Dossier

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Dans un monde où l’innovation – en particulier technologique – occupe une place croissante, les compétences des docteurs spécialistes des sciences de l’ingénieur et notamment des docteurs ingénieurs apparaissent de plus en plus stratégiques. L’UTC entend préparer ses étudiants à cette nouvelle donne.

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Un doctorat via la VAE

 

 

Toute personne exerçant une activité professionnelle depuis au moins trois ans peut solliciter l’obtention d’un diplôme d’Etat par la validation des acquis de l’expérience (VAE). Ingénieur chez Safran, Florent Bouillon, 45 ans, a choisi cette voie pour préparer un doctorat sous la direction de Zoheir Aboura, du laboratoire Roberval.

 Pourquoi vous être engagé dans un doctorat ?

Après mon diplôme d’ingénieur, j’avais choisi d’entrer à l’Aérospatiale, attiré par des programmes comme Ariane 5, et, depuis, j’ai fait toute ma carrière dans la R&D. Aujourd’hui, je suis ingénieur en développement et calcul de structure chez Safran Ceramics, le centre d’excellence de Safran sur les matériaux composites résistant à de très hautes températures. Mon projet de doctorat a germé en discutant avec des collègues : les étrangers, qui ne connaissent pas vraiment le diplôme d’ingénieur à la française, s’étonnaient que je ne sois pas docteur, et, en France, beaucoup trouvaient que mon approche était davantage celle d’un docteur que d’un ingénieur classique partant de l’existant. Peu à peu, l’idée a fait son chemin. En voyant la VAE se développer, j’ai décidé de sauter le pas.

 Comment obtient-on ce diplôme par la VAE ?

J’ai rédigé un mémoire de 170 pages intitulé "Contribution au développement de méthodologies pour la justification et la certification de matériaux composites pour structures aéronautiques", que je soutiendrais en juin. Il s’agit d’une synthèse classique des recherches et travaux réalisés au cours de ma carrière. Elle présente les méthodes et démarches développées pour valider que le comportement d’une structure réalisée dans un nouveau matériau composite respecte bien les contraintes en service et les normes de sécurité spécifiques de l’aéronautique. L’objectif étant de démontrer que ce travail mené dans un cadre professionnel est de même niveau que celui d’un doctorant classique. Mais un mémoire de VAE compte un aspect supplémentaire par rapport à une thèse conventionnelle. Il est demandé au candidat une analyse de son expérience au-delà des résultats scientifiques. Prendre le temps de réfléchir à son parcours n’est pas une chose aisée, mais c’est extrêmement enrichissant.

Au final, l’ensemble est un exercice exigeant. Je pensais y parvenir en un an et demi maximum ; en fait, j’y ai passé trois ans, d’autant qu’en même temps, j’ai pris en charge un projet de Safran Ceramics en lien avec mon doctorat, mais très prenant : piloter la certification de la première pièce au monde en matériau composite à matrice céramique mise en service sur le moteur d’un avion civil.

 Pourquoi avez-vous sollicité Roberval pour diriger votre mémoire ?

Je travaillais déjà sur des projets de recherche associant Safran et ce laboratoire, et je pilotais des doctorants « Cifre » dirigés par Roberval. C’est un laboratoire dont je partage la vision, parce qu’il n’érige pas de mur entre recherche académique et innovation. Chez Safran, la R&D fait partie de notre ADN. Notre position sur le podium français des déposants de brevets en est un marqueur fort. Pour nous différencier de la concurrence, nous avons l’obligation d’innover et, pour cela, de mener des recherches dont la finalité est nécessairement appliquée, mais qui soulèvent aussi des questions fondamentales. Notre démarche est donc faite d’allers et retours entre recherche et innovation. L’UTC s’inscrit bien dans cet esprit. Mon choix est aussi lié aux relations tissées avec l’équipe de Roberval et en particulier avec le professeur Aboura. Avec eux, je me sentais en confiance pour réaliser ce travail.

Quels bénéfices pensez-vous retirer de ce doctorat ?

Avant tout, un plaisir et une fierté personnels, ce qui était ma motivation première. Ensuite, le titre de docteur est reconnu à l’international. D’autre part, pour favoriser l’innovation, Safran a mis en place une filière d’experts, qui comporte trois niveaux : expert à l’échelle d’une des sociétés du Groupe, expert Groupe et expert émérite. Je suis expert société et, même si ce n’est pas un sésame indispensable, le doctorat est un élément de preuve qui peut m’aider à devenir expert Groupe. Mais, surtout, mon objectif – et celui de Safran – est de travailler en interaction avec les milieux académiques et non de leur sous-traiter des projets de recherche sur le mode client/fournisseur. En faisant l’effort de devenir docteur, je me suis donné les moyens d’aller plus loin dans cette démarche, plus enrichissante pour moi comme pour l’entreprise et les laboratoires dont elle est partenaire.

Vous recrutez vous-même des doctorants : quels profils recherchez-vous ?

Safran apprécie les docteurs et recrute beaucoup de doctorants en Cifre. Souvent, dans les pôles de recherche, il s’agit essentiellement de jeunes déjà titulaires d’un diplôme d’ingénieur, car cette double compétence est un atout, et, à l’issue de leur thèse, plusieurs d’entre eux sont embauchés par le Groupe. Mais il n’est pas toujours évident de trouver des candidats.