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Regard sur l'innovation par Emmanuel Macron

Regard sur l'innovation par Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique

Regard sur l'innovation par Emmanuel Macron

Vous revenez du CES de Las Vegas, où la France était la plus représentée en termes de nombre startups : comment expliquer alors ce pessimisme en France et quelles actions de politiques publiques peut-on encore développer ou entreprendre pour soutenir l’innovation ?

Vous avez raison. Il y a un gouffre réel entre, d’une part, l’énergie et les réussites des Français –leur volontarisme du quotidien, leur envie continue d’aller de l’avant, d’innover, d’entreprendre – et, d’autre part, un pessimisme profond, ancré, quant à notre avenir collectif.

Ma conviction, c’est que, pour enrayer ce processus, il faut conduire une double révolution. La première est culturelle. En France, nous sommes empêtrés, depuis trop longtemps, dans une logique qui stigmatise ceux qui échouent – on le voit d’ailleurs dès l’école et tout au long du parcours académique – et qui culpabilise ceux qui réussissent. Avouez que cela laisse peu de marges de manœuvre ! Il faut donc braquer la lumière sur les réussites de notre économie et montrer ainsi que la France est un pays qui ose et qui innove. C’est ainsi que nous mettrons fin au French-Bashing.

La deuxième révolution, c’est celle de l’innovation. Nous imaginons encore que l’innovation vient d’en haut, c’est-à-dire des grandes entreprises, et qu’elle est initiée par l’Etat. Notre regard est mal orienté ! Aujourd’hui, l’innovation vient du bas, de la multitude qui s’engage. La responsabilité des pouvoirs publics, désormais, c’est donc d’accompagner ceux qui innovent, de lever les blocages qu’ils rencontrent, de permettre à leur créativité de se déployer.

Deux exemples. Nous avons sanctuarisé le CIR, qui est un crédit d’impôt pour les entreprises qui innovent. J’ai également réorganisé notre politique industrielle autour de 9 Solutions, afin que nos sociétés industrielles, en particulier nos PME, s’organisent mieux encore pour investir, se transformer, innover et être en première ligne sur les marchés d’avenir.

 

L’UTC avait 3 startups présentes, "l’université ou grande école - l’UTC quant à elle est duale - peut-elle être la pépinière de notre économie de l’avenir? Par quelles actions ?

L’Université ou les grandes écoles sont déjà des lieux d’innovation et d’entrepreneuriat. 37 % des jeunes affirment aujourd’hui vouloir créer ou reprendre une entreprise. Ce qui était il y a encore 10-15 ans l’exception est donc devenu monnaie courante. Pour accélérer ce mouvement, nous avons notamment mis en place un statut d’étudiant-entrepreneur, pour que les étudiants puissent créer leur entreprise, pendant ou juste après leurs études, sans perdre leur protection sociale.

Nous avons aussi créé des pôles d’étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat (PEPITE), qui sont un moyen de diffuser des formations à l’entrepreneuriat. L’UTC permet d’ailleurs de bénéficier des services du PEPITE de Picardie : je vous encourage à aller frapper à leur porte si ce n’est pas déjà fait ! Enfin, l’innovation, ce sont les chercheurs qui la pensent, mais ce sont les entreprises qui la font.

Et c’est pourquoi il faut favoriser encore et encore les rapprochements entre les lieux d’enseignement et les lieux de travail. Ces synergies, comme on les observe à l’étranger, c’est l’avenir. Toutes les compétences, tous les ingrédients sont là pour que l’innovation française soit en pointe au niveau mondial. Il n’y a plus qu’à rapprocher les acteurs !

Enfin l’Europe peut-elle être un levier pour améliorer notre compétitivité ? 

Non seulement l’Europe est un levier pour améliorer la compétitivité des entreprises, mais je crois surtout qu’elle est notre meilleure chance pour que l’économie française devienne l’une des plus compétitives au monde. Le marché unique européen est une grande opportunité pour nos entreprises. Il rassemble directement près de 500 millions de consommateurs, ce qui leur permet de se développer à une très grande échelle. Ce marché leur donne aussi accès à de nouvelles technologies et à un vivier de talents unique au monde.

A l’heure où nos entreprises sont en concurrence directe avec des géants américains ou chinois, par exemple dans l’industrie du numérique, c’est essentiel de pouvoir puiser dans toutes les ressources du continent. C’est pour cette raison que l’approfondissement du marché unique et l’amélioration de la compétitivité européenne ont été inscrits en 2016 comme deux des principales priorités de la formation du Conseil européen à laquelle j’appartiens. Cette citation de Jacques Delors résume assez bien l’idée que je me fais du marché unique européen : « La concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit ».

C’est en effet parce que nos entreprises font face à un marché plus vaste, qu’elles deviennent plus compétitives, et dans le même temps parce qu’elles sont européennes, elles doivent faire face à des défis communs. Je veux dire aussi à vos étudiants que l’Europe est une opportunité pour les jeunes français qui veulent partir étudier ou entreprendre ailleurs.

Pour leur permettre de circuler plus facilement encore, j’ai proposé la généralisation du programme Erasmus, pour offrir l’opportunité à tous les jeunes, dès l’âge de 18 ans, de passer au moins un semestre dans un autre pays européen, pour étudier ou pour suivre un apprentissage. Je suis convaincu que c’est en se formant ailleurs, dans d’autres pays, que les jeunes Français reviendront avec des idées nouvelles et qu’ils innoveront ici, dans notre pays.