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Au cœur du débat

En tant que femme et universitaire, sa nomination a des allures de révolution. Laurence Monnoyer-Smith, qui dirige le laboratoire COSTECH de l’UTC, est nommée vice-présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) pour cinq ans.

Au cœur du débat

Depuis plus de dix ans, ses travaux portent sur les dispositifs participatifs et les nouvelles technologies dans le cadre du débat public.

« Au début des années 2000, nous avions participé à un projet de la Commission européenne sur le vote électronique, puis à des travaux concernant les formes de participation en ligne et la démocratie électronique, sur la base d’analyses comparatives internationales, retrace Laurence Monnoyer-Smith. Au sein du laboratoire COSTECH, l’équipe Études des pratiques et des interactions numériques (EPIN), dont je suis membre, étudie notamment les pratiques participatives en ligne et hors ligne.  »

COSTECH et les débats publics

Cette unité tisse des liens avec la CNDP – chargée d’organiser des débats publics en amont de grandes opérations d’aménagement d’intérêt national – au gré d’expérimentations menées lors des débats publics concernant l’usine d’épuration de Seine aval et l’incinérateur d’Ivry. Par exemple, la mise en place de blogs, de forums, la retransmission des débats et la possibilité de poser des questions en ligne ont été testées.
« Ces dispositifs décloisonnent les débats publics, en y agrégeant des profils moins experts et moins localisés. Ils permettent à d’autres acteurs de s’exprimer à d’autres moments que ceux consacrés aux réunions publiques où, souvent, les modalités du débat limitent la prise de parole.
Les sciences de l’information et de la communication permettent de comprendre l’appropriation du débat par les acteurs en fonction des outils proposés. Nous étudions les liens entre les dispositifs technologiques, low-tech ou high-tech, et les formes de l’expression, ce qui vaut à l’équipe de recherche d’être reconnue pour ses travaux théoriques et empiriques », souligne Laurence Monnoyer-Smith.
L’équipe EPIN encadre des thèses sur l’évaluation a posteriori du débat public de 2010 concernant les éoliennes offshore au Tréport, sur la e-consultation au niveau européen, sur les cartographies participatives. « Il faudra expérimenter de nouvelles procédures et développer d’autres méthodes que celle de la réunion publique avec estrade », avance Laurence Monnoyer-Smith. Cette piste appartient aux axes de travail qu’elle souhaite conduire au sein de la CNDP, pour l’instant absente des réseaux sociaux !

Trois défis pour la CNDP

Son arrivée à la vice-présidence de la CNDP renoue avec l’ambition de penser le débat public. « Les liens entre l’UTC et la CNDP ont été importants au début des années 2000, puis l’attention consacrée à la recherche s’est largement affaiblie. Ma nomination à un poste plutôt réservé à des profils politiques ou à de hauts fonctionnaires est originale.
Elle marque le souci du ministère de l’Environnement de renouer le contact avec la recherche  », estime Laurence Monnoyer-Smith, première femme et première universitaire à occuper ce poste, et sans faire acte de candidature ! L’objectif est de fédérer les collectivités territoriales, les think tanks, les praticiens, etc., pour réfléchir aux outils, mutualiser les bonnes pratiques, améliorer la visibilité du débat public.
« La CNDP fait face à trois défis : la participation du public – une participation jusque-là en berne, principalement en raison des méthodes figées de cette institution –, l’articulation à trouver auprès des élus entre démocratie représentative et participative, ainsi que la formation interne des personnes chargées de mener des débats publics pour affirmer ce que la CNDP en attend. Il faudra développer des outils numériques de veille pour identifier les acteurs des débats publics. Cela permettrait par exemple à ceux qui souhaitent les contacter de le faire facilement, et de favoriser la montée en compétence de tous. »
Cette année, les grands débats publics concernent les fermes éoliennes offshore et l’enfouissement géologique des déchets nucléaires. « Je continuerai à piloter des travaux de recherche sur la phase amont des débats : comment favoriser la participation des citoyens ? Je souhaite que la CNDP fasse du débat public une vraie évolution de la démocratie contemporaine et qu’elle en devienne le centre de référence. »

www.debatpublic.fr