Dossier

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Dans un monde où l’innovation – en particulier technologique – occupe une place croissante, les compétences des docteurs spécialistes des sciences de l’ingénieur et notamment des docteurs ingénieurs apparaissent de plus en plus stratégiques. L’UTC entend préparer ses étudiants à cette nouvelle donne.

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Un spécialiste des sciences humaines et sociales dans le big data

Lénaïk Leyoudec a réalisé son doctorat en sciences de l’information et de la communication sous la direction de Bruno Bachimont, du laboratoire Heudiasyc, dans le cadre d’une thèse Cifre associant le laboratoire Costech et une start-up. Aujourd’hui, il est consultant dans cette entreprise.

Perfect Memory est une start-up fondée en 2008 par un ingénieur diplômé de l’UTC, Steny Solitude. Son territoire : le marché en plein essor de la gestion de contenus. Elle a développé une plateforme technologique pour collecter des données brutes et les transformer en actifs numériques, autrement dit en connaissances exploitables dans de multiples domaines (marketing, commerce, gestion de documentation…), et compte des clients dans des secteurs aussi divers que les médias, la distribution, la banque-assurance ou la défense.

 Lénaïk Leyoudec l’a découverte en 2012, alors qu’il achevait un master en histoire et histoire de l’art, spécialité valorisation du patrimoine culturel. « J’avais choisi de consacrer mon mémoire de recherche à la valorisation du patrimoine audiovisuel privé, c’est-à-dire les films de famille. A l’époque, Perfect Memory, travaillait dans ce domaine et avait conçu un outil de gestion de la mémoire familiale : Famille™. J’y ai effectué mon stage de fin d’études. »

Quand la sémiotique nourrit la recherche technologique

C’est à cette occasion qu’a germé l’idée de réaliser une thèse en Cifre sur l’éditorialisation du film de famille, avec une approche originale, dans la droite ligne des travaux de Costech : mobiliser les sciences humaines et sociales, et en particulier la sémiotique, pour produire des recommandations éditoriales et ergonomiques destinées à améliorer le service Web Famille™.

 « L’objectif était de fournir aux utilisateurs une interface les aidant à annoter leurs archives audiovisuelles pour favoriser la circulation du souvenir dans l’espace familial, explique Lénaïk Leyoudec. Pour cela, j’ai étudié un corpus d’une vingtaine de films, plan par plan, et identifié des marqueurs récurrents, que j’ai décomposés en signes et analysés pour proposer de nouvelles fonctionnalités sur l’application Web Famille™. Par exemple, le regard caméra (le fait que la personne filmée regarde la caméra) est un élément récurrent. J’ai conçu une fonction détectant automatiquement ce marqueur, pour que l’utilisateur puisse annoter le film en expliquant pourquoi, à ce moment-là, le personnage regarde la caméra. »

 « Ces recherches ont donné des fondements scientifiques aux travaux de Perfect Memory, ce qui, par la suite, pourra déboucher sur des brevets, souligne Steny Solitude. La problématique d’annotation qu’a étudiée le doctorant vaut également pour le marché du Business to Business. Quand on se pose cette question sur des documents aussi muets que des films de famille et qu’il s’agit ensuite d’imaginer une solution pour un grand groupe qui a des millions de documents à annoter, une grande partie des difficultés est déjà résolue. »

 Construire son employabilité

Lénaïk Leyoudec, qui a soutenu sa thèse en janvier 2017, a été recruté en CDI comme consultant en sémiotique et expérience utilisateur pour le design des solutions développées par la start-up. « Pour une large part, j’ai construit mon employabilité durant ma Cifre, car j’avais déjà des missions opérationnelles à Perfect Memory. Cela n’a pas été simple : le monde de l’entreprise n’a rien à voir avec le milieu universitaire, et, dans une start-up, personne n’a vraiment le temps de vous aider à vous adapter au contexte professionnel. Mais cette expérience m’a permis de garder mon cap : je continue à travailler dans mon domaine, alors que, souvent, après cinq ans d’études ou plus, les diplômés en sciences humaines et sociales s’orientent vers un tout autre secteur que leur discipline d’origine. »