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Marlène Schiappa : l'égalité salariale entre les femmes et les hommes

Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, répond à six questions sur l'égalité salariale.

Marlène Schiappa : l'égalité salariale entre les femmes et les hommes

Contrairement aux idées reçues, l'écart salarial homme/femme augmente avec le niveau de rémunération. Est-ce une spécificité française ?

Que vous soyez une femme ou un homme, lorsque vous êtes au SMIC, vous êtes au salaire minimum. Ensuite, plus les rémunérations augmentent, plus l'écart de salaire entre hommes et femmes se creuse :  de 9 à 27 %.
C'est une situation que l'on observe dans beaucoup de pays, même en Suède, que l'on cite souvent en exemple. C'est vrai que la Suède est très avancée sur les congés parentaux et l’engagement des hommes dans la vie familiale, mais, en ce qui concerne les écarts de salaires, elle se situe sur des taux équivalents voire plus importants que la France.

Comment favoriser l'attractivité des postes de cadres et à responsabilités pour les femmes ? 
Et dans le milieu technologique et de l'innovation en particulier ?

Une étude internationale en partenariat avec l'UNESCO et des associations internationales - sur les femmes dans les métiers scientifiques et techniques, Gender Scan, montre que de 2010 à 2015, il y a de moins en moins de jeunes filles qui s'orientent vers les nouvelles technologies*.
Avec Mounir Mahjoubi, secrétaire d’état au numérique, nous avons lancé un appel à l'orientation, qui a été vu des dizaines de milliers de fois par des jeunes filles et des jeunes hommes, notamment sur les réseaux sociaux, dans lequel nous faisons la promotion de ces métiers. A partir de la rentrée prochaine, avec le ministre de l'éducation nationale, à partir de la rentrée prochaine, nous aurons un plan encore plus offensif en direction de ces jeunes filles.

Les entreprises sont-elles les seules responsables de ces inégalités ?

Il y a trois types de responsabilités. Tout d'abord, le monde du travail : les employeurs, les entreprises, les syndicats, les partenaires sociaux... Mais aussi les pouvoirs publics, c'est à dire nous le gouvernement. Il s'agit d'une grosse responsabilité que nous portons, et c'est pour cela que se sera une priorité notamment de l'inspection du travail que de renforcer les contrôles aléatoires. En amont,
En amont, les troisièmes responsables sont les individus eux-mêmes. Par exemple, en sortant d'école d'ingénieur, les jeunes femmes diplômées demandent des salaires moins élevés par rapports aux jeunes hommes. Il y a donc un vrai travail à mener sur le comportement des individus eux-mêmes.

4/ La question de la maternité occupe-t-elle une place importante dans ces disparités ?

J'ai présidé pendant près de dix ans le réseaux "maman travaille" que j'avais créé et, effectivement, on observe que la maternité marque un premier vrai frein dans la carrière des femmes. Et, à partir du deuxième enfant, les écarts de carrière se creusent encore plus dans les couples hétérosexuels, entre les femmes et les hommes.
C'est ça que j’appelle le plafond de mère, et ce sont ces interruptions de carrière qui nous amènent à cet écart de salaire de 9 à 27 %. C'est pour cela qu'on veut faire un congé maternité harmonisé, y compris pour les professions libérales, les entrepreneuses et les agricultrices. J'ai d'ailleurs confié une mission parlementaire à une députée à cet égard. C'est pour cette raison aussi que nous voulons renforcer le congé paternité. Une mission de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), et les résultats nous seront remis au printemps

Le choix des études influe-t-il également sur la vie professionnelle des femmes ?

Oui, le choix des études influe forcément, puisqu'il y a une orientation stéréotypée. C'est pour cela qu'il nous faut déconstruire ce qu'on appelle les murs de verre, qui font qu'il y a des filières dites féminines et des filières dites masculines.
Au sein de votre école, vous observez sans doute également une différence plus ou moins marquée selon les filières, même si l'UTC peut se féliciter de compter 38%de jeunes femmes comme élèves

Les domaine professionnels liés à la technologie ou à la science sont-ils plus concernés par la discrimination entre les hommes et les femmes ? comment cela évolue-t-il ?

On observe en tout cas qu'il y a moins de femmes par exemple dans les startups. Il y a un rapport à l'argent très direct dans les startups, mais aussi à la culture du risque. Par définition, quand on innove, on un risque, mais cette culture du risque n'est pas encouragée chez des petites filles. C'est pour ça, qu'avec le secrétaire d’état au numérique on lance un véritable changement de culture, et des propositions seront faites dans les prochains mois.

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*l'étude a dressé un constat alarmant : en 2010, on comptait 28% de femmes dans l’enseignement supérieur, en licence, master ou doctorat scientifiques en 2010, contre 25 % en 2015.