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Innovation pédagogique : l'approche UTC

Rendre les étudiants acteurs de leurs apprentissages. Du travail collaboratif sur des projets réels aux cours inversés en passant par les jeux sérieux : c’est le fil directeur des innovations pédagogiques que déploie l’UTC pour mieux préparer ses élèves ingénieurs à leur future vie professionnelle, tout en s’adaptant aux spécificités d’une nouvelle génération d’étudiants.

Innovation pédagogique : l'approche UTC

Deux avions de légende à reconstruire

C’est une UV que beaucoup des étudiants aimeraient redoubler ! Son enjeu : redonner vie à deux avions mythiques, dont un Latécoère qui sera l’une des pièces maîtresses de l’exposition du Grand Palais sur les cent ans du transport aérien, en 2018.

En partenariat avec une association compiégnoise, le Cercle des machines volantes, l’UTC participe à la reconstruction d’un Caudron Rafale C430, monoplan biplace de course qui effectua son premier vol en 1934, et d’un Latécoère 28, modèle avec lequel Jean Mermoz réalisa la première traversée de l’Atlantique Sud en 1930. Les deux avions, dont la reconstitution fait appel à des technologies modernes (CAO, simulation numérique…), devront répondre aux normes actuelles de sécurité pour pouvoir voler, tout en étant les plus proches possibles des spécifications des modèles d’origine.

Initiée voici quatre ans, l’opération mobilise en permanence entre cinq et sept enseignants-chercheurs encadrant chacun de deux à quatre élèves ingénieurs, qui, le temps d’une UV projet d’un semestre, prennent en charge un des lots à réaliser : études aérodynamiques, étude des propriétés du lin pour l’entoilage des ailes, modélisation CAO du moteur… Une fois leur UV validée, les étudiants passent le relais à la promotion suivante… et généralement les candidats ne manquent pas. « Découvrir les principes d’écoulement de l’air sur une aile d’avion les motive davantage que de suivre un TD de mathématiques appliquées sur le sujet ! note Jean-Marc Picard, professeur au département Ingénierie mécanique et initiateur du projet à l’UTC. C’est un des intérêts pédagogiques de ce projet : faire passer plus facilement un certain nombre de notions complexes, tout en confrontant les étudiants à des problématiques à la fois passionnantes et très enrichissantes. Par exemple, en rétro-ingénierie : tous les plans du Caudron Rafale C430 ayant disparu, il faut les reconstituer en numérisant les pièces, la difficulté étant qu’il n’existe aucun exemplaire de cet avion dont toutes les pièces aient été restaurées parfaitement. Ou bien dans le domaine des matériaux : les étudiants prennent conscience que le bois et le lin, ces matières nobles et écologiques utilisées dans les avions anciens, redeviennent très prometteuses, car on dispose aujourd’hui de technologies non destructives (ultrasons, infrarouge…) pour contrôler l’absence de défauts invisibles à l’œil nu qui nuiraient à leur résistance. »

Un projet fédérateur

Autre avantage, il s’agit d’un projet transversal, qui requiert des compétences très diverses : mécanique, matériaux, mais aussi génie informatique pour les problématiques d’électronique et de communication et même génie biologique pour le choix des bois et des lins. « C’est une expérience fédératrice, qui donne aux étudiants une vision large des sciences de l’ingénieur et contribue à les préparer au rôle de chef d’orchestre maîtrisant un grand nombre de techniques qui est celui d’un ingénieur », souligne Jean-Marc Picard.

Enfin, la reconstruction des avions implique également des étudiants d’une unité de valeur sur la gestion de projet, qui sont eux chargés d’organiser la réalisation des différents lots, d’assurer leur suivi, de communiquer sur le projet et de trouver des mécènes. Un exercice en grandeur réelle, là encore très formateur.

Depuis son lancement, ce projet sert d’ailleurs régulièrement de tremplin professionnel aux élèves ingénieurs. Par la suite, plusieurs participants ont effectué un stage dans l’industrie aéronautique et, parfois, un master en aéronautique à l’université de Braunschweig (Allemagne) ou de Cranfield (Royaume-Uni), avant d’être recrutés dans ce secteur d’activité.