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Soutenir l’édition scientifique

Depuis 2013, l’enseignante-chercheuse Elisabeth Brunier est déléguée générale du prix Roberval. Défendre les livres scientifiques francophones menacés par les nouveaux supports numériques et le règne de l’anglais est pour elle l’un des objectifs fondamentaux de l’événement.

Soutenir l’édition scientifique

A côté du prix lui-même, des conférences sont organisées régulièrement autour des ouvrages et des médias traitant de technologie. Animant une intervention sur l’avenir de l’édition scientifique dans le cadre de la foire du livre de Bruxelles en mars dernier, la responsable du prix Roberval a pu échanger sur les difficultés rencontrées par ce secteur avec des éditeurs et universitaires d'outre-Quiévrain et de Suisse.

Partenaires depuis de nombreuses années du rendez-vous, les presses universitaires de Liège, Namur et Bruxelles étaient présentes. Les presses polytechniques et universitaires romandes dont l'ouvrage « La physique autour de nous – de l’observation à l’innovation » est lauréat Enseignement supérieur 2016 participaient également. Alors que les productions télévisuelles représentent une bonne partie des candidatures belges, ce moment a également permis de mieux faire connaître le prix Roberval aux éditeurs locaux.

La langue a été l'une des questions soulevées avec nos voisins. Pour Elisabeth Brunier, le soutien du prix Roberval à l’édition scientifique francophone va au-delà de l'aspect purement culturel : « Pour expliquer les notions scientifiques complexes, il est important de pouvoir utiliser toutes les nuances de sa langue maternelle ». Tentée sans succès lors d’une seule édition, l’ouverture aux livres jeunesse étrangers traduits en français est donnée en exemple : « Un ouvrage anglais traduit en français comportait de nombreuses erreurs et imprécisions suite au passage d’une langue à l’autre ».

 

Côté modèle économique, le constat est plutôt alarmant même si des œuvres de qualité sont envoyées chaque année au prix Roberval. Les étudiants consultent de plus en plus les publications en ligne et le prix des livres est devenu trop important pour leur budget. Au niveau des institutions, la sortie d’un livre reste peu valorisée dans les carrières universitaires. La catégorie enseignement supérieur du prix Roberval est donc particulièrement pertinente pour valoriser les travaux des professeurs d’université. « Les manuels sont souvent publiés à l’issue d’une longue expérience avec les étudiants, ils représentent des outils pédagogiques de qualité » insiste-t-elle.

L'avenir du livre scientifique réside peut-être aussi en dehors des amphis. Au-delà de la sphère académique, la responsable du concours aime insister sur l’engagement du prix Roberval auprès de tous les citoyens. La vulgarisation est en effet au cœur de ses enjeux même s'il reste encore beaucoup à faire. A la différence des nombreux autres prix purement scientifiques, le prix Roberval porte sur la technologie, une question à la fois omniprésente dans nos sociétés mais encore trop éloignée du grand-public. Les progrès sont cependant visibles et l'intérêt croît d'année en année.

« La remise des prix au théâtre impérial de Compiègne attire de plus en plus de monde, cette année le lauréat du prix grand public et du coup de cœur des médias a fait de très belles ventes » se félicite l'organisatrice. De quoi motiver les auteurs francophones à participer à cet événement international.