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Apprendre en continu

Diplômé de l’UTC en 1987 filière robotisation et entraînement électromécanique, Ali Ordoobadi est actuellement Président de Valeo Japon et Chairman de la société japonaise Ichikoh, filiale de Valeo et acteur de premier plan des systèmes d’éclairage pour voitures. Ce manager expert de l’industrie automobile a su conjuguer un sens aigu de l’adaptation culturelle avec une connaissance approfondie des stratégies industrielles mondialisées.

Apprendre en continu

Plutôt scientifique que littéraire, Ali Ordoobadi se passionne très tôt pour la mécanique. Dès l’adolescence, il démonte des moteurs pour en comprendre le fonctionnement. Né en Iran et attiré par l’étranger, il apprend rapidement l’anglais et le français. L’arrivée à l’UTC est un choix qui s'impose rapidement : “Compiègne offrait un enseignement pragmatique ouvert sur l’international unique à l'époque” se souvient-il.

L’établissement du nord de Paris est aussi l’un des seuls à proposer une filière robotique appliquée directement à l’industrie : “C’était alors un domaine novateur avec des professeurs très impliqués”. En plus d’y développer ses compétences en ingénierie, l’étudiant choisit de suivre des cours d’allemand. Ce choix va lui ouvrir des horizons insoupçonnés. Sa connaissance de la langue de Goethe lui permet en effet d’intégrer Siemens juste après la fin de ses études. “Cette entreprise symbolisait pour moi ce qui se faisait de mieux en matière de technologie et de qualité” raconte t-il.


Repousser les frontières
Après cette première expérience chez Siemens en Allemagne, il est approché par Valeo. Développant son activité outre-Rhin, l’équipementier automobile français le recrute pour gérer ses projets avec les constructeurs automobiles allemands. C’est le début d’une carrière de presque trente ans au service du groupe hexagonal. En ce début des années 90, l’industriel est l’un des premiers à envisager une production hors des frontières nationales.

Le jeune ingénieur profite à plein de cet esprit de conquête pour s’ouvrir de nouveaux horizons d’abord en Europe, puis au Brésil et en Asie. Après l'Allemagne, son parcours se poursuit en Grande-Bretagne. Toyota, Nissan et Honda commencent à y implanter des usines pour offrir des produits plus compétitifs en Europe, Valeo noue des liens avec ces nouveaux acteurs. Ses trajets réguliers entre l'Angleterre et le Japon lui offrent l'opportunité d'apprendre une nouvelle langue et de découvrir un pays fascinant.

Après une brève expérience avec le Brésil, le goût de nouveaux défis le tenaille toujours. Quand on lui propose de diriger une usine en Chine, il accepte sans hésiter. “Je ne connaissais rien à ce pays, j’ai dû apprendre les bases de la langue et des manières de travailler très différentes de mes habitudes” souligne t-il, avouant volontiers que ce poste n’a pas été de tout repos. Les problèmes de qualité des fournisseurs et les retards de paiement des clients étaient récurrents. Dans cet environnement, il réussit à stabiliser l’opération, améliorer les résultats financiers et obtenir de nouvelles commandes. Le manager n’en garde pas moins un souvenir admiratif de la capacité d’adaptation des Chinois. Cette étape a été une invitation à l'humilité. « Trouver le bon mode de communication est souvent aussi important que définir des solutions techniques » insiste t-il en conseillant à ceux souhaitant partir en Chine d'apprendre quelques bases linguistiques avant le départ.

Après avoir été responsable des activités de Valeo en Chine entre 1999 et 2007, il retrouve l'archipel nippon dont il avait fait la connaissance 20 ans plus tôt. La culture du travail y très différente de la Chine : « Avec les Japonais, la ponctualité et le respect des délais sont indispensables mais le respect des process et le temps laissé à la réflexion freinent parfois l'innovation et la réactivité » note-il avec réalisme. A la tête d'Ichikoh depuis 2010 après ses responsabilités de Vice-président de Valeo Japon, il a su faire renouer une vieille entreprise familiale sur le déclin avec le profit et la croissance. Cette nouvelle réussite ne l'empêche pas d'insister sur la nécessité de toujours se remettre en question dans un monde en perpétuelle évolution. Après la prise de contrôle d’Ichikoh par Valeo début 2017, il réintègre sa société d’origine en tant que Président de Valeo Japon, tout en restant le Chairman de Ichikoh.