Dossier

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Dans un monde où l’innovation – en particulier technologique – occupe une place croissante, les compétences des docteurs spécialistes des sciences de l’ingénieur et notamment des docteurs ingénieurs apparaissent de plus en plus stratégiques. L’UTC entend préparer ses étudiants à cette nouvelle donne.

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Son domaine d’expertise : les analyses métallurgiques

Benoît Dylewski fait partie des lauréats du prix de thèse Guy Deniélou 2017. Il a effectué son doctorat au laboratoire Roberval, dans le cadre d’un projet impliquant la RATP, qui, depuis, l’a recruté.

 Avec l’augmentation de la capacité des trains et donc de leur chargement, les problèmes de fissuration des rails par fatigue de contact de roulement se sont amplifiés. Comment prévenir ce risque susceptible d’entraîner la rupture d’un rail ? C’est la question à laquelle Benoît Dylewski a consacré sa thèse. Un sujet majeur pour les réseaux ferroviaires, comme pour l’UTC, qui mène de nombreux de projets en lien avec ce secteur et fait partie des membres fondateurs de l’Institut de recherche technologique Railenium, un des Investissements d’avenir.

Cette thèse s’inscrivait ainsi dans le cadre d’un projet de Railenium initié par Roberval, Cervifer, et a été dirigée par deux chercheuses de ce laboratoire, Salima Bouvier et Marion Risbet. « Mon travail concernait un lot de Cervifer piloté, côté industriel, par la RATP, explique Benoît Dylewski. J’ai réalisé des analyses expérimentales sur des échantillons de rails prélevés sur le RER pour caractériser leurs évolutions microstructurales, physicochimiques et mécaniques à mesure de l’accumulation des chargements supportés. Ensuite, j’ai croisé ces résultats avec des simulations numériques. Ces études ont permis d’améliorer notre compréhension des phénomènes de déformation progressive et de fissuration des rails, ce qui était le principal objectif, mais aussi de préconiser des solutions pour améliorer la maintenance prédictive et éviter une fissuration en profondeur. »

 Une vraie plus-value

Pour Benoît Dylewski, ces trois années de doctorat ont été particulièrement riches : « Outre une spécialisation dans un domaine d’expertise, j’ai acquis la maîtrise de techniques d’analyse expérimentale que je n’avais fait que découvrir durant ma formation d’ingénieur. J’ai aussi eu une expérience approfondie de la recherche partenariale entre un laboratoire universitaire et un industriel. Je suis intervenu dans des congrès scientifiques internationaux et j’ai enseigné à l’UTC, ce qui m’a appris à vulgariser mon travail de recherche. C’est une vraie plus-value par rapport à mon diplôme d’ingénieur. »

Avant même sa soutenance, en décembre 2016, le jeune docteur a d’ailleurs été recruté par le Laboratoire essais et mesures (LEM) de la RATP. Cette structure, qui compte trois pôles – mécanique, électricité et physicochimie –, réalise une palette très variée d’essais et mesures sur toutes les composantes du transport urbain (matériels roulants, infrastructures, équipements, stations…) : essais en laboratoire, par exemple pour vérifier que les pièces proposées par les fournisseurs respectent les spécifications ou encore pour analyser les causes de défaillance d’une pièce… Mais aussi essais sur site, par exemple pour homologuer de nouveaux matériels roulants ou pour mesurer la qualité de l’air dans le métro. Benoît Dylewski est ingénieur d’essais et analyses de défaillances en métallurgie au pôle mécanique du LEM. « En commençant mon doctorat, je ne savais pas si je me dirigerai vers l’industrie ou vers un poste d’enseignant-chercheur. Finalement, après trois ans en laboratoire, le monde industriel m’attirait davantage. Mais je n’exclus pas, plus tard dans ma carrière, de revenir à la recherche académique. » n

 


Questions à Rémy Foret, Directeur du Laboratoire essais et mesures de la RATP

 Fin 2016, outre Benoît Dylewski, le LEM, qui emploie 70 personnes, a recruté trois docteurs. Est-ce une politique délibérée ?

Nous n’avons pas une volonté affichée de recruter des docteurs plutôt que des ingénieurs, mais ce n’est pas un hasard si nous en embauchons. Leur technicité, leurs compétences en termes d’analyse, d’abstraction, leur capacité à se poser des questions nous intéressent. Nous avons en particulier besoin de personnes capables d’analyser les données complexes issues de nos essais. En outre, pour conserver notre légitimité dans l’entreprise, nous devons innover, concevoir de nouvelles méthodologies, de nouveaux moyens d’essais, ce qui suppose de réaliser un état de l’art des technologies, des études de faisabilité, des développements… Ce sont des tâches qui peuvent s’apparenter à de la recherche, pour lesquelles les compétences d’un docteur sont importantes.

Quels profils privilégiez-vous ?

Lorsque nous recrutons, nous soumettons aux candidats un questionnaire permettant d’évaluer leurs compétences techniques, leur expertise scientifique et leur potentiel en management. Nos critères techniques et scientifiques sont très exigeants et un ingénieur n’ayant qu’une expérience en gestion de projet risque de ne pas y répondre. Mais un docteur qui a un profil de chercheur pur et dur, peu de dispositions pour le management et surtout aucune expérience du monde industriel, ne passerait a priori pas non plus. Ce qui nous intéresse ce sont plutôt des docteurs qui ont aussi un diplôme d’ingénieur et qui ont fait leur thèse dans le cadre d’un partenariat avec un industriel ou en Cifre, ou qui travaillaient déjà dans l’industrie.