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La responsabilité sociale des entreprises (RSE)

Nicole Notat est depuis 2002 PDG de Vigeo, leader européen des agences de notation sociale et environnementale. Elle nous livre sa vision des objectifs de responsabilité sociale des entreprises.

La responsabilité sociale des entreprises (RSE)

Quand et comment est né le concept de "Responsabilité Sociale des Entreprises" (RSE) ?

Née en 2001 dans un livre vert édité par l’Union Européenne, la RSE est progressivement apparue dans les différents sommets mondiaux autour des défis liés au développement durable. L’idée germait alors qu’un développement durable ou soutenable pouvait constituer une réponse adaptée aux grands défis écologiques et sociétaux de la planète, par opposition à un développement fondé sur des objectifs à court terme. Et que pour relever l’ensemble de ces défis, les entreprises avaient elles-mêmes une contribution à apporter. Que les entreprises soient conscientes de leurs impacts sociétaux et environnementaux ne constituait pas évidemment en soi une idée nouvelle, même à une époque de maximisation de la valeur pour l’actionnaire. Ce livre vert souhaité par l’Europe a néanmoins donné lieu à une définition du concept et a invité les entreprises à s’en saisir. Aussi, dès 2002 en France, les entreprises cotées d’une certaine taille ont eu l’obligation de publier des rapports sur leurs bonnes pratiques en matière de développement durable, de rendre compte de leurs engagements et de leurs résultats sur certains de leurs objectifs environnementaux et sociétaux. Ce concept vit aujourd’hui au niveau institutionnel, et dans certains pays, comme la France, par les voies législative et réglementaire.

En quoi consiste brièvement la RSE ?

Une définition de la RSE pourrait être la manière dont l’entreprise contribue au grand défi planétaire d’un développement soutenable. La RSE constitue par là, la nécessité pour l’entreprise de prendre en compte les attentes et les intérêts légitimes de l’ensemble des parties prenantes de son écosystème (clients, salariés, sous-traitants, territoire…) et de redonner du sens à la prise en compte du salarié, de l’environnement ou des territoires sur lesquels elle agit. Il va lui falloir pour cela identifier l’acuité des enjeux selon son domaine d’activité, puis définir une politique d’entreprise en accord avec l’ensemble de sa chaine de valeur. Les anglo-saxons parlent de Corporate Social Responsability (CSR). Derrière ce concept, je vois d’abord une réconciliation possible entre l’entreprise et la société, en revenant à la question de fond de la finalité de l’entreprise. Historiquement, certaines entreprises, du secteur mutualiste par exemple, considéraient en effet que l’entreprise avait non seulement une finalité économique et financière, mais aussi sociale. Désormais, des entreprises qui sont au cœur même de l’économie de marché et du système capitaliste, se saisissent de ce concept et de cette nouvelle réalité. La RSE permettra selon moi de redorer le blason de l’entreprise, souvent mise à mal, et plus globalement, de récréer du lien et de la confiance.

Quels sont les risques encourus par une entreprise qui négligerait ce nouveau contexte de développement ?

La RSE devient donnée pleine et entière de la performance globale de l’entreprise. À ce titre, nombre de grands groupes ont déjà conscience du risque encouru à ne pas se saisir de ces nouvelles responsabilités. Il en est de même pour les PME, qui sont bien souvent parties prenantes d’une chaîne de valeur, d’un écosystème beaucoup plus large. Elles sont par exemple amenées à répondre à des appels d’offre qui, de plus en plus, contiennent des critères demandant des preuves d’engagement et de sensibilité aux questions relevant de la RSE. En complément des critères d’analyses classiques qui président à leur choix d’investissements, les gestionnaires d’actifs et les investisseurs s’intéressent en outre aujourd’hui aux critères de RSE. En d’autres termes, une nouvelle catégorie d’investisseurs ne cherchant peut-être plus à tout prix une rentabilité immédiate qui se voudrait la plus élevée possible. Il ne s’agit pas évidemment de philanthropie de leur part mais bien d’un facteur réducteur de risques sur le long terme. Les entreprises doivent donc se mettre en situation d’être attractives pour ce genre d’investisseurs. S’intéresser à la RSE, c’est ainsi savoir exploiter ces nouvelles réalités comme autant d’opportunités d’innovation.

Une politique d’innovation pour l’entreprise est donc selon vous compatible avec la RSE ?

J’irai plus loin. La prise en compte de la RSE est elle-même un levier ou un facteur d’innovation et de créativité pour l’entreprise, à travers sa R&D, ses process de production ou en encore ses produits nouveaux… L’entreprise doit voir par la RSE, au delà du risque à ne pas s’y engager, un intérêt et un investissement plutôt qu’un coût et une contrainte. La RSE va générer de la différenciation et de la croissance. Et ce dans tous les secteurs d’activité, toutes les filières industrielles étant impactés par ce concept. L’enjeu aujourd’hui est d’identifier néanmoins pourquoi et comment elles le sont. Or, il n’existe pas, pour l’heure, de cadre défini ou de mode d’emploi qui serait préétabli. Notre challenge est donc, à travers la constitution d’une méthode et d’un référentiel d’analyse, d’objectiver des indicateurs tant quantitatifs que qualitatifs, et de fournir des indicateurs tangibles rendant compte de la performance et la maîtrise des risques pour une entreprise.

Le saviez-vous ?

Publiée fin 2010, l’ISO 26000 est l’unique norme internationale visant à fournir aux organisations les lignes directrices de la responsabilité sociétale. Elle s’articule autour de sept questions : la gouvernance de l’organisation, les droits de l’Homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, les bonnes pratiques des affaires, les questions relatives aux consommateurs et l’engagement sociétal.