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Le goût de la recherche chevillé au corps

Chargée de recherche au CNRS, Sabine Ben­samoun coor­donne, depuis jan­vi­er 2018 au sein de l’u­nité mixte de recherche (CNRS-BMBI), une équipe de près de 40 per­son­nes. Avec deux axes de recherche majeurs : l’élastographie du mus­cle et du foie ain­si que le rôle du gène TIEG1 (pronon­cer tigue1) dans le mus­cle. Por­trait d’une femme qui a le goût de la recherche chevil­lé au corps. 

C’est au retour en 2006, après deux années en tant que post­doc­tor­ante, de la Mayo Clin­ic (Min­neso­ta) – référence mon­di­ale en matière de recherche médi­cale – que Sabine Ben­samoun lance ses deux pro­grammes de recherche. Pro­grammes mis en œuvre avec l’aide active de la Mayo Clin­ic et de nom­breux autres parte­naires. Car Sabine Ben­samoun ne revient pas les mains vides des Etats-Unis. 

La Mayo Clin­ic vient de dévelop­per un mod­ule qui, cou­plé à l’IRM (imagerie par réson­nance mag­né­tique), vise à mieux car­ac­téris­er les pro­priétés mécaniques ou fonc­tion­nelles du foie. On par­le alors d’élastographie par réson­nance è réso­nance mag­né­tique (ERM). Le but, selon Sabine Ben­samoun ? « établir un meilleur diag­nos­tic sur la sévérité des patholo­gies, amélior­er le suivi des patients, per­son­nalis­er les traite­ments, etc. » Restait à valid­er l’ERM. L’UTC est ain­si un des dix cen­tres de recherch­es sélec­tion­nés de par le monde, et le seul en France, à béné­fici­er d’un ERM. Après des années de recherche, les résul­tats col­lec­tés à tra­vers le monde ont été analysés à la Mayo Clin­ic. Pour toutes les par­ties prenantes, dont l’UTC, le pari est réus­si. C’est ain­si qu’est né l’ERM, un out­il de diag­nos­tic plus effi­cace et moins invasif de la fibrose hépa­tique. C’est aus­si, dans le cadre d’un con­trat de recherche avec un autre parte­naire, la société Echo­sens, que Sabine s’intéresse à une autre patholo­gie du foie : la stéatose (pour­cent­age de gras dans le foie). Un pro­to­type, le Fibroscan, est mis à dis­po­si­tion de l’équipe avec des résul­tats très con­clu­ants. En 2013, la plate­forme d’ERM et Fibroscan est instal­lée à la clin­ique Saint Côme grâce à l’engagement du Dr Charleux et de toutes ses équipes, tant médi­cales, qu’administratives ou tech­niques. « La phase clin­ique est, d’ores et déjà, lancée avec une cohorte de deux cents patients », souligne Sabine Bensamoun. 

Deux autres pro­jets, cette fois sur le mus­cle, sont lancés. Le pre­mier, tou­jours à la clin­ique Saint Côme où une plate­forme ERM dédiée au mus­cle est mise en place, con­cerne le vieil­lisse­ment mus­cu­laire et la myopathie de Duchenne. Deux études¹ ont été pub­liées, respec­tive­ment en 2011 et en 2015. Le sec­ond con­cerne la car­ac­téri­sa­tion des mus­cles du vis­age, en col­lab­o­ra­tion avec les Pro­fesseurs Devauchelle et Con­stans du CHU d’Amiens.

Mais n’oublions pas que Sabine Ben­samoun a fait sa thèse sur la « car­ac­téri­sa­tion mul­ti-échelles des pro­priétés mécaniques et mor­phologiques du sys­tème mus­cu­lo-squelet­tique ». Autrement dit, les tis­sus osseux, tendineux et mus­cu­laires. Et que, durant ses deux années en tant que post doc­tor­ante à la Mayo Clin­ic, elle a tra­vail­lé sur le vieil­lisse­ment des os et des ten­dons, notam­ment avec le Pr Spels­berg, décou­vreur du gène TIEG1. « Pour analyser le rôle de ce gène dans les tis­sus osseux, on a tra­vail­lé sur des souris dites TIEG1 KO, c’est-à-dire qui sont dépourvues de ce gène, qui ont été créées à la Mayo Clin­ic » souligne Sabine Ben­samoun. C’est tout naturelle­ment qu’elle revient en France avec quelques portées de ce mod­èle ani­mal, pro­priété intel­lectuelle de la Mayo Clin­ic, pour­suiv­ant, avec son équipe (Philippe Poule­taut, Malek Kam­moun), le tra­vail sur le gène TIEG1 et surtout son rôle dans un cer­tain nom­bre de patholo­gies mus­cu­laires humaines. D’ores et déjà, des études clin­iques asso­cient ce gène TIEG1 à des mal­adies telles que l’ostéoporose, la car­diomy­opathie, la cataracte ou encore comme mar­queur pour cer­tains can­cers (sein, ovaire). L’on sait égale­ment que son absence pro­duit un mus­cle hyper­trophié présen­tant une altéra­tion de la forme et de l’activité des mito­chon­dries dont le rôle est pri­mor­dial dans la res­pi­ra­tion cel­lu­laire et donc dans toute la chaîne respiratoire. 

Infati­ga­ble lorsqu’il s’agit de faire avancer la recherche, Sabine Ben­samoun a réus­si à mobilis­er cinq équipes en France et trois en Europe (Alle­magne, Hon­grie, Estonie) afin de ten­ter d’identifier le mécan­isme de fonc­tion­nement de TIEG1 avec, selon elle, une ques­tion majeure : quel rôle joue l’absence ou la sous-expres­sion de TIEG1 dans cer­taines patholo­gies mus­cu­laires comme la myopathie de Duchenne, la myopathie mitochondriale … ? 

Le seul souhait de Sabine Ben­samoun ? Ren­forcer et péren­nis­er l’équipe en place afin d’avancer dans l’analyse des mus­cles de la souris TIEG1 KO. à défaut, les résul­tats, d’ores et déjà acquis par l’équipe de l’UTC, pour­raient faire le bon­heur de la Mayo Clin­ic en lui per­me­t­tant, à moyen terme, d’identifier de nou­velles straté­gies thérapeu­tiques pour traiter les mal­adies mus­cu­laires ou l’intolérance à l’exercice.

1- www.researchgate.net/profile/Sabine_Bensamoun

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