Dossier

46 : Innovation pédagogique : l'approche UTC

Rendre les étudiants acteurs de leurs apprentissages. Du travail collaboratif sur des projets réels aux cours inversés en passant par les jeux sérieux : c’est le fil directeur des innovations pédagogiques que déploie l’UTC pour mieux préparer ses élèves ingénieurs à leur future vie professionnelle, tout en s’adaptant aux spécificités d’une nouvelle génération d’étudiants.

46 : Innovation pédagogique : l'approche UTC

Tendances identiques sur le campus de Shanghai

L’université de technologie sino-européenne de Shanghai (Utseus) associe les trois universités de technologie françaises et l’université de Shanghai. Là-bas aussi, l’apprentissage par projet et le développement des compétences interculturelles des étudiants revêtent une importance croissante.

L’Utseus propose trois programmes de mobilité d’un semestre aux étudiants des universités de technologie de Compiègne, Belfort-Montbéliard, et Troyes : l’un pour les élèves de deuxième année, les deux autres, de niveau master, pour les étudiants en fin de cycle d’ingénieur. Des parcours qui, en particulier au niveau master, font une large place à l’innovation pédagogique et comportent nombre de rencontres et projets avec des entreprises franco-chinoises ou chinoises, des start-up et autres acteurs locaux de l’innovation (voir Interactions n° 42, janvier 2017, dossier pages 5 à 12).

Mais l’objectif est aussi de développer ces formes de pédagogie active – tout à fait nouvelles en Chine – dans le programme de niveau bachelor destiné aux étudiants chinois. Professeur émérite de l’UTC, Jean-Pierre Caliste en a déjà fait un principe clé des trois UV de troisième année dont il est responsable à l’Utseus :
« La première, sur le management de projet, a lieu à l’automne. A ce stade, les étudiants n’ont encore jamais travaillé en groupe sur un projet. Je leur demande de s’organiser par équipes de six pour traiter un sujet qui donne lieu à différents livrables, dont une publication d’une dizaine de pages. Il s’agit d’un sujet général et non d’une problématique d’ingénierie. Chaque groupe choisit le sien (les musées, les étudiants salariés…), mais a l’obligation de respecter un cahier des charges et des dates de remise des livrables. Outre l’inexpérience des étudiants dans ce type d’exercice, la principale difficulté est leur nombre, beaucoup plus important qu’à l’UTC : à raison d’environ 70 élèves par TD, il est impossible de les voir chacun ! Je leur demande donc de travailler avec un logiciel de gestion de projet qui me permet de suivre leur avancement a posteriori. »

 Un choc culturel formateur

La seconde UV, sur le management de la qualité, se déroule au printemps. Forts de leur première expérience sur un projet, les étudiants doivent cette fois reconcevoir un objet et produire un dossier faisant la preuve de leur concept. En 2017, par exemple, chaque groupe devait transformer un produit existant en objet connecté pour le doter de nouvelles fonctions. Mais, surtout, ce travail se déroule en équipes mixtes, intégrant chacune un ou deux étudiants français de deuxième année en mobilité à l’Utseus. « Pour les uns et les autres, c’est un choc culturel très formateur, constate Jean-Pierre Caliste. Les Chinois découvrent que les Français, plus habitués qu’eux au travail par projet, sont déjà très autonomes, anticipent et prennent beaucoup d’initiatives. Les Français prennent conscience que les Chinois sont davantage dans la réaction immédiate, mais font preuve d’une grande créativité. »

La troisième UV, sur le management agile des projets, est plus axée sur la créativité et l’innovation. Là encore, elle comporte la réalisation d’un projet en groupes mixtes. En 2017, il s’agissait d’imaginer des systèmes d’assistance aux pompiers lors d’interventions sur un sinistre.

A l’avenir, l’Utseus entend aller plus loin : développer davantage la pédagogie par projet pour les élèves chinois, afin de favoriser leur autonomie et leurs capacités d’innovation et d’entrepreneuriat. Mais aussi renforcer les compétences interculturelles des étudiants chinois et français, en favorisant le travail collaboratif à distance sur des projets communs. A cette fin, elle a lancé un projet baptisé Interaction Laboratory Innovation (ILI), destiné à se doter des moyens idoines : salles équipées d’outils de travail collaboratif (tableaux blancs, grands écrans interactifs connectés à des PC…), makerspace pour réaliser des prototypes, et moyens de communication audio et vidéo pour travailler en réseau avec les universités de technologie françaises.