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Une application pour décrypter Facebook

Comment les utilisateurs de Facebook utilisent-ils leurs comptes ? En ont-ils conscience ? Baptisé Algopol, pour « politique des algorithmes », ce projet de recherche financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) tente de lever un coin du voile. Le point avec Guilhem Fouetillou, diplômé UTC, cofondateur et directeur Stratégie et innovation de l’entreprise Linkfluence, associée au projet.

Une application pour décrypter Facebook

" Pour accéder aux données de Facebook, nous avons créé une application virale, utilisable par tous, capable de reconstituer l'histoire d'un compte Facebook et d'en extraire une représentation cartographique dynamique ", détaille Guilhem Fouetillou. L'application, développée par Stéphane Raux, doctorant chez Linkfluence, génère donc une carte qui représente l'ensemble des " amis " et des interactions : commentaires, " likes ", messages, tags, etc. Des communautés apparaissent en fonction de leur proximité avec l'utilisateur du compte. " C'est une véritable cinématique de la sociabilité sur Facebook ", résume-t-il.

Comment se diffuse l'information sur Facebook ?

Toutes les données sont anonymisées, et ne sont utilisées qu'à des fins de recherche. Les partenaires d'Algopol - Linkfluence, le Centre d'analyse et de mathématiques sociales (CAMS, CNRS/EHESS), Orange Labs France Télécom et le Laboratoire d'informatique algorithmique, fondements et applications (LIAFA) - ne peuvent accéder aux comptes qu'à partir du moment où l'utilisateur a accepté d'installer l'application. Soit, à ce jour, plus de 10 000 personnes volontaires ! Ces dernières peuvent visualiser et paramétrer leur cartographie et son évolution dans le temps. " Nous souhaitons tester plusieurs hypothèses, concernant notamment la diffusion de l'information entre les espaces privés et publics. Comment se constitue l'espace public à partir des interactions entre les espaces privés ? ", souligne Guilhem Fouetillou. Un questionnaire est également rempli par les volontaires. Il permet d'étudier leur conscience de leurs usages de Facebook. Ils peuvent être contactés directement par la doctorante Irène Bastard (thèse Orange Labs et Télécom ParisTech) afin d'approfondir certains points. Projet de trois ans et de 428 000 €, Algopol achève aujourd'hui la phase de recueil des informations et débute celle du traitement des données.

Objectif : créer des modèles mathématiques capables de simuler, par exemple, la diffusion d'une information sur Facebook.

Des données d'usages aux fichiers clients

L'autre aspect du projet, plus politique, consiste à montrer la quantité phénoménale de données laissées par les internautes à Facebook, Twitter et autres et qui permettent par exemple de construire des fichiers clients très précis. La quasi-totalité de ces services sont américains. " D'un point de vue académique, en tant que Français, il nous est quasiment impossible d'avoir accès aux données d'usage anonymisées, contrairement aux équipes de l'université Stanford par exemple. " D'où la nécessité de passer par une application librement téléchargée par les utilisateurs pour rentrer dans la sphère Facebook. " Le déséquilibre est énorme. La position hégémonique des États-Unis est problématique, car la recherche sur les données d'usages et les données personnelles constitue l'un des fondements de la croissance de demain, sur laquelle se construiront les grandes start-up à venir ", projette Guilhem Fouetillou. En participant à ce type de projet de recherche, Linkfluence conserve une longueur d'avance.