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Regard sur l’open data

Henri Verdier est directeur d’Etalab, le service du Premier ministre chargé de l’ouverture des données publiques. Diplômé de l’ENS, directeur général d’Odile Jacob Multimédia puis directeur chargé de l’innovation chez Lagardère Active, il crée ensuite le think tank Futur numérique au sein de l’Institut Télécom. Membre fondateur du pôle de compétitivité Cap Digital, qu’il préside de 2008 à 2013, il a notamment coécrit L’Âge de la multitude. Entreprendre et gouverner après la révolution numérique (éd. A. Colin).

Regard sur l’open data

Quels sont les enjeux de la mission d'Etalab ?

Etalab est le service du Premier ministre en charge de l'ouverture et du partage des données publiques. La mission Etalab est rattachée au secrétariat général pour la modernisation de l'action publique. Elle est chargée d'accompagner les administrations dans leur démarche d'ouverture, de développer et d'animer le portail national data.gouv.fr et d'accompagner les réutilisations et l'innovation à partir des données publiques.

En quoi la mise à disposition des informations délivrées par Etalab est-elle vectrice d'innovations ?

Je verrais trois dimensions, toutes trois très importantes. D'une part, bien entendu, les données publiques partagées peuvent cacher de véritables trésors, et ceux-ci ne seront révélés que par les innovateurs qui s'en empareront.

Les listes des lauréats des concours Dataconnexions (voir encadré), par exemple, témoignent de cette créativité. D'autre part, on en parle moins souvent, mais on constate que l'ouverture des données peut permettre à l'administration d'entrer dans une véritable démarche d'" open innovation ". En fréquentant ces innovateurs, l'administration s'enrichit de leur talent et de leurs intuitions, et progresse à son tour. Enfin, le simple fait, pour une grande structure, de s'organiser pour rendre des comptes et accueillir la critique appelle des réaménagements qui lui permettent d'entrer dans la modernité numérique.

Qui sont les utilisateurs du portail data.gouv.fr aujourd'hui, et quels sont vos objectifs de développement ?

Data.gouv.fr sert aujourd'hui aux administrations elles-mêmes. Ce portail national permet l'accès à plus de 355 000 informations publiques gratuites et réutilisables. En rendant, par exemple, accessibles les dépenses du budget de l'État à partir d'un seul fichier brut dans un format réutilisable, ou la liste des biens immobiliers propriété de l'État, data.gouv.fr contribue à rendre des comptes aux citoyens sur le fonctionnement de l'État et de ses administrations en permettant une plus grande transparence de leur fonctionnement. Nous connaissons également de très nombreuses start-up qui, d'une manière ou d'une autre, intègrent de multiples données publiques dans leurs produits et leurs services. Une petite communauté de journalistes est en train de se constituer autour de ces données, et nous avons enfin une société civile très active, très engagée et très exigeante... Nous travaillons désormais sur une nouvelle version de ce site, qui s'adressera à un public beaucoup plus large, afin que l'open data devienne véritablement un bien commun de la Nation.

Quel rôle peut jouer une université de technologie dans ce processus, quel intérêt peut-elle y trouver ?

Tout d'abord, je pense que, comme toute institution, une université a tout à gagner à entrer pour elle-même dans cette démarche qui ouvre à son tour sur l'open innovation, l'open éducation, etc. Je crois que l'open data va appeler de nouvelles compétences, en informatique, en sciences de la donnée, en data visualisation, etc.

Elle appellera aussi la maîtrise de stratégies d'action, comme les " data-driven strategies ", les " behavioral politics ", etc. Une université comme l'UTC se doit de préparer ses étudiants à entrer dans cette nouvelle époque. Il y a là un défi fondamental...

Dataconnexions, le concours de l'open data

Créés en février 2012, les concours Dataconnexions récompensent les réutilisations de données publiques, ou " open data ". Leur objectif : stimuler l'innovation, encourager le développement de l'économie numérique et favoriser l'émergence de projets innovants utilisant les données publiques comme stratégie de création de valeur ou d'enrichissement de services et d'applications existants. Déjà, les trois premières éditions ont récompensé et soutenu une vingtaine de projets, sélectionnés par un jury de professionnels du numérique et de la sphère économique, dans une multitude de secteurs (santé, immobilier, visualisation de données, politique, transports, culture, publicité, tourisme, etc.). La 4e édition, organisée en collaboration avec le Groupe La Poste, est placée sous le thème des " services de proximité ". En plus des distinctions habituelles consacrées aux meilleures candidatures grand public, à destination des entreprises ou d'utilité publique, elle récompensera la dimension locale et territoriale des projets dans une catégorie de prix spécifique dédiée à ce thème. Pour la première fois, le concours est ouvert aux projets internationaux issus de la francophonie. Pour participer, avant le 28 octobre.

Le saviez-vous ?

La France est 3e ex aequo avec le Japon en matière de données publiques essentielles disponibles en open data. Ce classement, effectué par l'association anglaise Open Knowledge Foundation, concerne le G8 et repose sur 10 critères : horaires des transports, budget du gouvernement, dépenses publiques, résultats des élections, statistiques nationales, émissions de polluants... La France obtient un 46/60, contre 51/60 pour le Royaume-Uni et 54/60 pour les États-Unis.

Pour en savoir plus : http://census.okfn.org