Dossier

42 : UTseuS, le campus des UT à Shanghai, 12 ans déjà !

C’est le poids lourd de l’économie mondiale et, de plus en plus, un des fers de lance de l’innovation technologique. La Chine est un pays stratégique pour les Universités de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM), Compiègne (UTC) et Troyes (UTT), qui, dès 2005, se sont associées avec l’Université de Shanghai pour fonder l’Université de Technologie sino-européenne de Shanghai (UTseuS). Portrait d’une coopération pionnière, qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

42 : UTseuS, le campus des UT à Shanghai, 12 ans déjà !

Découvrir l'entrepreneuriat “designed in china”

Depuis mai 2015, le programme diplômant LCIE (Language, culture and innovation for entrepreneurship) de l'UTseuS permet à des étudiants français de s'immerger pendant un semestre dans la culture chinoise et la vitalité de son économie. Des cours et projets donnés par des professionnels en poste ainsi qu’un projet d'entrepreneuriat personnel développé avec un tuteur sont là pour renforcer l'esprit d'entreprise et la connaissance de l'écosystème innovant.

Le semestre de césure langue et culture chinoise à l'UTseuS a été transformé en un cursus tourné non seulement vers la connaissance de la civilisation mais aussi axé sur la découverte des entreprises locales innovantes et la rencontre avec les entrepreneurs » résume Jessica Kohler, responsable du programme LCIE et des relations extérieures à l'UTseuS.
Cet enseignement est une passerelle pour les étudiants intéressés par un avenir professionnel dans ce pays mais c'est aussi une opportunité pour toutes les carrières internationales tournées vers l'innovation. Une jeune diplômée est par exemple maintenant en poste en Afrique pour un groupe travaillant avec des clients chinois. Un autre étudiant a choisi de rester pour créer sa société d'applications éducatives et parfaire sa connaissance de la langue. Ce diplôme d'université innovant est aussi ouvert aux salariés en formation continue souhaitant élargir leurs horizons. Lors de la dernière session, une cadre supérieure de chez L'Oréal comptait parmi les étudiants inscrits.

Découvrir l'écosystème d'innovation chinois

La mégalopole Shanghaïenne de 24 millions d'habitants représente un terrain d'apprentissage idéal pour les entrepreneurs du numérique et du tertiaire. Plusieurs fois par semaine, les cours d’entrepreneuriat sont délocalisés dans des lieux fréquentés par les entrepreneurs, incubateurs et espaces de coworking, pour faciliter les prises de contacts. Des personnalités du monde économique interviennent régulièrement. Le fondateur de ChatChannel, organisateur de conférences spécialisées dans l’écosystème WeChat est venu spécialement de Pékin il y a quelques semaines.
Le Vice-Président en charge du développement international de Mobike, service de location de vélos, Florian Bohnert, intervient régulièrement. En décembre dernier, un voyage d'études de cinq jours à Shenzhen et Guangzhou a permis aux étudiants et à plusieurs professeurs de visiter la « Silicon Valley chinoise » où sont produits la plupart des composants électroniques à l'échelle planétaire. Après une journée consacrée au quartier Hua Qiang Bei, immense marché aux composants électroniques, les participants ont pu rencontrer des créateurs de start-up membres du réseau French Tech Hub Shenzhen.
 « Depuis 3-4 ans, des centaines de makerspaces et fablabs ont vu le jour dans cette ville, il y a à la fois des structures soutenues fortement par le gouvernement mais aussi de nombreuses initiatives privées venues de l'étranger comme l'accélérateur HAX issu de la Silicon Valley ou TroubleMaker, une plate-forme d’accélération créée par un Hollandais » explique Jessica Kohler. Une journée avec les étudiants du département de français de l'université de Guangzhou a été l'occasion de nouer des échanges avec les jeunes locaux.

