Portraits

Citoyen du monde 2.0

Liban, France, Espagne, États-Unis. Joey Diab est partout chez lui. Ingénieur logiciel chez Apple Inc., il évolue depuis son enfance dans des contextes multiculturels. Portrait.

Citoyen du monde 2.0

L’anecdote que relate Joey Diab, jeune ingénieur UTC, résume à elle seule son ouverture à l’international. En partant de France vers la Californie pour son stage de fin d’études, les autorités aéroportuaires demandent tout naturellement ses papiers à l’étudiant UTC. Il tend donc son passeport Libanais et son titre de séjour français. Le douanier lui demande alors ce qu’il faisait en Espagne, ce à quoi Joey répond en lui donnant aussi sa carte d’étudiant de l’Université Polytechnique de Madrid. Devant enfin justifier son droit à pénétrer sur le territoire américain, Joey présente sa carte verte. Quelque peu intrigué, l’agent va photocopier le tout, puis revient avec cette question : « Monsieur, excusez moi… Mais, vous habitez où ? ». En ce moment, Joey Diab a posé ses valises en Californie, à Cupertino plus précisément, où se trouve le siège social de la célèbre firme à la pomme.

Élevé au Collège Notre Dame de Jamhour au Liban par des pères Jésuites, Joey Diab n’oublie pas pour autant que son jeune parcours, il le doit d’abord au Liban. « Le Liban est un pays riche de part sa culture et sa diversité ! Dès notre plus jeune âge, nous parlons couramment français, anglais et arabe à l’école. Aucune de ces 3 langues n’y est d’ailleurs considérée comme étant une langue étrangère. J’ai donc choisi une langue étrangère dès la 4ème, et j’ai opté pour l’espagnol ». Une langue que l’étudiant-ingénieur aura alors tout le loisir de perfectionner plus tard à Madrid, pendant plus d’un an, dans le cadre d’un double diplôme entre l’UTC et l’Université Polytechnique. « Après la guerre du Liban, beaucoup de Libanais ont immigré un peu partout dans le monde, ma famille ne fait pas exception. En ce qui me concerne, pour rejoindre la France, j’ai d’abord dû convaincre mes parents de ma motivation à intégrer l’UTC, qui correspondait à mes choix et mes aspirations d’autonomie» explique-t-il. Persuadé que son parcours universitaire serait avant tout dicté par ses envies, il intègre le département de génie informatique et profite « au maximum » de la vie associative de l’UTC. Il devient ainsi président d’Espéranto, association qui s’occupe d’accompagner chaque semestre les étudiants étrangers arrivant à l’UTC. « Il m’est arrivé de prendre en charge un groupe d’une centaine d’étudiants venant de plus de 30 pays différents. Une expérience incroyable ! ». À l’aise dans l’apprentissage de ces quatre premières langues, Joey s’est depuis également mis au chinois : « Je me suis rendu compte que j’utilisais déjà deux types d’alphabet : le latin et l’arabe. Il me manquait alors de savoir parler une langue asiatique, et surtout de savoir l’écrire ! ».

Cinq ans plus tard, son diplôme d’ingénieur en poche, Joey a rejoint Apple, en plein coeur de la Silicon Valley. « Toutes les plus grosses compagnies s’y trouvent : Facebook, Yahoo!, Google, Hewlett- Packard. Un environnement propice à l’innovation du fait notamment de l’omniprésence d’informaticiens dans chaque lieu que tu peux être amené à fréquenter, ce qui favorise forcément les discussions axées sur l’industrie de l’informatique ! ». Pour réaliser son rêve, l’ingénieur UTC aura su néanmoins être patient, en mettant toutes les chances de son côté. Usant de toutes les ressources possibles - réseaux sociaux, sites internet, association de diplômés, bouche à oreille,… il décroche un entretien, deux ans après le début de ses recherches. Ce ne sera finalement qu’après trois entretiens qu’il décrochera un stage, qui sera alors son sésame pour signer quelques mois plus tard un CDI.

Ingénieur au sein du département "Localization & Release", Joey est aujourd’hui en charge de l’intégration de la langue arabe pour tous les produits Apple. « L’arabe fait partie des langues bidirectionnelles puisqu’elle s’écrit de droite à gauche, explique-t-il. Un affichage correct du texte dans les interfaces des produits proposés est donc soumis à une parfaite connaissance à la fois du fonctionnement de l’algorithme bidirectionnel et des spécificités de la langue ». Au sein d’une équipe multiculturelle d’ingénieurs et de traducteurs, Joey côtoie canadiens, européens, asiatiques, indiens… « Il n’y a que mon manager qui soit américain ! Tous étrangers, on garde toutefois nos valeurs, ce qui me semble essentiel dans le développement de produits destinés au monde entier, comme le sont les produits Apple ». Des produits que l’on retrouve bien évidemment jusqu’au Liban où deux femmes suivent tout particulièrement le parcours de Joey. « Ma mère et ma grand-mère, qui m’ont élevé, connaissent par cœur le cours de l’action Apple et distribuent probablement plus de mes cartes de visite que je ne peux le faire moi-même!»