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Le net en Chine

La Chine abrite 22 % des internautes -, les objets connectés et applications conçus et fabriqués sur place se multiplient. Ce « boom numérique » cache cependant une situation complexe et très inégale selon la zone géographique concernée. Basé à Shanghai, Gurvan, Directeur des systèmes d'information d'une société de luxe pour la région Asie-Pacifique nous livre sa vision de l'état des technologies de l'information en Chine.

Le net en Chine

Gurvan travaille et vit dans la ville la plus riche du pays qui est aussi l'une des plus connectées. Pas une semaine sans que ce cadre supérieur ne remarque des ouvriers occupés à installer des fibres optiques dans les rues de la mégalopole comptant plus de 24 millions d'habitants.

Quotidiennement, il peut voir les Chinois autour de lui connectés en permanence pour les besoins de leur vie privée. " Du point de vue professionnel, les outils collaboratifs ne semblent en revanche pas être entrés encore dans les habitudes et le mail reste la norme " nuance le diplômé en intelligence artificielle et interface homme-machine de l'UTC, étonné du " conservatisme " numérique des salariées trentenaires de son entreprise. Du point de vue des réseaux sociaux, il remarque le développement de produits innovants entièrement chinois après des versions plus ou moins améliorées des célèbres Facebook (Renren), Twitter (Weibo) et Google (Baidu). A la fois tchat et réseau social, WeChat - plus d'un milliard d'utilisateurs après quatre ans d'existence - fait partie selon lui d'une des sorties les plus marquantes de ces dernières années.

Une étude a révélé que les usagers consultaient cette messagerie en moyenne toutes les 6 minutes ! Fort de son succès sur le marché intérieur, ce programme s'exporte désormais au-delà de la grande muraille numérique. " A la différence des systèmes de messagerie plus anciens, un module de traduction permet d'avoir le contenu en anglais " note l'habitué de la toile chinoise. Seul bémol, les publications sont visibles publiquement mais il n'est pas possible de les partager de manière virale avec son réseau. Observant les supports utilisés, il note que le smartphone dépasse largement l'utilisation des PC pour accéder à Internet. " L'achat d'un ordinateur reste encore inaccessible financièrement pour une large partie de la population " analyse t-il. Challengers des iPhones et autre Galaxy, des smartphones de marque chinoise - comme le Mi ou le Huawei - permettent d'être connecté à des prix deux à trois fois inférieurs aux tarifs de la concurrence étrangère.

Comme il le souligne, cette démocratisation ne s'embarrasse pas toujours du droit d'auteur. " Sur Youku - l'homologue chinois de Youtube - et sur un grand nombre de site de streaming locaux, on retrouve toutes les productions audiovisuelles occidentales piratées, pas moyen d'acheter les originaux sur le Net ou dans une boutique " s'étonne le salarié du groupe de luxe français. Concernant la qualité des connexions, le manager des systèmes d'information émet quelques réserves. Pour lui, le réseau semble avoir du mal à faire face à l'explosion de la demande et tous les Chinois ne sont pas égaux devant Internet. " Grâce à des tests, nous avons pu constater que les temps d'accès à notre site commercial pouvait être multipliés par deux ou trois selon le lieu où l'on se trouve " remarque l'ingénieur.

Toujours plus connectées les grandes villes côtières comme Shanghai, Hong Kong ou Tian Jin ne représenteraient en fait qu'une partie de la réalité du Web chinois. Au niveau international, la qualité des liaisons internet et téléphoniques avec l'Europe restent très inégales. " Malgré des évolutions encourageantes au niveau des infrastructures physiques, la maturité du réseau internet chinois n'est pas encore au niveau de ses voisins japonais et coréens ou de l'Europe " analyse le professionnel qui vit en Chine depuis quatre ans. " Les deux opérateurs internet d'Etat (China telecom et China Unicom) rencontrent régulièrement des problèmes d'interconnexion : la consultation d'un site hébergé par l'un avec une connexion chez l'autre fournisseur est compliquée " ajoute t-il.

Il nous décrit comment ces difficultés ont conduit plusieurs autres grands groupes étrangers à se doter de réseaux internes autonomes pour les échanges professionnels. Dans son analyse, ces problèmes de débit semblent également aggravés par la lourdeur des procédures de contrôle des contenus mis en place par l'Etat chinois. " Le gouvernement chinois est conscient de l'opportunité que représente l'économie numérique, sans aucun doute, les choses vont évoluer dans le bon sens " conclut t-il.