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Le regard de l’économiste sur Rev3

Benjamin Coriat est économiste et professeur des universités à la faculté des sciences économiques de l'université Paris 13. En septembre dernier, il donnait une leçon inaugurale de rentrée à l'UTC sur le thème des communs fonciers aux communs numériques. Entretien !

Le regard de l’économiste sur Rev3

Comment cette 3è révolution industrielle nous impose de changer d'avenir et donc de changer d'économie ?

La période contemporaine est marquée par une puissante révolution numérique intervenant elle-même dans un contexte de globalisation débridée. Un phénomène qui conduit à une amplification considérable de fractures et qui met la dégradation écologique au cœur des choses Le point remarquable est que ces changements s'effectuent dans un moment où on assiste aussi à une révolution dans les droits de propriété avec la montée de plus en plus forte de formes diverses de droits d'usage partagés contre la propriété privée et exclusive à l'ancienne. Cela ouvre à des nouveaux modèles. Prenons l'exemple de Netflix, c'est du streaming, donc c'est du partage. Idem avec les modèles de co-voiturage. L'addition révolution numérique + primat des droits d'usage nous fait entrer dans un nouvel âge : celui de l'économie du partage. Pour le meilleur et le pour le pire. Le pire avec Uber par exemple qui nous ramène au travail à la tâche, déprotégé. Le meilleur, avec par exemple Wikipedia, devenue l'encyclopédie de référence, en accès libre et gratuit.

Quels sont les effets vertueux de ce nouveau monde créé par cette dimension collaborative ?

Le commun permet à la fois d'économiser des ressources puisque celles-ci sont partagées, et de permettre l'accès d'un plus grand nombre à ces ressources. La culture (accès aux œuvres en ligne), la mobilité (co-voiturage...) notamment peuvent être organisées sous forme de communs. La question des droits et obligations de chacun mais aussi de la gouvernance est au cœur de la construction de ces nouveaux communs. Beaucoup de nos activités peuvent être produites et vécues en commun et se traduire par de meilleurs services que ceux du passé. Le modèle de coopération ouverte, utilisé dans Wikipédia, s'est en effet, dans nombre des cas, révélé beaucoup plus puissant que le modèle de l'entreprise privée.

Une économie durable et connectée est-elle compatible ?

Oui. Le numérique en lui-même n'est pas en cause. Tout dépend des modèles économiques dans lesquels il est inséré : Uber et Wikipédia montrent les deux extrêmes possibles. L'enjeu majeur à mon sens est celui de la transition écologique. Ici la technologie a sa place à tenir. Le photovoltaïque, les éoliennes en mer, ou des processus de production plus propres et économes en ressources ne pourront être obtenus sans des avancées de la technologie. Si celles-ci sont appuyées sur la puissance de coopération que permet le commun, les effets peuvent être spectaculaires. Pour en arriver là, certaines voies devront être abandonnées. Aujourd'hui, 70 % du financement des banques en matière d'énergie va encore aux énergies fossiles. On ne peut évidemment pas continuer ainsi. La question au final est quelle technologie pour quoi faire ? Au service de quelles communautés ?


Qui êtes-vous Benjamin Coriat ?

Benjamin Coriat est docteur en sciences économiques, agrégé en sciences économiques, professeur à l'université Paris 13, faculté des sciences économiques et de gestion (depuis 1989) et économiste au centre d'économie Paris Nord (université Paris 13 / CNRS). Il est co-président du collectif des économistes atterrés.