Articles

Mare Nostrum, la traversée de la Méditerranée en kayak

Une des raisons pour nous d’effectuer ce voyage vient notamment du fait que la mer Méditerranée est un « hot spot » de biodiversité marine, une richesse à protéger. Malgré sa petite taille, la mer Méditerranée possède une diversité absolument impressionnante. Il y vit beaucoup d’espèces différentes et elle regroupe 10 % des espèces connues dans le monde. De plus, près de 25 % des espèces y sont endémiques, c’est-à-dire présentes uniquement dans cette zone. Bassin de civilisation, la Méditerranée est cependant victime d’une forte pression anthropique (l’impact de l’homme sur la nature), exercée par ses centaines de millions d’habitants.

Mare Nostrum, la traversée de la Méditerranée en kayak

Depuis plusieurs dizaines d’années sont observées sur les côtes espagnoles, françaises et italiennes, des efflorescences algales, ou « bloom », c’est-à-dire une multiplication intense d’algues particulières, jamais rencontrées auparavant dans nos eaux. À ces événements ont été associés des cas d’intoxications humaines et de fortes mortalités d’invertébrés marins.
Après étude et identification, on sait qu’il s’agit d’une algue invasive, d’origine tropicale : des dinoflagellés (micro-organismes avec des flagelles) du genre Ostreopsis. Microscopique, elle se développe sur du substrat (c’est une espèce benthique), plantes ou algues en général, et en été, lorsque les conditions sont plus propices, elle se développe massivement pour former des patches à la surface de l’eau. Comme beaucoup d’algues tropicales, ces Ostreopsis sont toxiques : elles libèrent des toxines dans le milieu, qui peuvent se répandre sous forme de gaz sur les plages.

Non mortel pour l’homme, l’effet de ces Ostreopsis sur l’environnement marin reste à étudier et à comprendre. Une invasion d’espèce pouvant impliquer un changement de l’écosystème en place, d’autant plus si elle se fait à l’aide de molécules toxiques. Le développement des Ostreopsis conduit à une baisse de la qualité de l’eau et parfois à de fortes mortalités d’organismes marins, tels que les oursins et les moules. De plus, les toxines peuvent s’accumuler dans la chaîne alimentaire.

Notre parcours côtier et la période de développement estivale étaient donc parfaits pour que l’on participe à l’étude de ces algues en partenariat avec le Laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer (LOV). Dès que possible, nous effectuons un prélèvement du substrat, que nous gardons ensuite pour l’étude en laboratoire. Ces échantillons seront passés au microscope pour identifier la présence ou non de ces Ostreopsis, et ainsi apporter des informations sur la dynamique de population de cette algue : tend-elle à l’expansion géographique, ou est-elle restreinte dans certaines zones ?
De plus, nous photographions le substrat pour voir si ces Ostreopsis se développent préférentiellement sur certaines algues. Avec les cellules ainsi récoltées, une étude d’ADN pourra aussi être effectuée pour les comparer, ce qui apportera d’autres informations sur la dynamique de population.

Pour en savoir plus : www.marenostrum-project.com