Une pédagogie de projets

L'enseignement du semestre est axé sur le terrain et la pratique. Une journée par semaine est passée en entreprise. Des partenariats avec des groupes comme Suez Environnement, Faurecia et Decathlon mais aussi des start-ups ou des sociétés chinoises telle que ZTE, groupe de télécom présent dans le monde entier, offrent aux étudiants de nombreuses opportunités de stages. Par ailleurs, les étudiants doivent mener plusieurs projets seul et en équipe selon les cours choisis. Emblématique, le projet d'entrepreneuriat mobilise des groupes de trois à cinq étudiants, de la génération d'idée à la levée de fonds.
A la fin du semestre, les travaux sont présentés devant un jury composé de professeurs de l'UTseuS mais aussi de personnalités du milieu start-up : investisseurs, entrepreneurs, experts et institutions publiques. Créé en 2016, l'atelier de prototypage rapide permet de traduire leurs concepts en M.V.P. (Minimum viable product), démonstrateurs indispensables pour convaincre de futurs investisseurs. Deux imprimantes 3D ont été mises à disposition par la société locale partenaire Mankati. En décembre dernier, les étudiants chinois de Master du département d'informatique de l'université de Shanghaï et leur professeur sont venus se joindre à l'atelier, apportant leurs compétences en programmation et électronique.
En six jours de travail intense, les quatre équipes sont passées de l'idée à un objet qui fonctionne. Le but était de répondre à des besoins concrets. « J'ai été percuté par un scooter électrique juste avant le cours, cela m'a donné l'idée du thème de la sécurité routière, pertinent à Shanghaï où les petits accidents sont nombreux, une équipe a donc planché sur un casque de vélo signalant ses changements de direction grâce aux mouvements de tête et avertissant des dangers environnants via la géolocalisation » raconte Samuel Gomes, directeur du département de génie mécanique de l'Université de technologie Belfort-Montbéliard et responsable de l'atelier de prototypage.
Un bracelet connecté pour les couples transmettant des textos mais aussi des messages par vibrations et sons, adaptés aux personnes non-voyantes et sourdes, a aussi été proposé. Le semestre précédent, les étudiants avaient de leur côté réfléchi sur la pollution avec notamment un système de purification de l'air pour les bébés en poussettes et une application pour trouver les rues les plus agréables pour se promener en vélo.

Apprendre avec des entrepreneurs

Riche d'une expérience professionnelle en Chine dans des domaines variés comme l'alimentaire, la mode, la publicité digitale et co-créatrice de la start-up GiftVibes, Rachel Daydou est coordinatrice de la partie entrepreneuriat au sein du cursus LCIE. « Shanghai compte l'une des communautés françaises les plus importantes d'Asie du sud-est, environ
1 000 entrepreneurs se retrouvent au sein du réseau French tech, c'est un terrain idéal pour débuter en Chine » note la jeune femme diplômée en management international à Paris Sorbonne Nouvelle qui a travaillé plusieurs années à Pékin et à Shanghaï. Pour elle, l'enseignement du programme LCIE basé sur l'opérationnel est une chance unique pour les étudiants français. « Les intervenants extérieurs sont tous des entrepreneurs français, internationaux, et chinois spécialistes de leur sujet, tout est fait pour que les étudiants deviennent force de proposition.
En un an et demi, trois start-ups ont ou vont être créées par des étudiants de LCIE » note-t-elle. Ayman Khattar, étudiant à l'Université Pierre et Marie Curie fait partie de ces jeunes créateurs d’entreprises : « Shanghai est l'une des plaques tournantes de l'entrepreneuriat dans le monde, on rencontre facilement de potentiels partenaires et financeurs ». Réalisé avec quatre autres étudiants, dont deux de l'UTC et une étudiante de l’UTBM en génie informatique, son projet HeartCare a été remarqué par le jury en juin. Ce dispositif intégré à un smartphone réalise des électrocardiogrammes à distance très pertinents pour diagnostiquer des anomalies indécelables après coup.
Revenu en France, il envisage de créer une start-up pour le commercialiser. L'expérience LCIE et en particulier le voyage d'études dans la Silicon valley chinoise lui a aussi donné envie de poursuivre son parcours en Chine. Il se prépare maintenant à un stage à Shenzhen auprès de la start-up française Whyd incubée par le californien Y Combinator, une référence qui compte entre autres Airbn'b et Dropbox parmi ses réussites.