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Un numérique omniprésent consommé avec modération

Depuis maintenant deux mois, je suis un exchange student à l’Université de Valparaiso, dans l’Indiana, Etats-Unis. Située à une heure à peine de Chicago, elle accueille près de 5 000 étudiants dans un campus qui se déploie sur des milliers d’hectares. Et avant de partir, une question me taraudait tout particulièrement. Dans le pays qui a vu naître Facebook, Twitter, Amazon ou encore Netflix, quel rapport entretiennent les Américains avec les nouvelles technologies ? Je vous propose de plonger dans l’envers du décor du numérique étatsunien…

Un numérique omniprésent consommé avec modération

Par Guillaume Ouattara

Pour ne rien vous cacher, avant même de débarquer aux Etats-Unis j’avais pu découvrir les relations particulières des Américains à la technologie. C’était au mois d’avril dernier, sur le campus d’HEC. Je participais à ce moment-là au « HEC Business Game » ; un événement réunissant des étudiants venus d’écoles de commerce partout dans le monde. L’idée était de nous faire plancher, pendant deux jours, sur des problèmes stratégiques fournis par des entreprises. Parmi toutes les compagnies ayant accepté de jouer le jeu se trouvait le géant américain Google. Comme souvent dans ce genre d’événements, la firme avait dépêché sur place plusieurs « Google Ambassadors » américains pour vanter les mérites du travail dans la Silicon Valley.

Mais ce jour-là, le discours (in English !) de l’ambassadrice ne captivait pas les foules. « Rejoindre Google c’est vous permettre de développer vos compétences dans un cadre extraordinaire ». Quelques bâillements dans l’assemblée. La plupart des 200 étudiants présents dans la salle pianotent sur leur PC ou leur smartphone. Soudain, l’ambassadrice interrompt son discours, descend de la scène et commence à marcher dans la salle, un micro à la main. « Fermez-moi tous ces ordinateurs, vous n’en avez pas besoin. Coupez vos téléphones aussi, essayez un peu de vous reconnecter au monde réel » ! Quel joli paradoxe que de voir l’une des représentantes de l’entreprise à l’origine de nos addictions modernes s’énerver contre les effets qu’elle produit… Le résultat de ce coup de sang fut immédiat puisque tous les étudiants coupèrent très rapidement leurs appareils pour se replonger dans le discours et découvrir comment penser out of the box.

Et finalement, cette anecdote représente bien une tendance générale aux Etats-Unis : un numérique omniprésent mais consommé avec modération. Pour mieux comprendre cette idée, une plongée dans le campus de Valparaiso paraît nécessaire.

 

Premier constat : tous les étudiants disposent de leur ordinateur personnel. Jusque-là rien de nouveau par rapport à ce qui peut se faire en France. Mais ce qui est différent, c’est que dans chaque bâtiment du campus on trouve au minimum une salle informatique. Sans les avoir comptés, on peut juger qu’il y a un bon demi-millier d’ordinateurs en libre-service partout sur le campus.

Tous les étudiants possèdent un smartphone et, surtout, sont à l’affût des dernières applications. Ils s’échangent des snaps à longueur de journées, partagent leurs plus beaux moments sur Instagram, parfois même sous des formats animés grâce à l’application Boomerang. Les usages sont finalement très similaires à ceux que l’on peut avoir en France. La seule véritable différence réside dans le déploiement de ces applications. En France, on trouvera facilement des personnes sans compte Instagram ou peu enclines à partager des selfies sur Snapchat. Ici, ce serait une hérésie que de ne pas avoir ces applications. Plusieurs fois je me suis vu reprocher le fait d’avoir désactivé mon compte Instagram (« - mais Guillaume pourquoi tu me suis pas ? –j’ai supprimé l’application –eh bien réinstalle-la !).

Les cours aussi sont imprégnés de cette culture du numérique. Les familiers du système Utcéen ont sans doute entendu parler de Moodle ; la plateforme électronique utilisée par les professeurs et les élèves. Dessus, on trouve principalement les annales d’examens et les supports de cours (transparents, sujets de TD…). Le campus de Valparaiso a son équivalent de Moodle. Son petit nom ? Blackboard. Dessus aussi, les profs partagent leurs supports de cours. Mais pas seulement. La plateforme est également utilisée par les enseignants pour déposer des évaluations. Ainsi, tous les mercredis avant 23h59 je dois, par exemple, compléter un devoir de Data Mining. Et l’un de mes examens médians consistait en un QCM à remplir en temps limité sur Blackboard. Bref, la plateforme numérique de travail est exploitée au maximum de ses possibilités.

Pour autant, je n’ai pas eu le sentiment d’être dépaysé d’un point de vue numérique par rapport à ce que je vis à Compiègne. Il y a bien quelques étrangetés parfois. Comme cette prof qui ne veut être jointe que via le chat de Google Hangout. Ou cet autre professeur qui préfère nous envoyer les sujets de devoirs sur table « par mail pour que vous puissiez le faire dans l’endroit où vous vous sentez le mieux possible ». Mais ce sont là les seules étrangetés numériques observables sur le campus. Je n’ai vu aucun étudiant portant des Google Glasses ou ayant d’Apple Watch autour du poignet. Au contraire, à l’image de l’ambassadrice Google les profs ont tendance à bannir l’utilisation des appareils électroniques dans le cadre de leur cours. Quitte à pénaliser, dans leur note, les étudiants un peu trop accros au téléphone.

Enfin, je dois avouer que le campus a quelques retards sur le plan technologique. Ainsi, bien que tous les accès aux résidences universitaires soient sécurisés par un badge électronique, tous les soirs entre 19h et 1h, avant de rejoindre sa chambre il faut passer par le bureau de l’assistant de résidence ; un étudiant dont je job consiste à vérifier les entrées et sorties. Il doit utiliser un épais listing pour vérifier que l’on habite bien la résidence. Et si l’envie nous prend d’inviter des amis, il devra inscrire leur nom sur une feuille de papier. C’est une tâche ingrate que l’on imagine aisément réalisable à l’aide d’un bon logiciel. Autre bizarrerie, l’inscription aux UV pour les milliers d’étudiants sur le campus reste en grande partie manuelle, avec des formulaires à remplir et à faire signer.

Alors bien sûr Valparaiso est assez loin de la Silicon Valley et de ses multinationales du numérique. Pour autant, il me semble que ce microcosme étudiant est plutôt bien représentatif d’une tendance générale aux Etats-Unis. Digital ? Oui. Accro ? Pas toujours.

Mais ici, comme en France, quand le Wi-Fi tombe en panne c’est panique à bord. Mais ça c’est une autre histoire…. A retrouver sur mon blog !

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