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Regard sur la transition industrielle et l'emploi

Deux questions à Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France

Regard sur la transition industrielle et l'emploi

  • Avec quel temps d’avance, sur quels secteurs et quel écosystème particulier vous appuyez vous en Hauts-de-France pour pouvoir l’assurer? L’attractivité de la métropole lilloise est-elle synonyme d’une mono-polarisation en termes d’organisation des Hauts-de-France au risque de renforcer les disparités territoriales ?

 

En 2017, les Hauts-de-France étaient la première région française en termes de créations d’emplois industriels (près de 2 000 nets selon Trendeo). Je suis convaincu que nous faisons un bon choix en soutenant l’industrie ! Notamment, grâce au redressement du secteur automobile (la zone la plus positive est Valenciennes grâce à Toyota). Nous accompagnons les constructeurs automobiles (Toyota donc, mais aussi PSA et Renault) car un nouveau véhicule à assembler, une nouvelle boîte de vitesse à fabriquer, ce sont des emplois pérennisés sur les 10 prochaines années.

Je veux que la région garde ce rôle de leader industriel : une région qui crée des emplois, qui attire des entreprises, qui investit dans la robotique, qui anticipe les mutations industrielles à venir. Et nous pouvons faire mieux, car l’industrie doit toujours moderniser son image. Notamment auprès des jeunes et des femmes. Et pourtant, la force de l’industrie, c’est que tout le monde peut y trouver sa place grâce à sa diversité. La Région ne veut pas prendre le rôle de l’industriel, mais s’efforce de créer l’écosystème favorable à l’industrie dans les Hauts-de-France.

Nous travaillons très bien avec la MEL : oui, c’est un territoire attractif et tant mieux ! Il doit pouvoir entraîner les autres territoires de la région. Quand une entreprise veut s’implanter, on se bat ensemble, MEL et Région, pour qu’elle s’installe et on y met les moyens. Fin avril par exemple, nous étions avec la MEL et la Ville de Tourcoing en train de poser la première pierre de Booking à Tourcoing. Un projet bon pour la MEL est bon pour la région. Mais ce n’est pas la MEL et le désert autour : je veux veiller à l’équilibre des territoires. Je ne veux pas laisser les villes petites et moyennes, les villes rurales sur le bord de la route.

 

  • Quelles stratégies de développement « ouvertes » (sur l’Europe, les entreprises en suivant les différentes transitions en cours),  voulez-vous appliquer afin de stimuler l’industrie du futur  au sens large  et l’emploi à moyen terme ?

 

Une stratégie de développement qui marche doit forcément être ouverte : ce n’est pas en restant fermée sur elle-même qu’une institution, qu’elle soit nationale ou régionale, peut faire avancer les choses. En effet, ce ne sont pas les politiques qui créent les emplois, ce sont les entrepreneurs. Il faut donc savoir les écouter, car eux seuls connaissent mieux que quiconque les contraintes qui pèsent sur leur activité. Mais il faut également savoir s’adresser à eux, pour les aider à appréhender les évolutions fulgurantes des nouvelles technologies et des marchés dans lesquels ils opèrent.

La Région a lancé IndustriLab, une plateforme d’innovation pour l’industrie qui aide les entrepreneurs à mieux connaître les dernières innovations. C’est pour la même raison que nous avons développé le programme Industrie du Futur, financé par la Région : il apporte des financements aux entreprises industrielles pour leur permettre de moderniser leurs équipements, ce qui leur permet de gagner en efficacité et donc en compétitivité – l’un des défis majeurs de l’industrie française. Enfin, nous avons lancé un plan novateur pour la Robonumérique qui veut encourager les entreprises, grâce à des aides financières de la Région, à adopter les robots pour accroître la compétitivité de leur site.

Je fais le choix de l’industrie du futur pour la région et j’y crois dur comme fer : l’alliage de l’industrie et des nouvelles technologies permettra de développer les milliers d’emplois (non délocalisables et à forte valeur ajoutée) qui relanceront notre région. Le défi est de taille, mais notre région est bien placée. C’est aussi notre engagement dans la Troisième Révolution Industrielle (Rev3), pour accompagner les entreprises de la région vers l’innovation, favoriser dès maintenant la création des métiers de demain. Nous voulons garder un temps d’avance dans les Hauts-de-France.