L’UTC se dote d’un institut des hautes études de la transition numérique

L’ambition de cette nouvelle structure à partir de décembre 2018 : mettre en place une formation continue d’excellence et une chaire de formation initiale Art contemporain et numérique adossées à une recherche de haut niveau sur les enjeux de la transformation numérique.

L’UTC se dote d’un institut des hautes études de la transition numérique

 Contribuer à la mue digitale de l’Europe : c’est tout l’enjeu de l’institut des hautes études de la transition numérique (IHETN).  Un enjeu stratégique. D’abord parce que le numérique est en train de révolutionner la société dans son entier : les entreprises, l’administration, les associations, l’éducation, la défense, la culture, les arts, toutes les formes de gouvernance… Ensuite, en raison de la domination écrasante de géants du numérique pour l’essentiel américains ou chinois : les Gafami (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, IBM), Natu (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) et autres BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi).

Ce qui fait leur force ? Une culture numérique dont le Vieux continent manque encore cruellement. « Nous vivons dans un monde pénétré par des multinationales qui imaginent des modèles d’activité incompréhensibles en Europe, observe par exemple Yann Moulier-Boutang, professeur en sciences de l’économie à l’UTC et l’un des initiateurs de l’institut. Ces firmes ont saisi tout l’intérêt d’offrir aux internautes des services gratuits servant de plateformes de pollinisation sur lesquels ils laissent leurs données : grâce à cela, elles vendent à leurs clients une compréhension des interactions sur les réseaux. Pour préserver leur place dans l’économie mondiale et le concert des nations, les Européens doivent eux aussi s’approprier une véritable culture numérique qui ne se réduit pas à l’informatique et à l’électronique. Il s’agit de comprendre toutes les implications de la transition numérique : économiques, industrielles, mais aussi juridiques, sociales, citoyennes, de sécurité… C’est à ce besoin crucial de nos entreprises, de nos territoires et de notre société que répondra l’institut. »

Immersion dans les cultures numériques

L’IHETN va en effet lancer cinq séminaires thématiques sur les enjeux stratégiques de la transition numérique : Innovation juridique et numérique ; Numérique, industrie 4.0 et avenir du travail ; Cultures et imaginaires du numérique ; Civic tech et nouvelles citoyennetés ; Cybersécurité. La confrontation à une recherche de haut niveau nourrira une formation continue d’excellence, qui permettra aux cadres dirigeants et à fort potentiel des entreprises, administrations et associations de s’immerger dans l’univers du numérique : des nouveaux modèles économiques à l’imaginaire qui constitue le ressort de l’innovation dans la Silicon Valley, en passant par l’impact du numérique sur le travail, l’organisation des entreprises et les politiques publiques (lire l’encadré). Sanctionné par un diplôme universitaire, ce programme d’environ 250 heures ouvrira fin 2018.

L’institut comporte également un volet sur la formation initiale. Non seulement des étudiants de haut niveau et en fin de cursus devraient bénéficier de bourses pour suivre le cycle destiné aux cadres, mais l’institut va participer à une chaire numérique et art contemporain qui accueillera des artistes en résidence. Objectif : aider les élèves ingénieurs de l’UTC à développer leur créativité en les formant aux rapports entre l’art contemporain, le numérique et l’innovation.

Pour remplir ces trois missions, l’UTC dispose de compétences de pointe, notamment dans ses laboratoires Costech (connaissance, organisation et systèmes techniques) et Heudiasyc (heuristique et diagnostic des systèmes complexes). Mais elle s’appuiera aussi sur des partenaires de premier plan. Entre autres exemples, le centre national édition art image (CNEAI) est cofondateur de la chaire numérique et art contemporain, et les recherches et enseignements sur la cybersécurité seront coorganisés avec l’institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN), un établissement public d'expertise et de sensibilisation en matière de défense, placé sous la tutelle du Premier ministre. Par ailleurs, le workshop sur l’innovation juridique et le numérique, qui a débuté en juin, implique les universités d’Aix-Marseille, Poitiers et Toulouse 1 Capitole, ainsi qu’un cabinet d’avocats spécialiste de l’innovation, Bamboo and Bees, et donnera lieu à des coopérations avec l’université de Nouvain-la-Neuve et le laboratoire de cyberjustice des universités de Montréal et McGill.

Yann Moulier-Boutang présidera le conseil scientifique de l’institut. Avec ce projet ambitieux, l’UTC devrait se positionner à la pointe de la recherche et de la formation sur la transition numérique en Europe. Plusieurs entreprises ont déjà confirmé l’inscription de leurs cadres au sein de la formation de l’IHETN (Crédit Agricole, Consort NT, BNP Parisbas…). n

Cinq modules de formation continue

• Numérique et transformation de l’économie, de la valeur : le capitalisme cognitif, les nouveaux modèles économiques…

• Numérique, production, organisation et politique publiques : les conséquences du numérique sur le travail, l’industrie et les services 4.0 ; l’ubérisation, le robotariat, la transformation des politiques publiques…

• Numérique et innovation sociale, culture numérique :  les pratiques ouvertes du numérique (makers, hackers, fablabs…), les imaginaires du numérique et notamment le rôle clé de la science-fiction dans la culture des entrepreneurs de la Silicon Valley…

• Sciences et technologies du numérique : intelligence artificielle, algorithmique, modèles prédictifs alternatifs en intelligence artificielle, cartographie du web…

• Intelligence numérique et sécurité dans les organisations : état des lieux des menaces (cyberattaques, cyberhacking…), loi sur la protection des données, chiffrement, cloud souverain…

Contact :  François Velu, directeur de la formation continue UTC /françois.velu@utc.fr