sorbonne université, et d’ouvrir les étudiants au monde de la recherche de haut niveau. Le lancement, en 2018, des « Leçons inaugurales » de rentrée en témoigne.

« Notre destin :  Sorbonne université »

 C'est tout petit, dans le village de Melle dans les Deux-Sèvres, que Philippe Courtier est tombé dans le bain des sciences et techniques. C’est avec son grand-père chimiste créatif et passionné, « il a eu un doctorat sans avoir le bac, c’est le premier scientifique de la famille», souligne-t-il avec une forme de fierté dans la voix, qu’il apprend à souffler les ustensiles en verre utilisés dans son laboratoire. C’est à 12 ans, suite à la rupture d’une bielle, qu’il met les mains dans le cambouis pour aider son père, ingénieur, à réparer la voiture familiale. Et c’est à 13 ans qu’il s’intéresse à la « relativité restreinte » grâce à un livre de Gamow et se met à dévorer tous les livres de la bibliothèque familiale sur le sujet. Aussi est-on surpris de l’entendre dire qu’il s’est ennuyé au Lycée Joseph Desfontaines de son village. L’on verra toutefois que l’ennui ne va pas durer longtemps.

Ingénieur diplômé de l'École polytechnique promu 1978, il intègre l'École nationale de la météorologie par « goût de la science». C’est là, lors de son stage de fin d’études effectué au sein d’un laboratoire, qu’il découvre « le sens de la recherche ». Il décide alors de faire un doctorat et soutient une thèse sur l'application du contrôle optimal à la prévision numérique en météorologie à Météo-France et au laboratoire de météorologie dynamique du CNRS. Ses travaux, réalisés sur « des ordinateurs dont la mémoire ne dépassait pas 128 kilooctets », permettent de mieux utiliser les observations pour la prévision numérique du temps et lui ouvrent les portes du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme à Reading (Royaume-Uni). « C'est le premier centre de ce genre au niveau monde et avec cinq ans d'avance sur les états-Unis », explique-t-il. Auteur de nombreuses publications scientifiques distinguées par un prix de l'Académie des sciences et un prix de la Royal Meteorological Society, Philippe Courtier voit sa carrière s’accélérer.

Après un passage par le CNES puis au laboratoire d'océanographie dynamique et de climatologie, il devient, en 1999 à 41 ans, directeur général adjoint de Météo-France. Il y restera cinq ans et présidera aussi le comité scientifique du World Weather Research Programme (WWRP) entre 2002 et 2005. à partir de ce moment-là, changement de cap : Philippe Courtier va arrêter son métier de chercheur pour une seconde carrière en direction générale d’organisme.

 Directeur de l'UTC

C’est ainsi qu’à 59 ans, en 2017, il prend les rênes de l’UTC qui forme, chaque année, environ 4000 étudiants ingénieurs et 300 doctorants. Son projet pour l’UTC et sa vision de l’école au sein de Sorbonne université ? « C’est l’UTC qui a un projet, ce n’est pas moi qui ai un projet. Le rôle du directeur et de son équipe est d’être au service de l’institution pour la faire avancer », explique-t-il. Les deux atouts majeurs de l’école, selon lui ? Le premier tient à ce que, bien que jeune, l’école a une image très forte au sein des familles. Il en veut pour preuve que 90% des étudiants qui intègrent l’UTC ont une mention très bien au bac. « En 40 ans, l’école s’est imposée comme un acteur majeur de l’enseignement supérieur », souligne-t-il. Le second, c’est le très fort attachement des personnels à l’institution. D’où son refus de parler de « son projet » auquel il préfère « le projet de l’institution porté par l’ensemble de ses acteurs ».

Philippe Courtier admet toutefois une faiblesse : la taille de l’UTC, tant en nombre d’élèves ingénieurs que de doctorants. « Les universités de technologie en Europe sont au moins deux fois plus grandes » affirme-t-il. « Certes, il ne s’agit pas de grossir pour grossir mais d’essayer de couvrir un plus grand spectre de l’ingénierie. A l’image des universités européennes comparables », ajoute-t-il.

Son ambition de croissance pour l’UTC ? Il la voit dans des spécialités où « l’UTC est peu présente telles que l'eau, l'énergie et l'environnement ou encore le génie industriel et les systèmes numériques ».

Son ambition de plus grande visibilité européenne, sinon mondiale ? Il la voit au sein de Sorbonne université. « Notre destin, c’est Sorbonne université », a-t-il l’habitude de marteler. Les raisons ?

La première tient à l’image forte et à la reconnaissance mondiale de la Sorbonne. La seconde renvoie à l’effet de taille. « Paris VI avec sa fac de sciences de l’ingénierie et sa fac de médecine, plus grande université scientifique d’Europe, est dans le top 100 mondial », précise Philippe Courtier. D’où sa volonté de contribuer au « développement du pôle technologique de Sorbonne université, dont l’initiative d’excellence a été confirmée, en 2018, par un jury international ».

 


Leçons inaugurales

L’instauration de Leçons inaugurales, à la rentrée 2018, vise, à ses yeux, à « créer un premier contact, positif, entre les étudiants et la science, les étudiants et la recherche de haut niveau ». La première avec François Forget sur le thème "Explorer le système solaire pour mieux comprendre notre terre" ; la deuxième "Des communs fonciers aux communs numériques" avec Benjamin Coriat, économiste ; et enfin la dernière "Introduction à l’apprentissage automatique" avec Thierry Denoeux, professeur au département génie informatique et au laboraroire Heudiasyc de l'UTC. n MSD

 Les  3 leçons inaugurales

Explorer le système solaire pour mieux comprendre notre terre par François Forget, directeur de recherche CNRS - laboratoire de météorologie dynamique

Commun et numérique par Benjamin Coriat, économiste

Introduction à l'apprentissage automatique par Thierry Denoeux, professeur au département génie informatique et au laboraroire Heudiasyc