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Regard sur les déchets des origines à nos jours

Ingénieur de recherche à l'IRSTEA, Christian Duquennoi est passionné de rudologie, la science des déchets. Récompensé par le prix ouvrage grand public et un coup de cœur des médias au prix Roberval, son ouvrage « Les déchets du big bang à aujourd'hui » nous convie à une passionnante plongée dans l'histoire de la matière et des hommes. Rencontre avec son auteur.

Regard sur  les déchets des origines à nos jours

D'où vient votre passion pour les déchets ?

Le sujet est passionnant scientifiquement malgré le caractère dévalorisant qu'on lui prête parfois encore. C'est un domaine très transversal où l'on fait appel aussi bien aux sciences « dures » qu'aux sciences humaines. Il s'agit d'un thème universel. Tous les êtres vivants et l'univers produisent des déchets. Ce n'est pas le propre de l'homme ! Ils offrent une image en négatif des organismes ou structures qui les produisent. C'est grâce à eux que les physiciens caractérisent les étoiles. Des sociologues et archéologues analysent le fonctionnement des sociétés en fouillant les poubelles. La manière dont on traite ses détritus en dit souvent long sur les rapports sociaux et les modes de vie... Longtemps artisanal et empirique, le secteur industriel fait maintenant appel à des technologies extrêmement complexes. De nombreuses opportunités professionnelles sont ouvertes aux ingénieurs et scientifiques. Mon parcours m'a ainsi permis d'étudier le stockage et le confinement des déchets aussi bien radioactifs que ménagers. Je travaille maintenant sur des bioprocédés permettant d'extraire des molécules d'intérêt (notamment des substituts aux hydrocarbures) à partir de déchets organiques.

 

Quels sont les grands défis de notre époque ?

Les enjeux sont à la fois qualitatifs et quantitatifs. Certains de nos déchets actuels sont constitués de matériaux qui n'existaient pas à l'état naturel comme nos polymères de synthèse. Les écosystèmes n'ont pas eu le temps d'évoluer. Ils sont incapables de les métaboliser ou les transforment en résidus toxiques. D'autre part, les volumes ne cessent de croître. En plus de la multiplication par deux de la population mondiale en 50 ans, chaque individu consomme globalement plus. En France, nous jetons en moyenne douze fois plus qu'un habitant de Paris au moyen-âge. La révolution industrielle a provoqué des bouleversements mais l'évolution la plus importante ne remonte en fait qu'à quelques décennies. Jusqu'aux années 50 en France, on récupérait tout ce qui pouvait encore servir. Les décharges n'étaient encore pas très importantes. Depuis l'avènement de la société de consommation dans les années 60, les quantités rejetées ont en revanche explosé du fait du renouvellement incessant des produits et plus récemment du suremballage.

 

Les déchets représentent également d'importantes opportunités économiques et scientifiques ?

Il ne s'agit de rien d'autre que de matière inutilisée ! Le gisement en termes d'emploi est très important. On peut oser une comparaison entre les écosystèmes naturels et les sociétés humaines. Dans la nature, environ 30 % des organismes vivants se consacrent à la réutilisation des déchets. En France, ce secteur ne réunit que 0,4 % des emplois. Il y a donc une bonne marge de progression !

 

Quelles ont été les avancées les plus significatives depuis les débuts de votre carrière ?

Depuis le début des années 90, toutes les décharges françaises sont aménagées pour éviter la contamination du sol et des milieux. Des contrôles réguliers permettent de surveiller l'écoulement de jus de décharge ou lixiviat et l'émission de gaz. Notre pays n'est pas un mauvais élève comme on a coutume de le dire mais les situations peuvent être très différentes localement car ce secteur dépend largement des collectivités locales. L'Europe a modifié profondément les manières de faire. Auparavant le stockage en décharge et l'incinération étaient les techniques les plus courantes, maintenant nous utilisons ces solutions en derniers recours. La diminution, la réutilisation et le recyclage doivent être privilégiés. Les citoyens sont de plus en plus sensibilisés. Responsables de 96 % du tonnage de déchets produits, l'agriculture et l'industrie sont également les plus impliquées dans l'économie circulaire et l'écologie industrielle. Une nouvelle économie est en train de naître grâce aux déchets. 

 

En 30 ans, les comités de pré-sélection du prix Roberval ont examiné près de 6000 œuvres provenant de 31 pays francophones.

Jamy Gourmaud a reçu le coup de cœur Roberval des collégiens de l’Oise en 2016 pour son émission « Le monde de Jamy : dans le secret des bâtisseurs » avec Jérôme Mignard son co-auteur paru aux éditions Quae.