Articles

Regard sur la mobilité internationale

Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée des Français de l’étranger, a inauguré le tronc commun d’ingénierie entre l’UTC et le lycée Jean d’Alembert au Chili. Pour elle, la mobilité étudiante est essentielle au rayonnement de la France et à la performance de nos entreprises à l’international.

Regard sur la mobilité internationale

Vous avez dirigé pendant 14 ans le département des langues du Dublin Institute of Technology : que représente pour vous la mobilité internationale étudiante ?

La jeunesse est la catégorie de population la plus mobile. C’est pourquoi j’ai estimé évident de consacrer une table ronde au sujet : « Mobilité internationale des jeunes, une opportunité ou une nécessité ? » lors des Rencontres que j’organise le 3 avril sur le thème « Les Français à l’étranger, un atout pour la France ». Ainsi, les jeunes qui partent à l’étranger dans le cadre de leurs études ou de leur première expérience professionnelle ont bien intégré la mondialisation. Ils savent que, dans un marché international et compétitif, il leur est important de se doter de qualités personnelles et humaines spécifiques, comme maîtriser une langue étrangère, apprendre la flexibilité et l’ouverture, s’adapter. Ces qualités s’apprennent à l’étranger, lors de la confrontation avec une culture et des valeurs différentes des siennes. Pour les employeurs, l’expatriation est un atout : ce sont des jeunes qui savent prendre des risques et s’adapter.

Pourquoi ces jeunes constituent-ils un atout pour la France ?

Les jeunes qui s’installent durablement à l’étranger, le plus souvent pour des raisons sentimentales, restent très attachés à la France. Je n’ai pas rencontré un seul expatrié parti par désamour pour son pays. Ces expatriés sont des ambassadeurs de notre pays et participent à son rayonnement culturel, économique, linguistique, académique, etc. Quand nos entreprises répondent à des appels d’offres à l’étranger, la présence d’expatriés français sur le territoire peut jouer en leur faveur. Les Rencontres que j’organise sont l’occasion de présenter un sondage inédit : « Que pensent les Français de l’expatriation ? », pour rétablir la vérité au regard des expatriés. J’en ai rencontré des milliers en deux ans, j’ai écouté leurs témoignages, leurs attentes. Cette communauté peu connue à l’intérieur des frontières hexagonales est affublée de clichés négatifs : parler des expatriés, c’est généralement pointer du doigt la fuite des cerveaux, ou les exilés fiscaux. Mais la vérité est tout autre : ces Français représentent une chance pour notre économie. Ils portent l’image de la France à l’étranger, à l’heure où tous les efforts sont nécessaires pour créer des emplois et attirer des investisseurs sur notre territoire.

Quel est le rôle de l’Université pour la favoriser ?

Nous recevons tous les ans 288 000 étudiants étrangers, mais nous envoyons moins de 60 000 étudiants français à l’étranger. Il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour augmenter leur présence à l’international. Si toutes les écoles de commerce proposent une année à l’étranger, cette opportunité reste réservée à une élite. Le programme européen « Erasmus Plus » devrait changer la donne, en consacrant 4,6 milliards d’€ en France entre 2014 et 2020 pour favoriser la mobilité internationale au niveau des filières technologiques et professionnelles. Le rôle des Universités est de créer des doubles diplômes, reconnus en France et dans le pays des universités partenaires, pour faciliter la mobilité dans les deux sens. Je reviens du Brésil où nous avons lancé le programme de bourses « Sciences sans frontière », visant les échanges de 10 000 étudiants par an.

En quoi l’inauguration d’un tronc commun entre l’UTC et le lycée Jean d’Alembert au Chili est importante

L’équipe dirigeante de l’UTC croit en la mobilité étudiante et l’encourage. C’est une grande chance pour les étudiants qui bénéficient de cet état d’esprit d’ouverture et de cet accompagnement vers de nouveaux horizons. Outre les pays anglophones, traditionnellement attractifs pour les étudiants, les pays émergents les intéressent de plus en plus. Ces pays ont besoin d’expertises qui n’existent pas localement. Les Français sont généralement très bien reçus, tant leur niveau de formation est reconnu. Le Chili ne fait pas exception en la matière. Développer la mobilité internationale des jeunes, c’est développer le rayonnement de la France.

Le saviez-vous ?

Un jeune Français qui part forger son expérience à l’étranger revient dans 80% des cas. Le Gouvernement a déployé une stratégie de mobilité européenne et internationale visant à augmenter et à diversifier le nombre de bénéficiaires, pour que davantage de jeunes issus de milieux modestes puissent y accéder, grâce notamment à l’augmentation de plus de 40 % du budget du programme de mobilité européen 2014-2020 « Erasmus plus » avec un fléchage vers les filières technologiques et professionnelles.