Portraits

La culture de l’international

La multi-culturalité rythme depuis toujours le quotidien de Gilles Bouvier, ingénieur UTC, aujourd’hui directeur des ressources humaines au sein du groupe ALSTOM, leader mondial dans les domaines de l’énergie et des transports. Portrait…

La culture de l’international

Travailler à l’international, une évidence pour Gilles Bouvier ou tout au moins, une suite logique. À la fin des années 1980, l’UTC cherche des volontaires dans le cadre d’un échange universitaire avec la Technische Universität de Berlin. L’étudiant-ingénieur en génie mécanique fait alors partie des pionniers et part une année outre- Rhin. « La première fois que je quittais la France pour une période aussi longue ! » souligne-t-il. Le déclic. Dans la foulée, Gilles Bouvier rejoint le Cranfield Institute of Technology (UK) où il obtient son double-diplôme. « Tant en Allemagne qu’en Angleterre, j’ai appris une façon différente d’aborder les sujets et d’appréhender les problématiques, aussi bien dans l’approche et la résolution de problèmes techniques que dans les échanges interculturels ». Dès lors, l’ingénieur UTC n’aura de cesse de voir dans l’inter-culturalité un moyen de ne pas s’enfermer dans une logique qui se voudrait prédéterminée. « L’apprentissage de la multiculturalité, omniprésent à l’UTC depuis sa création, présente une valeur ajoutée essentielle, celle de pouvoir changer de logique et de vision en fonction du problème et du contexte ».

Gilles Bouvier souhaite alors débuter sa carrière à l’étranger. Malgré trois propositions de PhD à Cranfield, l’ingénieur qualité décide d’intégrer Faurecia, alors Bertrand Faure, avec la perspective l’année suivante de contribuer à la création et au démarrage d’une usine en Angleterre, à proximité d’Oxford. « L’opportunité s’offrait à moi de travailler à l’étranger, pour le compte de clients anglais et japonais, comme Rover et Honda. J’ai notamment pu appréhender la culture d’innovation japonaise, basée sur une méthodologie d’amélioration effective, une notion de progrès continu par petits pas et une mise en oeuvre immédiate, toujours au service du collectif ». Gilles Bouvier revient en France deux ans plus tard pour occuper des fonctions qualités, jusqu’à prendre la responsabilité de la qualité division PSA autour de problématiques de fiabilité et visserie des sièges automobiles. Un vendredi matin de 2001, le directeur des ressources humaines appelle Gilles Bouvier et lui explique la volonté du groupe de créer des fonctions de DRH par division. Son savoir-faire en management d’équipe et ses compétences techniques font alors de lui le candidat idéal pour le poste, même s’il avoue ne jamais avoir à l’époque « envisagé se tourner vers une telle fonction ». Un weekend de réflexion plus tard, l’ingénieur UTC accepte cette nouvelle mission et se retrouve rapidement en charge de deux divisions, et notamment celle de l’Asie. « J’ai véritablement appris, au cours de ces deux années, à travailler en décalé. Certaines journées commençaient dès 5h du matin par un entretien téléphonique avec la Chine, pour se terminer à 22h le soir, par une visioconférence avec le Brésil ».

En 2006, le groupe Faurecia doit alors composer avec un nouveau challenge, celui de renforcer sa R&D dans les pays émergents que sont le Brésil, l’Inde, la Chine ou encore la Pologne. Pour piloter ce projet, on fait une nouvelle fois appel à l’ingénieur UTC au profil international, aux compétences techniques et qualités humaines désormais reconnues. Pendant deux ans, Gilles Bouvier continue, au gré de ses nombreux déplacements mensuels, d’apprendre en matière d’inter-culturalité, et notamment à travers « le nombre inimaginable d’erreurs commises par la simple méconnaissance de la culture de l’autre, explique-t-il. Dans certains pays par exemple, une personne vous répondant « oui » peut signifier qu’elle a simplement entendu ce que vous avez dit, sans pour autant avoir compris la chose que vous attendiez d’elle, et encore moins promettre qu’elle allait le faire ! ». En Inde encore, il arrive à Gilles Bouvier de devoir composer avec la représentation cyclique du temps dans laquelle les termes hier et demain peuvent se traduire par un même mot, engendrant ainsi des problèmes de gestion de planning. « Travailler à l’international nécessite une adaptation permanente en fonction du message, de son destinataire et du prisme de perception propre à chaque culture ». Mais très vite, celui qui a également été vice-président de l’association des diplômés Tremplin- UTC, est à la recherche d’un nouveau défi. En 2008, après 18 années passées au sein de Faurecia, l’occasion lui est alors donnée de rejoindre le groupe Alstom, où il retrouve une nouvelle fois l’étranger et la direction des ressources humaines. Aujourd’hui, en tant que DRH, Gilles Bouvier conseille évidemment à ses collaborateurs de toujours « fonctionner en réseau multiculturel ». Une philosophie qui lui vaut de ne jamais se lasser d’apprendre sur les différentes cultures, leurs histoires et leurs interactions.