Portraits

La force de l’autonomie et du réseau

Eric Roussel habite en Corée du Sud pour trois ans, où il supervise le développement d’un projet international de Renault. Passionné par l’automobile, il a effectué presque toute sa carrière au sein de la marque au losange.

La force de l’autonomie et du réseau

Eric Roussel rejoint les bancs de l’UTC sur les conseils d’un enseignant de son lycée, qui lui parle de la nouveauté de cette école bénéficiant d’un statut dérogatoire, inspirée du modèle américain. « Nous n’avions pas Internet dans les années 1970 ! Nous ne connaissions pas les filières et les écoles de façon aussi détaillée qu’aujourd’hui », souligne-t-il. De l’UTC, il retient un enseignement original et l’habitude acquise de se débrouiller pour trouver une solution. « De tous les diplômés de l’UTC que j’ai rencontrés, plus de 75% savent sortir des sentiers battus », estime-t-il.

"Un rêve d'enfant !"

Diplômé en génie mécanique, Eric Roussel travaille d’abord pendant quatre ans dans le développement des nouveaux matériaux pour l’industrie d’armement terrestre. Puis il rejoint Renault, dans une business unit dédiée aux petits véhicules utilitaires, où il reste dix ans. « J’étais architecte automobile, un rôle de chef d’orchestre pour concevoir et lancer la production de la Kangoo et du Trafic 2. Quand on aime l’automobile, c’est un métier passionnant : nous dessinions les avant-projets à l’échelle 1 au feutre sur une table à dessin grande comme une table de ping-pong. Un rêve d’enfant ! » Cette petite business unit, par son dynamisme et sa réactivité, convient parfaitement à Eric Roussel, qui a pour ligne directrice la fuite de l’ennui. Suite à cette expérience, il est appelé par Carlos Tavares – aujourd’hui à la tête de PSA – pour être chef de projet dans le programme Mégane 2. Il a donc accompagné, de l’avant-projet à la production série, la Mégane cabriolet, la Mégane break et la Mégane Sedan. « Avoir eu le privilège de travailler aux côtés de personnes comme Carlos Tavares, alors directeur du programme Mégane 2, fut une expérience très marquante et riche. Ces grands managers sont des hommes d’une intelligence et d’une capacité d’analyse hors norme. »

Autour du monde

Puis Eric Roussel a eu envie de bouger. En 2004, les trois voitures étant entrées en vie série, la pression se relâche, et il lui faut trouver un nouvel horizon. Ce fut le ciel du Mexique, où il est resté trois années comme directeur qualité Amérique latine Nord. Sous sa responsabilité : la qualité des fabrications des usines du Mexique pour les productions Renault (usine Nissan) et de Colombie, ainsi que la qualité de la vente et du service. « C’était une nouvelle organisation chez Renault, qui créait alors un poste de directeur qualité par grande région du monde. Je me rendais à Medellin une semaine par mois : les Colombiens sont des gens dynamiques, souriants et efficaces. C’est un véritable bonheur que de travailler avec eux, tout comme avec les Turcs d’ailleurs que j’avais côtoyés sur Mégane, mais avec le côté latino en plus ! », détaille-t-il. Puis Eric Roussel devient directeur technique adjoint de la gamme Logan pour l’Asie et l’Afrique, poste qu’il occupe pendant 5 années. Il lui faut assurer les secondes industrialisations : il s’agit d’adapter, à la marge, les voitures aux pays où elles sont vendues, et de trouver sur place les fournisseurs capables d’assurer la production des pièces, de manager le développement du projet jusqu’à la série. « Je me suis rendu en Russie, en Iran, au Maroc, en Afrique du Sud. C’est un poste qui demande de se déplacer très souvent : pendant ces années, je n’étais quasiment jamais au bureau, mais toujours en vadrouille ! », explique celui qui ne supporte qu’à faibles doses les journées trop semblables. Dans ces pays, il a rencontré des gens très performants. « Leur niveau de compétence est méconnu en France. »

Sous contraintes économiques

Depuis six mois, il habite en Corée, où il se sent complètement analphabète. « Rares sont les inscriptions en anglais ! Je parviens à acheter du jus d’orange grâce au dessin sur la bouteille, c’est assez déstabilisant et décoiffant », sourit-il. Là-bas, il est directeur de programme adjoint pour piloter le développement d’un nouveau véhicule qui sera industrialisé sur deux sites en Asie. En Corée du Sud, il a trouvé un environnement totalement étranger, tout aussi sympathique qu’au Mexique – l’insécurité en moins. « Les casiers où les collaborateurs rangent leurs ordinateurs pour aller déjeuner restent ouverts. C’est très agréable. A Séoul, tout est très propre et bien entretenu. C’est une ville tentaculaire qui s’étale entre les montagnes : il suffit de marcher quelques kilomètres pour se retrouver face à un chemin qui grimpe dans la montagne. » Le conseil qu’Eric Roussel donne aujourd’hui à ses enfants, c’est d’apprendre à construire et à entretenir un réseau – ce qu’il affirme ne pas savoir faire. Aux étudiants qui envisagent une carrière dans l’automobile, il souligne que le secteur est aujourd’hui contraint par des données économiques devenues prioritaires. « Les pressions économiques sont telles qu’on raisonne à 10 centimes près sur la conception des voitures aujourd’hui. Mais c’est un monde techniquement passionnant ! »

Bio express

  • 1977 : Entrée à l’UTC
  • 1983 : Diplômé en génie Mécanique, MIT
  • 1983 : Coopération en Algérie - Oran
  • 1985 : Responsable du laboratoire matériaux AMX-APX GIAT
  • 1989 : Architecte automobile IDVU Groupe Renault
  • 1999 : Chef de Projet cabriolet/break/sedan gamme Mégane II
  • 2005 : Directeur Qualité Amérique Latine Nord, basé à Mexico
  • 2008 : Directeur technique adjoint « Gamme entry » pour les industrialisations Asie-Afrique
  • 2013 à aujourd’hui : Directeur de Programme adjoint basé en Corée.