Portraits

Charles Foucault, des laitues sur Mars à L’Usine Digitale

Titulaire d’un diplôme d’ingénieur en conception et innovation de bioproduits, Charles Foucault est aujourd’hui rédacteur en chef du site d’information L’Usine Digitale. Un parcours où les sciences et technologies occupent toujours une place centrale.

Charles Foucault, des laitues sur Mars à L’Usine Digitale

Il aurait pu devenir cultivateur de laitues sur Mars... il est rédacteur en chef de L'Usine Digitale (www.usine-digitale.fr), une émanation de L'Usine Nouvelle spécialisée dans l'économie numérique. Son diplôme d'ingénieur en biotechnologies de l'UTC en poche, Charles Foucault, rejoint l'Agence Spatiale Européenne en 2007 où il est embauché comme ingénieur de recherche. Que fait un spécialiste de la conception de bioproduits dans l'industrie spatiale ? " Pour de longues missions spatiales habitées, il est impossible de transporter une quantité suffisante de nourriture et d'oxygène", explique Charles Foucault. L'alternative est alors de faire pousser des légumes afin de recycler CO2 et déchets métaboliques." Ces recherches étaient passionnantes " reconnaît aujourd'hui Charles Foucault qui précise néanmoins qu'après l'engouement initial, la science devient vite " un exercice de joaillier ", long et souvent répétitif. La modélisation des populations de bactéries nécessaires pour développer des cultures de salades dans une station spatiale représente un programme de recherche sur une vingtaine d'années.

Rédacteur en chef à 30 ans

Et si l'UTC forme officiellement des ingénieurs, elle offre aussi la possibilité de révéler la plume d'auteurs encore en gestation. " Un jour, un collègue ex-utcéen qui avait vu les deux comédies musicales que j'avais écrite à l'UTC est venu dans mon labo pour me demander pourquoi je ne deviendrais pas journaliste scientifique, raconte Charles Foucault... Je n'y avais pas pensé..." Après une période réflexion le jeune chercheur présente le concours de l'Ecole Supérieur de Journalisme de Lille afin de suivre le cursus d'un an de journalisme scientifique. Il est diplômé en 2009 et rapidement embauché par le magazine Industrie et technologies. Il passe ensuite par le magazine Air et Cosmos en tant que responsable de la rubrique espace, puis rejoint L'Usine Nouvelle pour reprendre le site usinenouvelle.com avec le challenge de créer un nouveau média BtoB sur le numérique. " Je ne pouvais laisser passer une telle opportunité, et puis j'ai toujours été un peu geek... " précise Charles Foucault qui se retrouve ainsi rédacteur en chef à 30 ans. Lorsqu'il reprend le site de L'Usine Nouvelle, ce dernier plafonne à 1,2 millions de visiteurs par mois.

Transformer les business models...

L'Usine Digitale voit le jour en juin 2013 avec le slogan " Quand le numérique réinvente l'industrie ". Le projet se développe très rapidement et attire l'attention de professionnels issus d'autres secteurs que l'industrie, eux aussi intéressés par la façon dont les business models et les organisations sont transformés par la vague digitale. " Le succès d'entreprises comme Uber ou Airbnb n'est pas juste dû au développement d'une technologie performante mais surtout à une nouvelle façon de répondre à des besoins " explique Charles Foucault. Aujourd'hui L'Usine Digitale compte 8 journalistes dédiés qui s'intéressent à la digitalisation de tous les secteurs d'activité. Le site reçoit près de 700 000 visiteurs uniques chaque mois. L'Usine Nouvelle est également en pleine croissance et en attire mensuellement plus d'1,7 million.

... et " uberiser " l'Etat

Aujourd'hui, alors que la valorisation du CAC-40 est rattrapée par celle des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), apparaît une nouvelle vague d'entreprises surfant sur de nouveaux business models, les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, et Uber). " Plusieurs projets visent à connecter l'ensemble de l'humanité par le ciel " signale Charles Foucault pour qui la révolution numérique ne transforme pas que le monde de l'entreprise mais aussi la société " et jusqu'à la notion même de travail." Selon lui, les modèles disruptifs ne s'adressent plus à des clients mais à des communautés qu'ils savent monétiser ou même utiliser pour créer de la valeur (les chauffeurs Blablacar par exemple). " Une autre grande tendance est l'économie qui se construit autour des données et de la connaissance des utilisateurs " signale Charles Foucault pour qui " Google ne développe pas une voiture autonome pour vendre des voitures mais pour profiter du temps disponible des personnes à bord ". L'automobiliste devient un utilisateur que l'entreprise tente de profiler et de conserver dans son environnement le plus possible. " Les objets connectés et le suivi des personnes vont aussi avoir un réel impact sur le secteur de la santé via une détection plus précoce des problèmes ou l'amélioration des conditions de travail et donc une rationalisation des dépenses " ajoute Charles Foucault. Des pratiques qui posent des questions en terme de vie privée ou de surveillance des employés. Face à ces problématiques, le responsable de L'Usine Digitale propose d'" uberiser " l'Etat, jugé insuffisamment réactif par rapport à ces innovations et les transformations qu'elles impliquent. La remise en question du salariat et tous les nouveaux modes d'activités nés du numérique exigent en effet que nos dirigeants mettent en place des cadres afin d'éviter que prolifère une économie sans règle.