49 : Gaz : la France autonome en 2050 ?

Une étude de l’ADEME en partenariat avec GRDF et GRTGaz, publiée en 2018, démontre la faisabilité d’un « mix gazier 100 % renouvelable en 2050 » en mobilisant les principales filières de production. Un objectif ambitieux mais réalisable. Avec des enjeux majeurs : indépendance vis-à-vis du gaz fossile, développement durable, retombées économiques sur les territoires...

49 : Gaz : la France autonome en 2050 ?

Un gaz renouvelable

Dans un scénario dédié au biogaz, l'ADEME démontre la possible indépendance de l'Hexagone, vis-à-vis du gaz fossile importé, à horizon 2050. Dans ses scénarios, le biogaz, issu des agroressources, constituerait à terme 30 % de la production de gaz renouvelable.

« Les gisements en agroressources sont, en France, conséquents et différents selon les territoires. Avec une spécificité toutefois : ils sont principalement constitués de ressources agricoles dont certaines peuvent présenter un taux de matière sèche élevé », explique André Pauss, enseignant-chercheur à l'UTC. Or à ce jour, 89 % du parc de méthaniseurs en France fonctionnent grâce au procédé dit de « voie humide », traitant par exemple des boues de station d'épuration ou du lisier bovin, une ressource de près de 20 millions de mètres cubes par an. « D'où l'enjeu majeur que constitue l'industrialisation des procédés par voie solide », ajoute-t-il. En effet, les ressources disponibles sont importantes, par exemple 89 millions de tonnes de fumiers bovins par an.

L'accélération des recherches en atteste, notamment à l'UTC et à UniLaSalle qui ont constitué Solimétha, un groupement d'intérêt scientifique dédié à la méthanisation de sous-produits d'origine agricole et agro-industrielle en voie solide. D'autant que les objectifs inscrits dans la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et la loi de transition énergétique (LTE) sont, concernant le biométhane, ambitieux : passer de 1,7 TWh en 2018 à 8 TWh en 2023, soit multiplier par près de cinq la production actuelle en 5 ans et augmenter le nombre de méthaniseurs avec 1 500 installations en 2023 contre 574 fin 2018. Objectifs qui servent autant l'indépendance énergétique vis-à-vis du gaz fossile que le développement durable, par l'utilisation d'une ressource elle-même renouvelable, et l'environnement. En effet, la non émission de biogaz dans l'atmosphère et sa valorisation énergétique induirait " une réduction des gaz à effet de serre de 3 % par an, soit une division par 4 en 2050 », affirme André Pauss. « La valorisation des digestats en tant qu'amendements organique pour l'agriculture, participe également de cette démarche de développement durable entraînant une forme de cercle vertueux », précise Maurice Nonus, ingénieur de recherche à l'UTC.

Les chercheurs du GIS Solimétha ne s'interdisent pourtant pas de travailler en méthanisation en voie liquide, par exemple dans le projet Algues 4 Biométhane. Ce projet, porté par UniLaSalle, l'UTC et GRTgaz, et impliquant cinq autres partenaires, vise « la mise au point d'un procédé de co-digestion de fumier bovin et de micro-algues cultivées dans des photobioréacteurs afin d'améliorer la productivité en méthane », souligne de son côté Thierry Ribeiro, enseignant-chercheur à UniLaSalle. « Là encore, l'on est dans un cercle vertueux. Les micro-algues ont besoin d'eau, de lumière et de CO2. Or, la transformation biologique de la matière organique produit, notamment du méthane et du CO2. Le méthane sera injecté dans le réseau alors que le CO2 sera recyclé pour produire de nouvelles algues », ajoute André Pauss. Une voie prometteuse permettant, selon lui, d'envisager une production à grande échelle. Et de conclure : « les applications sont nombreuses. On peut citer, à titre d'exemple, les transports en communs fonctionnant au biogaz par exemple. C'est notamment le cas de certaines lignes de bus à Paris. »