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Christophe Lecante : Regard sur L’innovation dans les PME françaises

Président fondateur de TKM (TecKnowMetrix), PME de 20 salariés spécialisée dans la veille technologique au service de l’innovation des entreprises, Christophe Lecante est également vice-président Innovation du Comité Richelieu - think tank destiné à favoriser l’innovation dans les PME-PMI - et président de l’IHEST (Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie). Il nous livre son analyse sur les atouts et les faiblesses de l’écosystème français de l’innovation tirée de son expérience d’entrepreneur.

Christophe Lecante : Regard sur L’innovation dans les PME françaises

L'innovation dans les PME- PMI est souvent confondue avec le phénomène des start-up, n'est-ce pas l'arbre qui cache la forêt ?

" Au début des années 2000, la mise en place des incubateurs a été très favorable à la création de start-up issues de la recherche publique. Incubé à Grenoble à partir de 2003, TKM en est un exemple concret. Depuis, les initiatives se sont multipliées y compris désormais dans le secteur privé. Il faut se féliciter de ce réel regain d'intérêt pour la création de start up !

Les autres PME innovantes représentant une large part du tissu économique français et générant des centaines de milliers d'emplois ne doivent cependant pas être oubliées. Par l'innovation, on doit réconcilier les modèles économiques et industriels hérités du passé et ces nouvelles formes d'entreprises très mobiles. On peut s'inspirer du modèle américain de la Silicon Valley mais en restant lucide sur les différences de culture de l'entrepreneuriat et de perception de l'échec ainsi que l'accès beaucoup plus rapide au marché et aux financements.

L'excellence scientifique et technologique et la qualité de l'enseignement supérieur de la France sont des atouts indéniables. La taille du marché français et l'insuffisance de financements pour les phases d'accélération ne nous permettent cependant pas de générer des Google ou des Apple ou plus simplement des ETI* en nombre suffisant. Faute d'atteindre une taille suffisante en France, les meilleures start-up sont le plus souvent captées par des capitaux étrangers quand elles veulent passer à la vitesse supérieure.

Mobiliser et inciter des financements vers ces phases d'accélération et ne pas rester focalisés sur les phases d'amorçage et de création des entreprises est fondamental. Il faut favoriser la croissance de ces entreprises par un accès au marché plus rapide, en travaillant sur une dose légitime de patriotisme économique des grands groupes et des acheteurs publics (le fameux Small Business Act) et créer les conditions réglementaires et culturelles d'un véritable espace économique Européen.

L'innovation est t-elle réellement accessible au PME face aux moyens de recherche-développement déployés par les grands groupes ?

" La plupart des innovations actuelles sont générées dans les PME. Cela nécessite des recherches dans des domaines pointus trop variés pour pouvoir être maîtrisés au sein d'une seule et même entreprise. Même des secteurs très pointus comme l'industrie pharmaceutique se confrontent à des filières technologiques de plus en plus variées très différentes de la chimie ou de la biologie. L'innovation de rupture apparaît le plus souvent à la croisée des domaines technologiques.

Les PME jouent dans ces intervalles et ont un rôle déterminant vis à vis des grands groupes. Elles sont en outre mobiles et agiles. Cela implique aussi des cultures d'entreprises et des compétences très variées chez leurs collaborateurs. Dans ce contexte, la veille scientifique joue un rôle capital pour détecter et suivre les évolutions. C'est notre mission à TKM. "

Quelles sont les pistes à favoriser pour libérer l'innovation ?

" Pour garder cette agilité dont on vient de parler, il faut accroître les liens entre la recherche publique et les PME innovantes. Ces relations doivent être pensées au bénéfice des deux parties. Les chercheurs viennent trouver des terrains d'expérimentation et de mises à l'épreuve de leurs hypothèses et les entreprises viennent chercher de la compétitivité par l'innovation.

Il y a encore du chemin à faire entre ces deux univers. Les investissements d'avenir ont donné lieu à la création de nouveaux espaces de rencontre (Satt, IRT,..) mais ont aussi contribué à complexifier un système qui n'était déjà pas simple. Tout ce qui permettra de simplifier et de fluidifier pour les PME, l'identification des laboratoires et la mise en place rapide d'une collaboration doit être encouragé. Dans ces nouveaux dispositifs issus du PIA, il faut identifier les bonnes pratiques, les bons modèles, et il y en a,... et faire converger les autres vers ces modèles.

Un petit pays comme la France ne peut pas se payer le luxe d'avoir 15 modalités différentes à proposer aux entreprises selon le territoire dans lequel elles sont implantées. A l'échelle du monde la France est un " Post it " ! Géniale...mais petite ! "

* Entreprises de taille intermédiaire - + 250 salariés

Le saviez-vous ?

  • 69% pensent que les projets collaboratifs favorisent l'innovation
  • 63% ne prévoient pas de candidater au programme Horizon 2020
  • Enquête Global Approach Consulting et Comité Richelieu auprès des PME innovantes