Portraits

Chercheur d’or

Frank Bossel est directeur commercial de Numergy, le cloud français. Depuis qu’il est sorti de l’UTC avec son diplôme de génie informatique, il a toujours été partie prenante des entreprises pionnières d’Internet.

Chercheur d’or

Frank Bossel est directeur commercial de Numergy, le cloud français. Depuis qu’il est sorti de l’UTC avec son diplôme de génie informatique, il a toujours été partie prenante des entreprises pionnières d’Internet.

Frank Bossel quitte sa Provence natale pour venir étudier à Compiègne en 1981 sur les conseils d’un ami passé par les bancs de l’université deux ans auparavant. Il y trouve l’autonomie, l’exigence, l’indépendance et la responsabilisation qu’il espérait. « C’était un fonctionnement très novateur à l’époque  », se souvient celui qui fut président du BDE, l’année où Philippe Laville a chanté lors de la soirée de gala ! Il effectue son stage de six mois au sein d’IBM, et décide de s’orienter vers des postes d’ingénieur commercial, correspondant davantage à sa personnalité et à ses envies de carrière.
En 1988, il entre chez Control Data, entreprise américaine pionnière pour les supercalculateurs, avant d’être chassé en 1990 pour un autre acteur américain de l’informatique, Sun Microsystems, entreprise phare des années 1995-2000. « Le fil rouge de ma carrière, c’est ma curiosité pour les nouvelles technologies. Sun Microsystems a inventé une multitude de choses, dont le langage de programmation Java, illustre-t-il. Le métier de commercial permet de conjuguer des qualités relationnelles et cette curiosité.  »
Au moment de l’éclatement de la bulle Internet, il rejoint Dell, où il fut d’abord directeur commercial pour le mid-market avant de diriger le service consulting avant-vente.

La révolution du « cloud computing »

En 2012, Frank Bossel est chassé pour rejoindre Numergy, l’une des réalisations du programme Andromède lancé par l’État en mai 2012, qui dote la France d’un cloud computing souverain. La capital de Numergy (225 millions d’euros) est détenu à 33 % par la Caisse des dépôts, 47 % par SFR et 20 % par Bull. « Le cloud computing est inventé en 2006 par Amazon qui, visionnaire, décide de commercialiser ses capacités informatiques non utilisées pour ses besoins internes, d’abord envers les particuliers, puis auprès des entreprises. Le parallèle peut être fait avec l’électricité : pas besoin de construire une centrale nucléaire pour allumer la lumière chez soi ! La facturation correspond à l’usage, explique Frank Bossel. Parallèlement, trois phénomènes ont accéléré la montée en puissance du cloud computing : la maîtrise des coûts, un souci croissant de réactivité et de souplesse vis-à-vis des solutions numériques, et le besoin, pour les utilisateurs, de trouver une technologie aussi avancée dans le cadre professionnel que dans le cadre privé.  »
Ces trois pressions ont fait évoluer les directions informatiques des entreprises, qui se tournent désormais vers les solutions du cloud computing : plus besoin par exemple de se soucier de faire fonctionner les infrastructures de stockage des données pour les back-up ou les partages de fichiers. « Nous sommes des fournisseurs de services d’infrastructures. Numergy a pour vocation de fournir les ressources numériques nécessaires aux entreprises pour qu’elles puissent se concentrer sur leur cœur de métier et gagner en compétitivité », résume Frank Bossel.

Pourquoi un « cloud computing » souverain ?

« L’un des enjeux du numérique est d’offrir la possibilité à nos entreprises de recourir à une entité française pour stocker leurs données. Aujourd’hui, le marché français est détenu à 50 % par Amazon Web Services, et les autres grands acteurs de ce marché sont tous américains : Google, IBM, Microsoft, etc. Seul problème, souligne Frank Bossel, le Patriot Act autorise le gouvernement américain à accéder à ces données et, en cas de litige avec le fournisseur, la loi qui s’applique est la loi américaine. L’affaire Prism a accru la sensibilité à ces enjeux de sécurité des données. »
Pour être crédible sur ce marché, les barrières à l’entrée sont de taille : il faut pouvoir offrir des garanties et des infrastructures en termes de data center, de capacité de stockage, de réseau, de puissance de calcul. Mais le marché français est prometteur : d’une valeur de 200 millions d’euros aujourd’hui, il devrait croître de 45 % par an les cinq prochaines années.
« C’est un eldorado, nous sommes aux débuts d’un nouveau paradigme technologique », s’enthousiasme Frank Bossel, qui dirige aujourd’hui une équipe « soudée, solidaire et complémentaire  » de 15 personnes avec trois valeurs de management : exemplarité, proximité et esprit d’équipe. Numergy, dont l’activité commerciale a commencé au début de 2013, devrait réaliser 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016. Le cloud français compte 4 data centers, 2 000 clients et emploie 81 personnes. Les prévisions tablent sur 400 personnes, dont 300 ingénieurs, d’ici à 2016, et sur l’ouverture d’une dizaine de data centers en région.
« Je retrouve chez Numergy ce que j’ai connu à l’époque de Sun Microsystems : une émulation intense, la création d’entreprises devenues incontournables en quelques années, comme Amazon ou Google. Aujourd’hui, des technologies de pointe sont développées et des start-up se créent tous les jours, certaines fonctionnent déjà grâce aux infrastructures de Numergy, dont l’ambition est de devenir un acteur européen.  »

Bio Express

  • 1981-1986 : UTC, génie informatique. 
  • 1988-1990 : Control Data. 
  • 1990 : Sun Microsystems, où Frank Bossel occupe plusieurs fonctions commerciales, dont celle de responsable du développement sur le marché des opérateurs télécoms alternatifs, des services providers et des technologies de l’Internet. 
  • 2004-2012 : Frank Bossel intègre DELL en qualité de directeur des ventes. Il prend ensuite successivement la direction de l’organisation Solutions d’infrastructures et de cloud, la direction de l’activité Stockage pour la France. 
  • Depuis 2012 : Frank Bossel rejoint Numergy en qualité de directeur commercial.