Dossier

44 : Industrie du futur : l’UTC aux côtés des entreprises

La transformation numérique de l’industrie constitue un défi sociétal majeur. Pour l’UTC, qui accompagne un nombre croissant d’entreprises dans cette mutation, il s’agit d’un champ d’investigation de plus en plus stratégique. Zoom sur ses principaux axes de travail et les spécificités de son approche de l’industrie du futur.

44 : Industrie du futur : l’UTC aux côtés des entreprises

Plastic Omnium : du simple reporting à la prévision des dérives

Plastic Omnium va engager des recherches sur l’analyse automatique de données avec les laboratoires Roberval et Heudiasyc. Objectif : franchir un nouveau cap dans la maîtrise de ses procédés.

Premier fournisseur mondial de systèmes à carburant en plastique (réservoirs, pompes…) et de systèmes de dépollution pour les véhicules particuliers, la division Auto Inergy de Plastic Omnium compte 35 usines dans 19 pays, dont une à Venette, dans l’Oise, où se situe aussi son centre de R&D mondial. Deux sites proches de l’UTC, avec laquelle l’industriel vient de nouer un partenariat autour de l’analyse automatique des données de production. « Pour nous, c’est l’enjeu clé de l’industrie du futur, observe Philippe Convain, directeur Digital Manufacturing de la division. Aujourd’hui, nous sommes parvenus à un plateau de performance dans la maîtrise de nos procédés. En exploitant mieux nos données, nous devrions le franchir : diminuer nos coûts de fabrication, voire, à terme, gagner en flexibilité, en capacité à changer rapidement de production. »

 Moins de rebuts et de stress

Dans ses usines, Auto Inergy collecte d’ores et déjà des masses considérables d’informations. Des données sur le process de fabrication : lors du soufflage d’un réservoir, par exemple, quelque 5 000 paramètres (températures, pressions, etc.) sont enregistrés… à multiplier par les 20 millions de réservoirs fabriqués chaque année par le groupe ! Mais aussi des données sur les produits fabriqués (diamètre, longueur, étanchéité…) et le contexte de la production (température dans l’atelier, etc.). « Cette traçabilité sur la production est très utile pour expliquer a posteriori les raisons d’une dérive dans la qualité des produits, note Philippe Convain. Mais l’analyse automatique de données devrait nous permettre d’aller beaucoup plus loin, et d’abord d’enrichir nos connaissances sur le process. Aujourd’hui, par exemple, nous contrôlons les épaisseurs des réservoirs fabriqués. Sans outils de data analytics, il est exclu de croiser ces mesures avec les 5 000 données enregistrées lors du soufflage de la pièce pour en déduire des lois sur les liens entre paramètres du process et caractéristiques du produit. Si nous parvenons à passer ce cap, nous découvrirons sans doute des liens insoupçonnés ; ou que nous pressentions, mais dont nous pourrons quantifier l’impact exact. Et, surtout, nous pourrons passer du simple reporting à la prévision des dérives : sur un procédé qui dure une minute, même s’il faut deux ou trois secondes de calcul pour anticiper un problème, nous aurons le temps de réagir pour éviter un rebut. Nous devrions donc réduire les rebuts de façon très significative. »

Autre enjeu : faciliter la tâche des opérateurs de production. Sur les procédés complexes comme le soufflage des réservoirs, les machines peuvent émettre des centaines d’alarmes différentes qu’il faut savoir interpréter pour prendre les bonnes décisions. Une compétence qui demande des années d’expérience. « S’ils disposent d’outils capables de les guider sur les actions correctives à mettre en œuvre en cas de dérive, les opérateurs devraient acquérir ce savoir plus facilement, juge Philippe Convain. De plus, le pilotage du process sera moins stressant, ce qui leur permettra de se focaliser davantage sur l’amélioration de la productivité des procédés. »

Un appui multidisciplinaire

Pour mieux accompagner Plastic Omnium face à ces défis, l’UTC couplera les expertises de Roberval et d’Heudiasyc. Nassim Boudaoud, le chercheur qui pilotera le projet côté Roberval, a réalisé un doctorat en contrôle des systèmes à Heudiasyc et apportera à l’industriel sa double culture en maîtrise des procédés et en analyse de données. Heudiasyc viendra en appui sur les problématiques de diagnostic et le développement des modèles prédictifs et prescriptifs.

Dans un premier temps, cette collaboration avec Plastic Omnium va se concrétiser par le recrutement d’un doctorant, qui rejoindra le plateau projet mis en place par l’industriel dans son usine de Venette. « Nos procédés sont complexes et il peut exister des centaines de causes de rebuts, explique Philippe Convain. Il s’agira donc d’abord de faire la preuve du concept sur quelques défauts en expérimentant un démonstrateur dans cette usine. Ensuite, peu à peu, nous étendrons le périmètre à d’autres défauts. Et nous testerons ces techniques prédictives dans d’autres sites pilotes, avant de les déployer dans toutes nos usines. »