Dossier

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Dans un monde où l’innovation – en particulier technologique – occupe une place croissante, les compétences des docteurs spécialistes des sciences de l’ingénieur et notamment des docteurs ingénieurs apparaissent de plus en plus stratégiques. L’UTC entend préparer ses étudiants à cette nouvelle donne.

43 : Les docteurs, acteurs clés de l’innovation

Les docteurs ont d’emblée une capacité à oser les ruptures

Sector Group est une société d’études et de conseil intervenant en particulier dans la maîtrise des risques. Cette PME de 120 personnes emploie quatre docteurs et a recruté un doctorant dans le cadre d’une convention industrielle de formation par la recherche (Cifre*) avec le laboratoire Heudiasyc de l’UTC. Explications de son président, Jean-François Barbet.

 Pourquoi les compétences des docteurs vous intéressent-elles ?

Je ne suis pas moi-même docteur, mais ingénieur et ancien chercheur : j’ai débuté ma vie professionnelle à la direction des études et recherches d’EDF, sur la mise en œuvre des études probabilistes de sûreté dans le nucléaire. Cette expérience et la suite de ma carrière m’ont convaincu que passer par la recherche est très important pour développer une activité intégrant l’innovation. Parce qu’ils ont été formés à et par la recherche, les docteurs ont d’emblée une capacité à oser les ruptures, à explorer ce qui ne figure pas encore dans les enseignements ni dans les référentiels des industriels, alors qu’en général, un jeune ingénieur n’a pas été préparé à cette posture.

 En quoi est-ce important dans votre activité ?

Nous travaillons dans des secteurs très divers : énergie, ferroviaire, automobile, aéronautique… La moitié de nos projets porte sur des installations existantes (par exemple, renforcer la sûreté des centrales nucléaires en intégrant le retour d’expérience), l’autre moitié sur des sujets nouveaux, comme l’autonomie croissante des véhicules. Dans nos métiers, il est indispensable d’avoir une activité de R&D importante, tant pour répondre aux demandes de nos clients d’aujourd’hui que pour assurer notre pérennité : il faut apprendre chaque jour à faire ce qui intéressera nos marchés demain. En outre, la culture de la recherche est aussi une culture du doute, ce qui est fondamental en maîtrise des risques.

 Sur quoi travaille votre doctorant en Cifre ?

Sur des modèles mathématiques de maintenance prédictive : des outils d’aide à la décision pour prévoir de façon fine quand il faut intervenir sur un système, notamment en tenant compte de ses conditions réelles d’utilisation. Pour nous, l’intérêt d’une Cifre est double. Nous avons pratiquement en permanence des projets de recherche en partenariat avec des universités : recruter un doctorant est un autre moyen d’entretenir des liens forts avec le monde académique pour nourrir notre R&D. Mais l’objectif est aussi de l’embaucher après sa thèse. C’est d’autant plus important que les PME ont encore du mal à attirer des scientifiques de haut niveau, qui préfèrent souvent intégrer un grand compte. n

 * La Cifre permet à une entreprise de bénéficier d’une subvention de l’État pour recruter un doctorant, dont les travaux de recherche sont encadrés par un laboratoire public.